Entre le conflit en Ukraine et le pouvoir d'achat grevé par l'inflation, l'immobilier peine à se faire une place de choix dans la campagne présidentielle 2022. Tant et si bien que rares sont les candidats à y accorder du temps. Alors, oubli volontaire ou inconscience du problème de la part de ceux qui souhaitent gouverner la France ?

L'élection présidentielle, un moment toujours particulier pour le marché immobilier ? Pas cette fois, à en croire Corinne Joly, présidente de Particulier à Particulier : « Cette présidentielle n'a pas d'impact, tout simplement parce que l'immobilier ne semble pas concerné. Personne n'en a parlé, c'est un sujet marginal. »

La présidente de PAP n'est pas la seule à pointer du doigt cet « oubli » du logement dans la campagne présidentielle 2022. Pour Bruno Rouleau, le logement est « saupoudré » au gré des programmes. « Pourtant, aujourd'hui, le logement c'est un vrai problème. On manque d'un réel plan logement et d'un vrai ministère du logement », regrette le président de l'Association Professionnelle des Intermédiaires en Crédits (APIC).

Peu de mesures dans les programmes

Quand on regarde le programme de la plupart des candidats, les références au logement sont en effet minces. Valérie Pécresse, Anne Hidalgo et Emmanuel Macron évoquent la rénovation énergétique (entre 500 000 et 760 000 logements rénovés par an en fonction des candidats) sans réellement en dire plus. Des chiffres jugés fantaisistes par plusieurs acteurs du secteur.

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À gauche, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot ou encore Nathalie Arthaud souhaitent augmenter le nombre de logements sociaux ou garantir des loyers bas aux ménages les plus modestes. Le candidat de La France Insoumise compte cependant plus de propositions que les autres, avec un livret dédié à la question du logement.

À droite toute, Marine Le Pen et Éric Zemmour veulent « assurer la priorité nationale d'accès au logement social » (pour le Rassemblement National) et en priver les personnes condamnées (pour le candidat Reconquête !). « Les extrêmes s'intéressent plus au logement car c'est une préoccupation de leur électorat. Il y a des marqueurs sociaux autour du logement et les candidats n'ont pas pu les oublier », décrypte Henry Buzy-Cazaux, président de de l'Institut du management des services immobiliers.

Des candidats inconscients de l'importance du sujet

Reste que ces diverses mesures ne constituent pas une politique du logement digne de ce nom. Comment alors expliquer ce désintérêt de la classe politique sur le sujet, et alors que le logement reste le principal poste de dépenses des ménages hexagonaux ?

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Henry Buzy-Cazaux, également membre du Cercle des managers de l'immobilier, avance plusieurs explications. Selon lui, les acteurs de l'immobilier ne parviennent pas à porter un message commun, et sont donc inaudibles dans le débat actuel. Mais ils ont une autre responsabilité : « Depuis deux ans, le secteur envoie des messages extrêmement positifs, que ce soit sur les prix ou sur la résilience du marché. Il n'y a pas de problème, donc pas forcément de sujet électoral. Là-dessus je pense que la communauté du logement, dont je fais partie, est irresponsable. Quand on parle de la santé, on n'interroge pas uniquement les gens qui vont bien », juge Henry Buzy-Cazaux.

Ce message positif éloignerait donc les candidats, qui n'auraient alors plus conscience de la réalité sur le sujet. Et les sondages, qui placent aujourd'hui le logement loin des premières préoccupations des personnes interrogées, ne viendraient rien arranger : « Dans les sondages, le logement arrive loin dans la liste, or les candidats parlent de ce qui intéresse les électeurs, estime le président de l'IMSI. On a l'impression que le logement n'est pas une inquiétude des ménages. Du coup, les enquêtes d'opinion n'ont pas non plus éclairé les candidats sur le problème du logement. »

