Dans son contrat d'assurance vie, l'épargnant a la possibilité d'opter pour la gestion pilotée, c'est-à-dire donner la main à un gestionnaire pour répartir son argent sur différents supports. Mais ce choix occasionne des frais et ne garantit pas des performances plus élevées. Alors que les marchés financiers sont en forte baisse depuis le début de l'année, la gestion sous mandat est-elle une bonne une mauvaise idée ?

Rares aujourd'hui sont les contrats d'assurance vie qui ne proposent pas une option de gestion pilotée. Ainsi, dans votre banque, chez votre assureur ou auprès de votre courtier en ligne, vous pouvez dès l'ouverture ou plus tard opter pour la gestion sous mandat. Mais est-ce vraiment une bonne affaire ?

La gestion pilotée sous mandat, qu'est-ce que c'est ?

La gestion sous mandat consiste à déléguer à un intervenant extérieur (donc différent de votre assureur ou du distributeur de votre contrat) la répartition et l'arbitrage entre les différents supports d'un contrat d'assurance vie. L'enseigne à qui vous confiez ainsi le pilotage de votre épargne est bien souvent l'assureur qui gère votre contrat. Mais, dans les faits, ce sont des sociétés de gestion de portefeuille (Rothschild Gestion, Lazard Frères Gestion, Oddo BHF AM, Carmignac, La Financière de l'Echiquier, etc.) qui pilotent cette gestion et indiquent à votre assureur sur quels fonds il doit investir.

Certains contrats d'assurance vie proposent la gestion pilotée par défaut, comme Yomoni Vie. Pour les autres, il faut en faire la demande. L'accessibilité à la gestion pilotée dépend de votre assureur et souvent du montant versé sur votre contrat. Chaque compagnie d'assurance définit ses propres conditions.

Une fois l'option activée, le gestionnaire mandaté réalise les arbitrages en fonction de l'évolution des marchés financiers.

À qui s'adresse-t-elle ?

Pour obtenir des performances plus élevées sur votre contrat d'assurance vie, l'assureur va vous pousser à diversifier votre épargne et donc d'investir sur des supports non garantis, c'est-à-dire d'acheter les unités de compte (UC). Cela nécessite de faire le tri entre des dizaines voire des centaines d'actifs selon les contrats. Comment ?

D'un côté, la gestion libre. Vous gérez en « solo » votre contrat. C'est à vous de choisir les investissements, de diversifier les familles d'actions, les types de fonds, etc. Des arbitrages à faire aussi en fonction du niveau de risque de chaque fonds (mesuré par le SRRI, qui va de 1 à 7). Une opération fastidieuse qui demande du temps.

De l'autre côté, la gestion pilotée a comme principal avantage de vous faciliter la vie. Pour les investisseurs qui méconnaissent les produits financiers ou, simplement, qui n'ont pas envie de consacrer du temps à gérer leur assurance vie, la gestion pilotée est ainsi une alternative pour s'ouvrir au marché actions. Le choix du mandat va alors dépendre du degré de risque que vous souhaitez prendre.

Assurance vie : la gestion pilotée vaut-elle le coût ?

En optant pour la gestion sous mandat de vos investissements, votre assureur vous posera plusieurs questions afin de définir votre profil : prudent, équilibré, dynamique ou encore offensif. Chaque profil donne un niveau différent de répartition de l'épargne entre le fonds en euros et les fonds investis en action.

« Opter pour la gestion pilotée permet de retirer la charge mentale »

« Opter pour la gestion pilotée permet de retirer de la charge mentale. Réaliser un placement financier nécessite de bien se connaître, savoir quelle va être sa réaction en tant qu'épargnant face à l'évolution des marchés financiers. C'est la première question fondamentale. Ensuite c'est aussi mesurer sa culture financière », explique Stellane Cohen, présidente d'Altaprofits. Une fois ces informations obtenues, l'assureur est capable de définir le profil de gestion pilotée adapté.

Pour Stellane Cohen, la gestion pilotée s'adresse à des personnes qui, « sur une partie de leur épargne vont prendre un peu plus de risques et vont inscrire leur projet dans un horizon de placement long terme. Un contrat d'assurance vie ce n'est pas un outil pour boursicoter et venir compenser la baisse du pouvoir d'achat. Il va répondre à un projet comme financer une acquisition ou les études des enfants, anticiper la transmission de son patrimoine. La définition de l'horizon de placement est fondamentale pour optimiser le couple rendement/risque ».

A savoir. Le profil choisi n'est pas gravé dans le marbre. L'épargnant peut, quand il le souhaite, souscrire, arrêter la gestion pilotée, ou même changer de profil de gestion. Tous ces changements peuvent toutefois être facturés.

