A lheure où certains fonds euros rapportent désormais moins que le Livret A, les professionnels insistent sur la nécessité de diversifier son assurance vie. « Notre devoir de conseil, en tant que professionnel de lépargne, est de ne pas engager les clients sur du 100% fonds euros, a fortiori pour une épargne de long terme. Cela pouvait être un bon conseil par le passé, ça ne lest plus. Aujourdhui pour aller chercher de la performance, il faut mixer fonds euros et unités de compte », explique ainsi à MoneyVox Stellane Cohen, présidente du courtier Altaprofits. « La performance vient dabord dune bonne allocation, bien diversifiée en termes de secteurs, de zones géographiques et de classes dactif et dune bonne lecture de la macro-économie », complète Sébastien d'Ornano, président de Yomoni, distributeur et gestionnaire de lassurance vie éponyme.
Mais, concrètement, diversifier son assurance vie suppose dinvestir sur des supports non garantis, cest-à-dire dacheter les unités de compte (UC) évoquées par Stellane Cohen. Or, contrairement aux fonds euros où, en cas de moins-values, lassureur doit puiser dans ses réserves pour garantir au moins un rendement nul, la perte sur les unités de compte est assumée intégralement par lépargnant. Cela nécessite aussi de faire le tri entre des dizaines voire des centaines dUC selon les contrats. Pour les investisseurs qui méconnaissent les produits financiers ou, simplement, qui nont pas envie de consacrer du temps à gérer leur assurance vie, des alternatives existent pour souvrir au marché actions.
Gestion pilotée facturée ou fonds indiciels
Si son assurance vie le permet, il est ainsi possible de déléguer à la société de gestion partenaire le soin de sélectionner les fonds et de gérer les arbitrages. Lépargnant na lui quà choisir lallocation-type qui semble le mieux correspondre à son profil parmi les mandats à sa disposition. Un épargnant frileux - se constituant une épargne de première intention ou ayant une échéance courte de placement - privilégiera plutôt un mandat équilibré, tandis quun particulier acceptant une prise de risque accrue autorisera le gérant à miser plus allègrement dans des entreprises prometteuses, mais dont la pérennité reste à construire.
Ce mode de gestion clé en main a un coût, qui varie, selon les enseignes, entre 0,2% à plus de 1% de lencours par an. Cette facturation sajoute aux frais de gestion propres à lenveloppe et à ceux propres aux fonds. « Les frais sont le deuxième facteur déterminant de la performance. Les mandats de gestion en assurance vie sont plutôt chargés, avec des frais totaux de lordre de 3% », souligne Sébastien d'Ornano de Yomoni dont la spécificité est de proposer des mandats investis en ETF (aussi appelés trackers). Il sagit de fonds dinvestissement qui suivent des indices cible. Ce faisant, si le S&P 500 composé des 500 plus grandes sociétés cotées aux Etats-Unis bondit de 5%, un bon ETF du S&P 500 progresse lui aussi de 5%. Cela marche à la hausse comme à la baisse.
Dailleurs, la seconde option pour un épargnant qui ne veut pas passer trop de temps à choisir ses UC peut être de sélectionner des supports par eux-mêmes diversifiés. Cest le cas, justement, des ETF dindices boursiers phares (S&P 500, MSCI World, EuroStoxx 500 ), de plus en plus présents dans les assurances vie. Ils bénéficient, qui plus est, dun avantage sur les fonds dits actifs : la faiblesse des frais. En effet, les fonds grand public d'actions européennes occasionnent en moyenne 1,6% de frais de gestion, contre 0,3% pour les trackers, comme nous lexpliquait dans le cadre dun précédent article un analyste de chez Morningstar. Présenté autrement : à sous-jacent équivalent, un tracker part en moyenne avec plus d1 point de rendement davance sur un fonds actif.
