1 Un placement de moins en moins « populaire »
1 766 milliards deuros. Du point de vue du « magot » amassé, lassurance vie est limbattable placement numéro 1 en France. Elle nest pas pour autant le plus « populaire » des placements si lon sintéresse au nombre de détenteurs. Près de 40% des ménages français détiennent une assurance vie, selon lInsee, alors que les trois quarts des foyers ont un livret A. Pour autant, lassurance vie est historiquement destinée au grand public : dans les grandes banques, cest le placement qui est mis en avant dès que lépargne de précaution est constituée sur les livrets, voire même avant pour « prendre date ».
Cependant, depuis le confinement, les ménages versent beaucoup moins d'argent sur leur assurance vie. Létude annuelle du cabinet Facts & Figures (1), référence du secteur, lance un « signal dalerte » : « Lépargne standard [les contrats dentrée de gamme, vendus principalement dans les banques, NDLR] est passée de 55% des encours de lassurance vie en 2012 à 48% en 2019 ». Une majorité des encours, autrement dit les 1 766 milliards deuros en gestion, est donc désormais détenue par les clients dits patrimoniaux et « gestion privée ». Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures, insiste : « Lassurance vie perd sa dimension populaire ».
Chiffres clés
- Assurance vie standard : 18 900 en moyenne sur le contrat, 1 380 versés chaque année, 48% de parts de marché
- Épargne patrimoniale : 66 000 en moyenne sur le contrat, 6 550 versés chaque année, 39,5% de parts de marché
- Gestion privée : 196 000 en moyenne sur le contrat, 29 500 versés chaque année, 12,5% de parts de marché
Source : Facts & Figures (1).
2 Garantie + rendement : une promesse remise en cause
Comment expliquer que le grand public se détourne ainsi du « couteau suisse de lépargne » ? En grande partie car le support phare de lassurance vie, le fonds en euros, perd de son attrait : « Le succès du fonds en euros a toujours reposé sur une triple promesse, explique Stellane Cohen, directrice générale du courtier Altaprofits. 1. La sécurité du capital. 2. Une bonne performance. 3. La liquidité avec la possibilité de retirer une partie de son épargne en quelques jours. » Or les deux premiers « piliers » de cette promesse sont menacés : « Sur la garantie en capital, quasiment tous les assureurs sont passés en garantie brute de frais de gestion », contre une garantie « nette » précédemment. Ce qui signifie quen cas de performance nulle du fonds en euros, lassureur peut tout de même prélever ses frais de gestion annuels et ainsi servir un rendement négatif à ses clients.
Plus dinfos : Comprendre la garantie « brute de frais de gestion » en 5 questions
Quant au rendement, Facts & Figures anticipe une nouvelle baisse du taux moyen des fonds en euros en 2020, pour tomber à 1,10% ou juste au-dessus du seuil symbolique de 1%. Bien loin des 3% de 2011... Heureusementt, la liquidité reste importante. « En faisant un rachat partiel, vous pouvez avoir votre argent en 3 ou 4 jours sur votre compte courant », explique Stellane Cohen.
3 Gestion pilotée, UC, immo... Une dose de risque en alternative
Banques, assureurs, fintechs, conseillers en gestion de patrimoine et courtiers nont évidemment aucune envie de se couper du grand public. Mais largument phare dun placement sans risque (ou presque) et rentable ne fonctionne plus. Il sagit donc de trouver des alternatives au fonds en euros. Les supports en unités de compte (UC) sont potentiellement plus rentables sur le long terme, mais ils impliquent daccepter une prise de risque, le capital nétant pas garanti.
