Sur le papier, l'affaire semble entendue : le taux du Livret A et du LDDS, tombé à 1,50% net de fiscalité, devrait remonter la pente le 1er août prochain. La reprise de l'inflation, avec la flambée des prix des carburants, allié à la stabilité de l'ster, autre indice considéré dans sa formule de calcul réglementaire, permet d'envisager une hausse de 0,30 point, à 1,80% net. Le Livret d'épargne populaire (LEP) suivrait le mouvement, passant de 2,50% à 2,80%. C'est le premier scénario possible, le plus probable sans doute, mais ce n'est pas le seul.
Livret A, LEP et LDDS : les taux attendus en hausse le 1er août avec l'accélération de l'inflation
L'application de cette formule mathématique, en effet, n'est pas systématique, loin de là. Le ministre de l'Economie et des Finances, après recommandation du gouverneur de la Banque de France, dispose du pouvoir de ne pas appliquer la formule, et de fixer la rémunération des livrets réglementés selon d'autres critères, liés à la conjoncture économique, mais également au contexte politique.
* inflation mensuelle hors tabac
En rouge : rendement réel du Livret A négatif par rapport à l'inflation
En vert : rendement réel du Livret A positif par rapport à l'inflation.
Ainsi, deux autres scénarios se dessinent aujourd'hui : celui du statu quo ou celui du coup de pouce.
Le statu quo, une décision guidée par l'économie
Il faut le rappeler : si la hausse des taux des livrets réglementés est évidemment une bonne nouvelle pour les épargnants, ce n'est pas le cas pour les bailleurs sociaux et les collectivités qui empruntent l'argent du Livret A, centralisé à la Caisse des dépôts, pour financer des logements sociaux ou des équipements publics. Le coût de ces prêts, en effet, est généralement indexé sur le taux du Livret A. Cela va même plus loin : « (...) Une hausse du taux du Livret A serait une incitation au relèvement des taux de crédit des banques », estime l'économiste Philippe Crevel, excellent connaisseur du sujet, dans un récent communiqué. « Or, le gouvernement souhaite avant tout une reprise de l'investissement et n'entend pas encourager l'épargne de précaution afin de ne pas pénaliser la consommation ».
L'inflation actuelle, par ailleurs, est toujours considérée comme purement conjoncturelle, puisque directement liée aux conséquences du conflit déclenché par les Etats-Unis et Israël au Moyen-Orient. « Si, en juillet, une solution diplomatique est trouvée entre l'Iran et les États-Unis, une baisse du cours du pétrole devrait rapidement intervenir et faire baisser la pression inflationniste », note Philippe Crevel. « Dans ce contexte, le gouverneur pourrait juger inutile de relever le taux, sachant qu'en février 2027, à quelques semaines de l'élection présidentielle, il sera plus difficile de le baisser. »
En clair, le contexte macro-économique plaide plutôt pour un statu quo.
Le coup de pouce, une décision politique
La décision de déroger, ou non, à l'application de la formule mathématique sera prise, à la mi-juillet, par le gouverneur de Banque de France. Or ce dernier va changer dans les prochaines semaines. L'actuel gouverneur, François Villeroy de Galhau, a en effet annoncé sa décision de quitter ses fonctions début juin. Pour lui succéder, le président de la République a proposé le nom d'un proche, Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l'Elysée et auparavant directeur général du Trésor. Mais sa nomination reste soumise à l'approbation des commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Le (possible) nouveau gouverneur choisira-t-il de donner un coup de pouce à l'épargne populaire, alors que la hausse du prix des carburants rend les fins de mois plus difficiles ? « Si l'inflation accélère, autour de 3%, et si le conflit au Moyen-Orient perdure, il lui sera difficile de maintenir à 1,5% le taux du Livret A », estime Philippe Crevel. « Il pourrait être conduit à le relever à 1,8%/2% ».
Il pourrait aussi choisir une solution de compromis, en ne touchant pas (ou peu) au taux du Livret A, et en réservant son coup de pouce au produit dédié spécifiquement aux Français les moins aisés, le LEP.

