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La gestion active fait rarement mieux que la gestion passive
Cest là quest censée entrer en jeu lexpérience dun gérant dactifs. Par ses choix dinvestissement, il doit faire en sorte de dégager une surperformance. Ça, cest la théorie ! Mais, en pratique, les gestionnaires y parviennent-ils ? Cest lobjet de létude réalisée régulièrement par la société américaine Standard & Poors Dow Jones Indices, spécialisée dans l'analyse financière. Son étude SPIVA compare, par zone géographique, les rendements sur 1 à 5 ans des fonds gérés activement par rapport à lindice S&P qui correspond. A fin juin 2020, il ressort ainsi quen Europe 72% des fonds actifs ont un rendement inférieur sur 5 ans au S&P Europe 350, qui tient compte des 350 premières capitalisations boursières européennes.
Quen est-il au niveau dun contrat dassurance vie, composé de plusieurs fonds ? Le gérant bat-il les indices de référence ? Pour en avoir une idée, nous avons comparé, sur 3 et 5 ans cumulés, les performances nettes de frais des mandats les plus exposés au marché actions de 8 assurances vie référencées par MoneyVox à 4 indices boursiers phares (S&P 500, MSCI World, CAC 40 et EuroStoxx 500). Les rendements, compilés dans le graphique ci-après, savèrent contrastés selon les contrats. Ainsi, entre début 2016 et fin 2020, le mandat P10 de WeSave (exposé à 78% aux actions sans fonds euros) a rapporté 2,4 fois plus que le mandat offensif de BforBank Vie (dont lallocation cible vise 80% de fonds actions).
Les résultats se révèlent tout aussi disparates selon lindice boursier avec lequel les mandats sont comparés. Ainsi, sur les 3 et 5 dernières années, les 8 profils regardés ont, bonne nouvelle, tous offert des rendements supérieurs au CAC 40 (indice boursier principal en France) et à lEuro Stoxx 50 (son équivalent dans la zone euro). En revanche, aucun des 8 mandats na fait mieux que le MSCI World et le S&P 500, et par voie de conséquence, quun tracker de ces indices. Faut-il en conclure quil faut définitivement se passer de la gestion pilotée ? Non, car cette comparaison présente des biais.
Les gérants tiennent compte du profil de risque du mandat
« Quelque part, comparer un ETF actions à la performance dun mandat de gestion revient à comparer des pommes et des oranges dans la mesure où le gestionnaire doit, lui, tenir compte du profil de linvestisseur », ironise Marc Tempelman, cofondateur et président de Cashbee, une plateforme dépargne en ligne. Autrement dit : « il ne faut pas en vouloir à un gérant de sous-performer un indice, basé uniquement sur des actions, quand son mandat lui demande une allocation équilibrée », poursuit-il. En effet, même les mandats les plus agressifs sont rarement investis à 100% en UC actions.
Corolaire de cette observation : rappelons qu'un tracker voit sa valeur changer au gré des fluctuations de lindice boursier quil copie, sans aucun amortisseur. Or, dans les périodes de soubresauts économiques comme cest le cas depuis le début de la crise du coronavirus, un indice comme le S&P 500 est particulièrement instable. Depuis janvier 2020, son indicateur de volatilité est très rarement passé en deçà de 20, seuil en-dessous duquel le marché est considéré comme calme. Dans le cadre de la gestion pilotée, la poche non investie en fonds actions peut jouer ce rôle d'amortisseur.
Miser essentiellement sur un ETF dindice boursier nécessite donc, premièrement, de choisir le bon marché cible. Avec le CAC 40 français, le biais géographique est trop important et cela ne permet pas, par exemple, de tirer profit de la valorisation des géants américains. Cela nécessite aussi daccepter de voir fluctuer la valeur de son portefeuille, sans être tenté de vendre au premier retournement. Si lépargnant sen montre incapable, la gestion sous mandat revient dans la course, comme le souligne Sébastien d'Ornano. « La psychologie est le dernier aspect qui peut faire la différence entre un particulier et un professionnel. Un gestionnaire aura le recul des crises passées et sera plus neutre dans ses analyses ». Stellane Cohen dAltaprofits abonde également dans ce sens : « Un client nachète pas un profil sur une année civile. Entre le 1er janvier et le 31 décembre, il voit la valeur de son portefeuille varier et peut être tenté de vendre en cas de chute. Confier son assurance vie à un professionnel peut lui éviter de vendre au mauvais moment ».
Peut-on battre les indices de référence avec les ETF ?
