Avec la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine, les Français sont-ils plus frileux pour les achats immobiliers ? C'est ce que constatent certains professionnels. De quoi remettre en cause le statut de valeur refuge de la pierre ?

Un mois après le début de la guerre en Ukraine (24 février), quel est l'impact réel sur les ménages français et leur rapport à l'immobilier ? Le 13 mars dernier, sur France 2, Minja Vidic, président de Indivis Immobilier, notait une baisse de fréquentation de son site de 50%. D'après lui, certains acquéreurs se montraient plus frileux et souhaitaient reporter leurs projets d'achat : « Ils prennent des crédits immobilier sur 25 ans, et c'est long. Ils ont besoin de pouvoir se projeter dans trois mois, dans quatre mois, dans un an », analysait le président de Indivis immobilier. Dans l'agence du groupe ERA, située à Palaiseau, le directeur Stéphane Cervi réfûte lui l'idée d'une accalmie du marché, même si deux dossiers ont été mis en stand-by avec la crainte du conflit ukrainien pour motif, explique-t-il à MoneyVox.

Une inquiétude sur le financement plus que sur le projet

Dans son baromètre publié le 23 mars, le courtier Artemis Courtage interrogeait les Français sur leur perception du marché de l'immobilier. 55% des personnes interrogées se disaient ainsi pessimistes face à la situation économique du marché immobilier. Ludovic Huzieux, co-fondateur d'Artemis Courtage, note de son côté une baisse des demandes de financement, de l'ordre de 7 à 8% par rapport à l'année précédente. Si 2021 était quoi qu'il en soit une année exceptionnelle pour l'immobilier hexagonal, cette baisse est tout de même significative dans une période où le marché à normalement tendance à s'emballer.

D'après lui, la guerre en Ukraine fait partie des préocupations des futurs acquéreurs : « Quasiment tous les rendez-vous que l'on a, ce sont les informations qui nous remontent, commencent par une référence au conflit. Une question que l'on retrouve souvent, c'est de savoir si les banques vont continuer à prêter de l'argent au regard de ce qui se passe. C'est une source d'angoisse pour des projets qui sont pourtant décorrélés de la situation internationale. »

La confiance des ménages en berne

Face à l'incertitude, les Français préfèrent aussi garder leur argent : « Dans les périodes un peu plus compliquées, on a plus de mal à se départir de son épargne. On se dit qu'en cas de coup dur, il vaut mieux la garder près de soi. Le climat de confiance est donc un peu rompu, » estime encore Ludovic Huzieux.

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Un sentiment que vient corroborer l'enquête mensuelle de l'Insee parue ce 29 mars et qui montre une forte de baisse de la confiance des ménages, aussi bien dans leur situation financière personnelle que dans leur capacité d'épargne future. Mais cette volonté de garder son épargne n'est pas le seul fait de la guerre, comme le note l'économiste Erwann Tison, directeur des études chez Institut Sapiens : « On se rend compte qu'en France, les gens ne souhaitent pas trop investir, ils préfèrent avoir leur épargne de manière très liquide. Il y a une préférence de la liquidité dans l'épargne en France qui à mon sens nuit également à l'accès à la propriété. »

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Autre élément visant à expliquer la frilosité actuelle, l'impact visuel de la guerre. Face aux images de destruction qui nous viennent d'Ukraine, l'aspect « valeur refuge » de la pierre pourrait être en train de s'effriter. C'est en tout cas ce que pense Henry Buzy-Cazaux : « Quand on voit les images de maisons soufflées par un mortier, dans l'inconscient collectif, l'immobilier n'apporte plus autant la solidité », nous expliquait le président fondateur de l'Institut du Management des Services Immobiliers (IMSI).

Attention toutefois à ne pas surrévaluer l'importance du conflit ukrainien sur l'immobilier français. Pour Corinne Joly, présidente de Particulier à Particulier (PAP), la situation en Ukraine n'a pas d'impact direct, même si elle pourrait se faire sentir : « Les achats de biens sont motivés par des trajectoires de vie qui n'ont pas grand chose à voir avec la situation internationale. En revanche, il faut plutôt regarder les taux d'intérêt. Une hausse forte, à cause de l'inflation par exemple, pourrait mettre un coup au marché. Il peut donc y avoir un impact par rebond. »

Et les acheteurs pourraient même au contraire se précipiter de plus en plus sur les biens disponibles, à cause de la difficulté d'approvisionnement en matériaux, qui pourraient impacter le secteur du neuf mais également de la rénovation. « Si jamais il y a moins de biens neufs ou à rénover disponibles, les biens en bon état vont se retrouver sous tension. On risque d'avoir un problème de rareté lié à ça. » Moins de biens disponibles mais des acheteurs qui auront toujours besoin de trouver un endroit où vivre : l'immobilier français ne devrait donc pour le moment pas trop pâtir du conflit ukrainien.

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