Les métavers attirent de plus en plus d'investisseurs. En l'espace de quelques mois, les prix de l'immobilier dans ces mondes virtuels ont été multipliés par 300. Nouvelle bulle spéculative ou opportunité d'investissement ? Décryptage.

L'entreprise Republic Realm a dépensé 4,3 millions de dollars en décembre 2021 pour acheter un lopin de terre sur The Sandbox, un espace de rencontre virtuel dans lequel les joueurs, équipés de lunettes de réalité augmentée, peuvent s'immerger pour discuter avec des amis, participer à des concerts, et se déplacer librement.

A l'image d'Adidas, de Carrefour et de PwC, de nombreuses entreprises françaises ont d'ores et déjà fait l'acquisition de terrains dans le métavers, ce réseau de mondes virtuels, souvent présenté comme l'avenir des réseaux sociaux. « On vient de récupérer les clés, c'est officiel : Carrefour est l'heureux propriétaire d'un beau terrain dans le métavers ! », annonçait récemment Élodie Perthuisot, directrice de la transformation digitale de Carrefour.

Résultat : le volume de transactions immobilières sur les quatre principales plateformes du métavers - The Sandbox, Decentraland, Somnium et Cryptovoxels - aurait dépassé le cap des 500 millions de dollars en 2021, selon les estimations de MetaMetrics. Faut-il y voir une opportunité de placement pour dynamiser votre épargne ?

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Qu'est-ce que le métavers ?

Octobre 2021. Mark Zuckerberg annonce que Facebook travaille sur la création d'un métavers, et que le groupe va changer de nom pour devenir Meta. Un tournant majeur dans l'histoire du web. « Les métavers existaient déjà depuis plusieurs années », relève Arnaud Groussac, fondateur de Patrimoine Store. « Mais suite à l'annonce de Meta, le phénomène a pris une ampleur considérable ».

Très vite, les joueurs affluent, et avec eux, l'argent. La vision de Mark Zuckerberg ne fait toutefois pas l'unanimité. « Meta prépare un métavers centralisé, sur lequel le groupe gardera le contrôle », explique Arnaud Groussac. « C'est une démarche diamétralement opposée à celle d'entreprises comme The Sandbox ou Decentraland, qui s'appuient sur la blockchain, et dont les métavers sont la propriété des utilisateurs ».

Premier constat : il n'y a donc pas UN, mais DES métavers, dans lesquels les utilisateurs s'incarnent sous la forme d'un avatar, qu'ils peuvent customiser librement à l'aide d'accessoires vendus sous forme de NFT, des titres de propriété numériques adossés à la blockchain. « On va probablement assister à une spécialisation de ces écosystèmes, avec des mondes dédiés au travail, et d'autres pour les loisirs, ou encore les rencontres amoureuses », estime Karl Toussaint du Wast, co-fondateur de Netinvestissement.fr.

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Investir dans un métavers, pour quoi faire ?

Mais pourquoi vous rendre dans l'un de ces métavers ? « Il ne s'agit pas de partir 15 jours en vacances dans un monde virtuel, ça n'aurait strictement aucun intérêt », appuie Arnaud Groussac. Pour lui, les métavers sont avant tout un nouvel espace de rencontre entre les marques et leurs utilisateurs. Le passage d'un web en 2D, à une expérience plus immersive pour le consommateur.

« Les technologies que porte le métavers pourraient totalement ringardiser Amazon d'ici quelques années », reprend Arnaud Groussac. Au lieu de se rendre sur le site d'une marque pour commander un produit, l'internaute pourra ainsi se rendre directement dans une agence virtuelle, voir une représentation en 3D du produit, le toucher, et discuter avec un conseiller.

De quoi aiguiser l'appétit des spéculateurs, qui sont nombreux à avoir fait l'acquisition de terrains virtuels dans l'espoir de réaliser une plus-value à la revente, comme en témoigne le dynamisme du marché secondaire. « A l'exception de quelques early adopters, qui sont là par simple intérêt pour les technologies émergentes, beaucoup d'acheteurs recherchent le profit », observe Karl Toussaint du Wast.