« Est-ce que lon peut faire mieux que le MSCI World ? Nous pensons que oui, en découpant lindice en ETF par région (Europe, Asie Pacifique, Etats-Unis ), argumente Sébastien d'Ornano de Yomoni. Cela vous donne accès à un gisement dETF plus riche, avec des frais plus intéressants, voire plus liquides. Pour chercher la surperformance, vous pouvez également introduire un biais dans votre allocation, en surpondérant, en fonction de vos convictions, certaines régions par rapport à la vraie composition de lindice ». Mais, cette stratégie nest pas à la portée de tous. En plus, elle nécessite de sortir de la gestion totalement passive, au risque quun mauvais choix abaisse le rendement du portefeuille par rapport à lindice cible.
Entre illusion de la diversité et travers de la généralité
Pour Marc Tempelman, largument de la diversité des ETF doit aussi être questionné. « En achetant un tracker qui copie le S&P 500, lépargnant peut croire quil a un portefeuille diversifié. Mais dans les faits, 6 actions (Apple, Microsoft, Amazon, Facebook, Google, Tesla) représentent, à elles-seules, un quart de lindice », observe le fondateur de Cashbee. Ce dernier met aussi en avant le revers sociétal de la gestion passive. En effet, en suivant des indices boursiers globaux, linvestisseur nexprime pas, par ses placements, ses opinions sociales ou environnementales.
Or, les distributeurs dassurance vie et les sociétés de gestion, conscients que les critères environnementaux risquent dintéresser un nombre croissant dépargnants, proposent de plus en plus des mandats dits dinvestissement socialement responsable (ISR). « Ce qui se développe, cest la gestion pilotée thématique, assure Stellane Cohen. Plutôt quun profil de gestion basé uniquement sur un indicateur de risque, le gestionnaire sélectionne les fonds selon un univers dinvestissement prédéfini, comme la techno américaine ou la thématique investissement social et responsable. Cest ce type de gestion pilotée que nous avons mis en place avec Pictet Asset Management au printemps 2020 », illustre-t-elle.
En ce sens aussi, le courtier en ligne Nalo a lancé en 2018 des profils écoresponsables. Trois ans après, le rendement cumulé de son allocation dite agressive de son mandat ISR dépasse 40%, contre 12,4% pour son portefeuille agressif non thématisé. Rappelons toutefois ladage selon lequel les performances passées ne préjugent pas des gains futurs ! Rappelons aussi que ces mandats thématiques naviguent, de facto, dans un univers dinvestissement plus restreint que des profils généralistes. Or, en finance, la spécialisation est plutôt un facteur de risque supplémentaire.
Les 5 points à retenir
- Sur les 5 dernières années, aucuns des 8 profils très investis en actions na fait mieux que des indices boursiers globaux à savoir laméricain S&P 500 ou le monde MSCI World.
- Toutefois avant de lâcher votre gestion pilotée pour investir sur quelques trackers, il faut comprendre doù peut provenir ce rendement plus bas. Cela peut résulter de frais trop élevés, dune gamme de supports de qualité faible, ou encore dun gestionnaire durablement peu performant ou trop frileux. Dans ces cas, faire jouer la concurrence a du sens.
- Mais ces rendements plus faibles peuvent aussi venir du mandat choisi, qui peut limiter la part dactions. Dans un environnement où les supports garantis rapportent peu, le gestionnaire devra aller chercher de la performance avec 60%, 50% voire moins du capital confié.
- Les ETF qui copient des grands indices boursiers permettent de sexposer, à moindre frais, à 100% aux actions des sociétés du marché cible. Vous allez difficilement pouvoir acheter individuellement près des 1700 valeurs qui composent le MSCI World ! Lenvolée, sur ces 5 dernières années, du S&P 500 comme du MSCI World attestent des gains potentiels importants.
- Mais attention aux écueils propres aux indices boursiers. Basés sur les entreprises ayant les plus fortes capitalisations, ils peuvent être biaisés en faveur dune zone géographique ou dun secteur dactivités. De plus, comme les trackers copient stricto sensu, sans amortisseur, les fluctuations de lindice, en cas de retournement, limpact sur votre portefeuille est immédiat.




















