Les inégalités face à l’accumulation du patrimoine révèlentune tendance importante à prendre en compte : l’effortfinancier pour accéder à la propriété s’est considérablement accru au fil des années. L’indice du prix des logements,qui rapporte ces prix aux revenus des ménages, a progresséde plus de 70 % entre 1975 et 202542. Pour acquérir lemême logement, avec le même taux d’effort initial etle même apport personnel, il faudrait compter théoriquement vingt-trois ans de remboursement en 2025 contreune dizaine d’années seulement en 197543. Dans les faits, ladurée moyenne des emprunts immobiliers est passée dequatorze ans en 1975 à vingt-trois ans en 202544.Si l’accès à la propriété de son logement est devenu plusinégal, c’est plus globalement l’accès au logement quiconstitue désormais un défi pour beaucoup de jeunesadultes. Si l’on raisonne à qualité constante , l’indicedes loyers en 2025 est, contrairement à ce qu’on pourraitpenser, inférieur à son niveau de 1975. Mais les loyers réellement payés par les locataires ont, eux, bel et bien progressé, du fait d’une amélioration du confort des logements et d’une concentration des habitations dans leszones les plus tendues et donc les plus chères. Résultat : lepoids du loyer dans les revenus des locataires a plus quedoublé entre 1975 et 201545. Globalement, tous âges etstatuts d’occupation confondus, le poids des dépensesliées au logement dans le revenu des ménages est passé de14 % en 1975 à 22 % en 202246.Le logement constitue certes un patrimoine pour ceux quien sont propriétaires, mais il est pour tous, locatairescomme propriétaires, un élément déterminant pourapprécier la qualité de ses conditions de vie. Celles-ci nepeuvent être réduites aux seules questions financières oumême d’emploi.Pour résumer, il existe bel et bien un déclassement de la jeunesse sur certaines dimensions : le patrimoine est aujourd’huibien davantage concentré dans les mains des plus âgésqu’il ne l’était en 1975 et, dans l’échelle des salaires, lesjeunes actifs ont reculé par rapport aux salariés en milieuou fin de carrière. Sur d’autres dimensions la situation estplus ambiguë. Le niveau de diplôme de la jeunesse a largement augmenté depuis les années 1975, mais il ne s’est pastraduit par une élévation identique des positions sociales.Nos jeunes sont confrontés à des statuts d’emploi plusprécaires et à un rendement des diplômes moindre.