Quels sont les frais en gestion pilotée ?

Le plus souvent, le choix de la gestion pilotée occasionne une majoration des frais de gestion des fonds en unités de compte. Cela va dépendre de votre assureur. Des frais peuvent aussi être facturés pour les arbitrages réalisés. Le gestionnaire peut également décider de se rémunérer en pourcentage de la performance réalisée si celle-ci est positive (mais cela reste rare). Enfin, certains contrats ne facturent aucun surcoût par rapport à une gestion libre.

Pour s'y retrouver plus facilement dans le maquis des frais, un tableau récapitulatif des frais liés à votre contrat d'assurance vie et de chaque actif est disponible depuis le 1er juin.

Assurance vie : le vrai coût des frais de gestion des unités de compte

Selon une récente étude de Good Value for Money, les frais des profils de gestion ont baissé cette année. Selon le profil choisi, la baisse s'établit en moyenne à 0,1 point. Dans le détail, pour le profil prudent, les frais de gestion courants sont passés de 1,62% en moyenne en 2021 à 1,52% cette année. Pour le profil équilibré, ils s'élèvent en moyenne à 1,91%, contre 1,98% l'année dernière. Du côté du profil dynamique, Good Value For Money estimait ces frais à 2,30% en 2021, contre 2,19% en 2022.

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Les performances en gestion pilotée sont-elles meilleures ?

Finalement, la gestion pilotée est-elle synonyme de meilleure performance ? C'est une question centrale alors que les épargnants sont de plus en plus nombreux à choisir ce mode de gestion. 31% des versements ont été réalisés en gestion pilotée en 2021, contre 18% en 2019, d'après les dernières données de France Assureurs.

Pourtant, la gestion pilotée n'offre pas toujour des performances plus élevés. Les meilleurs rendements, en choisissant une gestion offensive, ont dépassé en 2021 la barre des 20%. Une performance exceptionnelle quand on regarde celle des fonds en euros (1,30% en moyenne en 2021). On peut citer par exemple We Save Patrimoine dont le rendement pour son profil le plus risqué a atteint 20,98% ou Yomonie Vie et sa performance de 22,7% pour son profil le plus offensif en 2021.

Il faut tout de même garder en tête que la plupart des profils dynamiques ou offensifs ont obtenu entre 10% et 20% de progression sur l'année 2021. Les profils modérés ou équilibrés ont offert des rendements de 5% à 8%. Pour une prise de risque modérée, le rendement de Boursorama Vie s'est élevé par exemple en 2021 à 5,79% et à 8,48% pour Altaprofits Vie. Quelques profils très défensifs (majoritairement investis sur le fonds en euros) ont stationné eux sous les 2%.

Souvent, les épargnants comparent les performances de leurs contrats à celle du CAC 40. Il faut rappeler que l'indice phare de la bourse de Paris a fait une très belle année 2021 : +28,85% après un léger recul l'année précédente (-7%). Dans ce contexte, un coup d'œil aux performances de l'année 2020 est riche d'enseignements : cela permet de pointer les contrats qui s'en sont mieux sortis face aux vents contraires. Dans un contexte défavorable, le profil offensif de Darjeeling ou le dynamique de Croissance Avenir ont ainsi réussi à faire mieux de 10% sur l'année 2020. Pour juger une gestion pilotée, il faut ainsi toujours tenter de regarder les performances sur plusieurs années, et pas uniquement la photographie de l'année précédente.

Un conseil qui vaudra encore pour cette année 2022 marquée par de forts soubresauts sur les marchés financiers avec notamment un repli de plus de 10% du CAC 40 depuis le début de l'année. Dans ce contexte, la gestion pilotée ne devrait pas faire de miracle.

La gestion pilotée, bonne ou mauvaise idée ?

La gestion pilotée est une bonne alternative pour gérer votre épargne en assurance vie, espérer des rendements plus élevés que le fonds en euros et ce, sans « se prendre la tête ». Mais ce choix implique des investissements à moyen et long terme. Il faudra donc se montrer patient quant aux performances. Par ailleurs, la gestion pilotée c'est faire confiance au gestionnaire (et à votre assureur) et donc ne plus avoir la main sur les choix d'investissement.

Un conseil : diversifiez vos placements. A la place d'un seul contrat, ouvrez-en plusieurs à des dates espacées, avec des assureurs, des distributeurs et des gestionnaires différents. Certains assureurs, permettent aussi de faire de la gestion pilotée sur la part en unités de compte et d'y associer un investissement sur des produits immobiliers comme une SCI ou SCPI.

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