Le conflit entre la Russie et l'Ukraine vient amplifier la hausse des prix des produits de grande consommation dans les rayons. Résultat, une augmentation des étiquettes de 5% en moyenne, est attendue le mois prochain. Mais certaines vont s'envoler encore plus.

Le portefeuille des ménages prend cher. La nette hausse des prix enregistrés depuis le début de l'année accélère avec la guerre en Ukraine. Résultat, les cours du gaz, de l'électricité et du pétrole s'emballent. Tous les indicateurs sont au rouge vif, comme les prix à la pompe qui frisent, voire dépassent les 2 euros le litre, avec un baril de brut au-delà des 100 dollars.

A l'arrivée, la facture d'énergie des Français risque de grimper de 400 euros en 2022 même si pour l'instant, l'Etat bloque les prix du gaz et de l'électricité. Pas étonnant dans ce contexte que les candidats à la présidentielle se concentrent sur les propositions liées au pouvoir d'achat. D'ailleurs, l'exécutif réfléchit à la mise en place d'une nouvelle prime inflation, plus resserrée que la précédente de 100 euros accordée à 38 millions de personnes.

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Une hausse de 3% avant la guerre

Mais un autre front menace le budget des ménages : il s'agit des courses alimentaires. En effet, l'Ukraine et la Russie sont de gros producteurs de matières premières agricoles comme le blé, de maïs ou encore le tournesol. Et le conflit entre les deux pays fait grimper les prix. Avec des conséquences qui vont se faire sentir très vite dans les rayons des magasins en France.

« Avant même le début du conflit en Ukraine, nous avions tablé sur une augmentation de 3% en moyenne, sur un an, des produits de grande consommation à partir d'avril suite aux dernières négociations commerciales entre industriels et distributeurs. La hausse des coûts de l'énergie, les aléas climatiques qui ont touché les récoltes des matières premières alimentaires à travers le monde ces derniers mois notamment, amenaient les prix alimentaires à nettement augmenter. Mais la guerre vient amplifier ce scénario », explique à MoneyVox Emily Mayer, du cabinet spécialisé IRI. Selon le dernier relevé pour le mois de février, les pâtes, par exemple, ont vu leurs prix grimper de 13% sur un an. Mais la donne va s'amplifier.

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De 3% à 5% sur les étiquettes

« On pourrait s'attendre à ce que la bosse d'inflation que nous positionnions à 3% atteigne les 5% sur les produits de grande consommation, comme lors de la crise de 2008, avec des augmentations très marquées sur certains produits à base de céréales comme les pâtes, la farine, le pain, la viennoiserie, en raison de la hausse des cours du blé par exemple », avertit Emily Mayer. Mais ce n'est pas tout.

Dans la mesure où la Russie et l'Ukraine représentent 78% des exportations mondiales d'huile de tournesol, il faut s'attendre à de nettes hausses aussi sur ce produit, le plus consommé parmi les huiles en France (37%). Attendu également, un effet de bord sur les autres types d'huiles, qui pourraient devenir plus chères si les consommateurs décident de se reporter sur elles.

Les augmentations des cours des céréales, mais aussi des engrais, des carburants et de l'énergie vont avoir un impact sur les coûts de production des agriculteurs, qui vont devoir les répercuter sur la viande de porc ou de volaille. Sur la crémerie (lait, beurre, fromage...) aussi puisque les vaches consomment aussi du blé et de l'orge produits en grande quantité par l'Ukraine et la Russie.

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12 euros de plus par mois pour se nourrir

« Un foyer de quatre personnes dépense en moyenne 549 euros par mois pour se nourrir, analyse Christiane Lambert. Rien que l'inflation, cela rajoute +5,39 euros. Là, avec la crise ukrainienne, il faudra 10 à 12 euros de plus par mois », calcule Christiane Lambert, la présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), interrogée par Le Parisien.

Concrètement, les hausses seront proportionnellement plus fortes sur les marques à petits prix et les marques distributeurs dont le coût est principalement lié à la matière première. A la lumière des périodes inflationnistes passées, Emily Mayer anticipe que les consommateurs achètent moins et moins cher en privilégiant les magasins discount comme Lidl ou Aldi, enseignes présentant la meilleure proposition en termes de prix.

« Les consommateurs pourraient aussi réduire les achats de produits moins indispensables (produits de beauté, produits sucrés, alcools) et privilégier les produits « bruts » du fait maison. Les produits bio, plus chers que les produits classiques, pourraient aussi être touchés par les arbitrages que vont devoir faire les Français », poursuit Emily Mayer.

Une étude publiée cette semaine par le cabinet Kantar vient confirmer ce scénario. Dans un contexte de forte inflation, 44% des particuliers souhaitent privilégier le fait maison et 38% envisagent d'acheter davantage sous promotion.

« Les consommateurs ont également l'intention de se rendre dans les magasins les moins chers près de chez eux. Lidl, Aldi, Leclerc, Intermarché, U voire Carrefour - qui s'est beaucoup amélioré sur son image prix - devraient avoir le vent en poupe en 2022 », estime cette enquête qui a sondé près de 13 000 foyers.

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