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Pourtant, Henry Buzy-Casaux, qui a hébergé sur le cercle des managers de l'immobilier un débat autour de ces questions avec des intervenants venus des cinq partis en tête des sondages (La République en Marche, La France Insoumise, le Rassemblement National, Reconquête, Les Républicains), le jure : il existe dans chaque parti des gens capables de proposer des solutions à toutes ces questions. « Quand vous creusez, il y a des groupes de réflexion auprès de chacun des candidats. Il y a de la matière, ils ont des idées sur la construction, sur la maîtrise des prix, sur la transition énergétique, sur le mal logement... Quand vraiment on leur explique que c'est un vrai sujet, il y a des choses qui sortent, mais ce n'est pas spontané. »

À quelques jours du premier tour, le logement peut-il se faire une place dans les débats ? Pour l'économiste Erwann Tison, le sujet a en tout cas sa place à la table des préoccupations principales : « Toutes les problématiques actuelles, que ce soit le pouvoir d'achat ou l'environnement, sont intimement liées au logement et ne seront réglées que si on réforme le logement en profondeur. On est vraiment sur quelque chose qui plombe le budget des ménages et ce n'est pas près de s'inverser. La seule chose qui pourrait permettre de faire baisser les prix, c'est soit de construire massivement dans les zones tendues, soit de créer de l'activité économique dans les zones détendues. Il faut donc une vraie politique d'urbanisation du territoire. »

Les 3 propositions des candidats pour le logement

Le 30 mars 2022, le Cercle des managers de l'Immobilier organisait un débat avec les représentants des cinq partis en tête des sondages. Étaient ainsi présents Isabelle Le Callennec (Les Républicains), Benjamin Cauchy (Reconquête), Benoît Timarche (La France Insoumise), Franck Allisio (Rassemblement National) et Marjolaine Meynier-Millefert (La République En Marche). Chacun a donné, au nom de son candidat, trois propositions pour le logement.

Les Républicains :

1 - Construire, là où s'expriment les besoins, 500 000 logements par an, en transformant par exemple les bureaux en habitations

2 - Faire confiance et travailler avec les maires, leur redonner du pouvoir sur la thématique du logement

3 - Soutenir l'accession à la propriété avec le principe de caution solidaire

La France Insoumise :

1 - Lutter contre l'expulsion et mettre en place un objectif « zéro SDF » grâce notamment à une sécurité sociale du logement et la construction d'un million de nouveaux logements sociaux sur 5 ans

2 - Généraliser l'encadrement des loyers à la baisse

3 - Rénover le parc existant en mettant en place un plan de financement pour la rénovation énergétique

La République en Marche :

1 - Accélérer la rénovation énergétique notamment sur les logements vacants, et continuer à construire là ou c'est nécessaire

2 - Avoir une vision du logement comme socle social en se basant sur les mesures déjà prises (suppression de la taxe d'habitation, consolidation de la loi SRU)

3 - Redonner du pouvoir au niveau local, faire que les élus locaux redeviennent acteurs des problématiques du logement

Reconquête :

1 - Réserver le logement social aux Français les plus modestes

2 - Redonner de la souveraineté foncière aux élus en abrogeant la loi SRU (obligation d'avoir au moins 20% de logements sociaux dans chaque ville)

3 - Supprimer les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) pour les primo accédents afin de leur redonner plus de capacité d'achat

Rassemblement National :

1 - Redonner de l'oxygène aux petits propriétaires, en mettant en place une fiscalité moins confiscatoire (Suppression de l'IFI, pas d'augmentation de la taxe foncière)

2 - Prioriser l'accès aux logements sociaux, mais aussi les aides aux logements, aux Français et sortir les délinquants des logements sociaux

3 - Pour faciliter l'accès à la propriété, mise en place d'un prêt public à taux zéro sur 10 ans, d'un montant de 100 000 euros maximum, avec la possibilité d'adosser ce prêt à un prêt classique. Après le troisième enfant, le reste à payer de ce prêt serait offert.