Même sil existe depuis le Moyen Âge, le viager est une formule qui peut rebuter certains investisseurs. Avoir l'impression de spéculer sur la mort dautrui pour réaliser une bonne affaire immobilière n'est pas toujours facile à assumer. A tort. Le viager peut rendre service au vendeur qui obtient un complément de ressources indispensable. Quant à l'acquéreur, c'est pour lui l'occasion de réaliser un investissement avec des versements moins élevés que le remboursement d'un crédit immobilier.
Un achat pas comme les autres
Comme la plupart des transactions immobilières, la vente en viager doit être réalisée par un acte notarié. Loriginalité de l'opération réside dans les modalités de paiement. Le propriétaire appelé en droit le crédirentier va vendre sa maison ou son appartement à un acheteur, le débirentier, moyennant le paiement au comptant dun capital à la signature, dont le montant est déterminé par les deux parties. A ce « bouquet » sajoute le versement dune rente mensuelle ou trimestrielle. Autre formule plus rare : une vente constituée uniquement de rentes, sans capital versé.
Le viager est dit libre quand lacquéreur dispose immédiatement du logement pour lhabiter, le louer ou lutiliser à son gré. Mais dans 90% des cas, le vendeur cède son logement en viager occupé avec un droit dusage et dhabitation ou une réserve dusufruit. La différence entre les deux formules ? Dans le premier cas, il peut occuper le logement à vie sans pouvoir le louer. Or, il arrive que le vendeur soit obligé dabandonner son droit dusage et dhabitation, pour s'installer en maison de retraite. Dans ce cas, il est judicieux de prévoir dans le contrat de viager le versement dune majoration de la rente.
A la place du droit dusage et dhabitation, le vendeur peut décider de se réserver lusufruit du logement, laissant à lacheteur la nue-propriété. Lusufruit est un droit très large qui permet au crédirentier, donc le vendeur, dhabiter le logement ou de le louer sil part vivre ailleurs. En pratique, les ventes en viager avec réserve dusufruit sont rares.
Attention au viager en famille
Le fisc surveille de près le viager immobilier en famille afin de vérifier si les rentes correspondent à la valeur réelle du bien immobilier, et si celles-ci sont effectivement encaissées par le vendeur. Dans le cas contraire, les impôts pourront requalifier lopération en donation déguisée, et exiger le paiement de droits de succession. Dans tous les cas, un enfant ne peut acheter en viager un bien immobilier à ses parents sans avoir obtenu, devant notaire, laccord de ses frères et surs.
Quelle fiscalité sur la transaction ?
Le viager est une vente immobilière qui a les mêmes conséquences fiscales que toute opération de cession à titre onéreux dun logement. Lacquéreur en viager va payer des droits de mutation, cest-à-dire les frais de notaire. Si le logement vendu en viager est la résidence principale du vendeur, la plus-value immobilière est totalement exonérée dimpôt et de contributions sociales. Idem sil ne sagit pas de la résidence principale, mais que le bien appartient au vendeur depuis au moins 30 ans. Sinon, une exonération partielle peut-être appliquée en fonction de la durée de détention du logement.
Des rentes en partie à labri de limpôt sur le revenu
La somme encaissée chaque mois ou chaque trimestre par le vendeur constitue pour lui un revenu soumis à limpôt sur le revenu bien que les rentes viagères soient en partie défiscalisées. La part imposable varie selon l'âge auquel il touche la rente pour la première fois. Plus lâge est avancé, plus la part imposable est faible.
Votre âge au 1er versement | Fraction imposable |
|---|---|
Moins de 50 ans | 70 % |
Entre 50 et 59 ans | 50 % |
Entre 60 et 69 ans | 40 % |
Plus de 69 ans | 30 % |
Par exemple, une personne commence à percevoir une rente alors quelle est âgée de 71 ans. La fraction imposable est fixée à 30% du montant annuel encaissé jusquà la fin de ses jours. Pour une rente de 4 000 euros, la part imposable sélève à 1 200 euros.
A noter que le contrat de vente en viager peut prévoir une réversibilité au profit du conjoint survivant. Ainsi, au décès du premier conjoint, la rente continue dêtre versée. Dans ce cas, on retient lâge du plus âgé des deux conjoints au moment de lentrée en jouissance pour le calcul de la fraction imposable. La fraction imposable de la rente est aussi soumise aux prélèvements sociaux (CSG et CRDS).
Le prélèvement à la source
Dans le cadre de la mise en place du prélèvement à la source, limpôt dû sur une rente viagère sera prélevé mensuellement ou trimestriellement par le fisc via un acompte directement sur votre compte bancaire .
La question des impôts locaux
Pour les impôts locaux, cest-à-dire principalement la taxe foncière et la taxe denlèvement des ordures ménagères (TEOM), la réponse varie. Le vendeur en viager doit les payer sil sest réservé lusufruit du logement comme le prévoit les articles 1400-II et 1 523 du Code général des impôts, ainsi que larticle 608 du Code civil.
Si le vendeur bénéficie uniquement dun droit dusage et dhabitation, sans l'usufruit, la taxe foncière et la TEOM sont en principe réglées par lacquéreur. Mais les deux parties peuvent prévoir une répartition différente de ces deux impôts locaux.
En cas de décès de l'acheteur
Si le débirentier, cest-à-dire lacheteur, décède avant le vendeur, ses héritiers ont lobligation de continuer à payer au vendeur les rentes viagères prévues dans le contrat de vente en viager. Le viager fait ainsi partie de lactif successoral.

