Le résultat ne s'est pas fait attendre. Entre décembre 2019 et janvier 2022, le prix des parcelles sur The Sandbox a été multiplié par 300, d'après une étude de l'université Cornell. « Le marché de l'immobilier virtuel obéit dans l'ensemble aux mêmes règles que dans la vraie vie. Sa valorisation fluctue en fonction de l'emplacement, à l'exception qu'il n'y a pas de prix de marché homogène », décrypte Karl Toussaint du Wast. Chaque métavers propose un nombre limité d'emplacements, ce qui crée un effet de rareté. The Sandbox compte ainsi 166 464 terrains, tandis que le cadastre de Decentraland recense 90 000 parcelles.

Et comme dans le monde réel, « certains emplacements valent plus chers que d'autres, soit parce qu'ils sont dans un quartier huppé, soit parce qu'ils se situent à proximité d'une grande marque », explique Karl Toussaint du Wast. Un fan de Snoop Dogg aurait ainsi dépensé 450 000 dollars pour acheter un terrain virtuel voisin de celui du rappeur américain, rapporte The Independent.

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Quels sont les risques ?

Le métavers, un placement juteux pour certains investisseurs. Mais prudence avant de vous lancer. Car, la pierre pixel n'a rien d'une valeur-refuge. « L'immobilier virtuel est un investissement hautement spéculatif », met en garde Karl Toussaint du Wast. D'autant que le marché serait actuellement en pleine bulle immobilière, selon lui. « Il y a eu une période d'euphorie incroyable suite à l'annonce de Meta, ce qui a entraîné une flambée des prix ».

Le risque serait alors d'acheter un terrain au prix fort, et de voir sa valeur chuter drastiquement au cours des mois à venir. « Pour autant, je reste convaincu que les métavers sont l'aboutissement logique des outils de communication utilisés par l'homme », nuance Karl Toussaint du Wast.

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Trois freins entravent toutefois le développement du métavers. « Comme toute innovation de rupture, le métavers implique un changement profond des mentalités, cela prend du temps », estime Arnaud Groussac. Mais les principales limites sont aujourd'hui technologiques. Pour pouvoir accueillir un milliard d'utilisateurs dans le métavers d'ici 2030, comme le souhaiterait Mark Zuckerberg, il faudrait multiplier la puissance de calcul actuelle par 1 000, selon Raja Koduri, Vice-Président d'Intel.

Par ailleurs, la croissance de ces métavers décentralisés est intimement liée au taux d'équipement en casques de réalité virtuelle. En pleine croissance, l'industrie de la VR a généré un chiffre d'affaires de 18,8 milliards de dollars en 2020. Cependant, « le leader du marché, Occulus Quest, est aujourd'hui détenu par Meta, qui travaille sur son propre projet de métavers », rappelle Arnaud Groussac.

Pour finir, le métavers reste à ce jour un environnement peu régulé. Une sorte de « Far West » numérique, sur lequel la loi n'a pas véritablement d'emprise. Une utilisatrice de l'application Horizon Worlds se serait ainsi plainte d'une agression sexuelle subie par son avatar.

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Les secrets d'un investissement réussi

Si malgré tout, vous souhaitez profiter des opportunités d'investissement que vous offre le métavers, voici quelques conseils pour limiter les risques. « La règle d'or, comme pour un investissement immobilier dans le monde réel, c'est d'abord d'aller voir par soi-même », recommande Karl Toussaint du Wast. Autrement dit, pas de précipitation. Commencez par créer votre avatar, et prenez le temps de visiter ces écosystèmes pour vous familiariser avec leur fonctionnement.

Par ailleurs, si les achats dans le métavers se font en monnaie virtuelle, l'argent que vous dépensez, lui, est bien réel. « Il faut garder à l'esprit que le métavers est un placement à risque. Je déconseille d'investir plus de 2 ou 3% de son argent, surtout en ce moment car les prix sont élevés », poursuit Karl Toussaint du Wast.

Autre point d'attention : « Aujourd'hui, nul ne sait quel métavers va s'imposer », souligne Arnaud Groussac. Vous pouvez acheter un terrain sur une plateforme et, si cette dernière fait faillite, perdre tout votre capital. « Pour limiter les risques, il faut s'intéresser au projet, consulter le livre blanc et bien comprendre la direction que souhaite donner les plateformes à leur monde virtuel ».

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