Le défi, de longue date, est de trouver le bon compromis entre risque modéré et rendement potentiel : « Il existe des moyens de maîtriser les risques de perte tout en maximisant son espérance de rendement, affirme Guillaume Piard, cofondateur de de la fintech Nalo. Dabord, en se bâtissant des portefeuilles dinvestissement adaptés à ses projets de vie, ensuite, en faisant la chasse aux frais. Il existe aujourdhui des solutions accessibles dès 1 000 euros dinvestissement qui garantissent les deux. » Plus concrètement, Nalo comme dautres fintechs (Yomoni, WeSave ), les courtiers (Altaprofits, Linxea, MeilleurPlacement, Mes-Placements ) et banques en ligne (Fortuneo, Boursorama, ING ) proposent de la gestion pilotée : vous déléguez la gestion de vos UC le plus souvent en contrepartie de frais supplémentaires en faisant confiance à lexpertise dune société de gestion.
Autres solutions alternatives : inciter les épargnants à investir une partie de leur assurance vie en SCPI et autres fonds immobiliers, sur des produits structurés ou sur les fonds eurocroissance. Les recettes sont différentes mais la promesse est globalement la même : investir à moyen ou long terme, avec un risque réel mais modéré, pour un rendement supérieur au fonds en euros. Lassureur Spirica (groupe Crédit Agricole) va même plus loin en lançant mi-septembre un Fonds Euro Nouvelle Génération assumant une garantie partielle en capital, avec à la clé un rendement potentiellement meilleur que les concurrents, promet Spirica.
4 Des solutions réellement adaptées au plus grand nombre ?
Ces solutions peuvent-elles réconcilier le grand public avec lassurance vie ? Comme lobserve Facts & Figures, au fur et à mesure que la part dUC grandit (35% des versements effectuées en mai), les assureurs perdent des parts de marché sur « lépargne standard » : « Lassurance vie donne de plus en plus limpression dêtre un outil pour les riches », appuie Cyrille Chartier-Kastler. En cause : de multiples solutions dinvestissement en UC qui restent trop complexes pour le très grand public, attaché à la sécurité du fonds en euros. Les « petits » épargnants passent en outre en masse par leur banque pour investir en assurance vie. Or la gestion pilotée accessible avec un faible portefeuille et à moindre frais reste une exception dans les banques traditionnelles : seuls le Crédit Mutuel de Bretagne et celui du Sud-Ouest proposent un contrat (NavigOptions) sans frais sur versement et au ticket dentrée modéré (300 euros) pour la gestion pilotée.
Stellane Cohen, directrice générale du courtier Altaprofits, ne minimise pas lampleur de la tâche : « Pour toutes les solutions alternatives au fonds en euros, nous risquons de perdre certains épargnants, refroidis par le risque financier ou par une complexité apparente. Notre défi est justement de présenter ces solutions de façon plus pédagogique, et plus transparente. »
5 Une crise qui tombe mal
Le CAC40 a perdu près de 40% de sa valeur entre la mi-février et la mi-mars, emporté par la crise du coronavirus ! Certes, il a rebondi, et remonte timidement depuis (plus de 5 000 points actuellement), mais il est encore très loin de retrouver son niveau du début 2020 (plus de 6 100 points). Difficile, dans ces conditions, de faire la promotion des UC, investies pour la plupart sur les marchés boursiers. Même en ayant choisi la gestion pilotée, si vous avez investi début 2020, lannée est pour lheure soit synonyme de perte, soit de gain infime
« Concernant le timing, ce nest jamais le moment ! relative Stellane Cohen, dAltaprofits. A contrario, la période permet finalement de rappeler que lassurance vie est un placement de long terme. On lavait peut-être oublié. » Impossible de savoir combien rapporteront les différentes solutions dinvestissement en UC sur les 3, 4 ou 10 prochaines années. Mais Stellane Cohen rappelle que le pari dune épargne 100% sécurisée ne peut pas être gagnant sur le long terme : « Aujourdhui, sur le long terme, conseiller de placer tout son argent sur un livret A ou sur le fonds en euros dune assurance vie est un mauvais conseil. Car ces deux placements ne protègent pas de linflation. » Un argument qui ne fait pas encore mouche, face à la crise : depuis le confinement, les Français parient massivement sur le compte courant.
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(1) Baromètre 2020 de lépargne vie, Facts & Figures.




















