La guerre en Ukraine secoue les marchés financiers. Quels sont les risques pour votre épargne et comment réagir ? Décryptage.

Jour 7. Alors que l'offensive russe se poursuit en Ukraine, les pays occidentaux multiplient les sanctions économiques à l'encontre du Kremlin. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Au bout de 5 jours suite au début des hostilités, le rouble a plongé de 27%, atteignant 119,5 roubles pour un dollar, son plus bas historique. Et, pour éviter le pire, la Bourse de Moscou n'a pas ouvert ses portes lundi.

Mais l'économie russe pourrait ne pas être la seule à souffrir de ce conflit. Les répercussions sur les marchés financiers internationaux se font sentir. Alors faut-il tout vendre avant qu'il ne soit trop tard, réallouer votre épargne vers des supports plus sécurisés, ou simplement prendre votre mal en patience ?

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Bourse : « ne pas céder à la panique »

Après un net recul jeudi dernier (-3,83%), suivi d'un rebond vendredi (+3,5%), le CAC40 clôture à 6 396,49 points ce lundi, en baisse de 3,94%. Certaines valeurs ont particulièrement souffert, à l'image du constructeur automobile Renault (-11,23%), engagé en Russie via sa filiale Avtovaz, ou d'Engie (-13,19%). A l'inverse, les valeurs liées à la défense et à l'armement se sont envolé en début de semaine : +11,87% pour Thalès et +7,87% pour Dassault Aviation.

Pas de quoi craindre un nouveau krach pour autant. « On assiste à une réaction épidermique des marchés financiers, qui corrigent de façon compulsive », estime Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l'Epargne. Pour lui, « au-delà de l'effet de surprise, les conséquences de cette crise ne doivent pas être exagérées ».

D'autant que, dans l'immédiat, les entreprises françaises semblent peu impactées. « Si 35 entreprises françaises du CAC 40 ont des filiales en Russie, ces dernières comptent, en règle générale, pour moins de 5% de leur chiffre d'affaires total », explique Philippe Crevel. « La Russie comme l'Ukraine sont des clients marginaux pour les pays de la zone euro en ce qui concerne les échanges, représentant 1 à 3% des échanges ».

« A court terme, la flambée du prix des matières premières constitue le principal facteur de risque », relève Karl Toussaint du Wast, cofondateur de Netinvestissement. Le baril de pétrole a en effet vu son prix repasser au dessus de 100 dollars pour la première fois depuis 2014.

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« Si le conflit venait à s'éterniser, il pourrait avoir des conséquences profondes pour l'économie européenne. Mais pour le moment les marchés surréagissent », poursuit Karl Toussaint du Wast. En résumé : ne pas céder à la panique. Prenez le temps de la réflexion avant de vendre. Les plus aventureux pourraient même profiter de ce creux pour renforcer leurs positions. « Les acheteurs profitent de chaque incursion sous 36 euros pour recharger », observe ainsi Nicolas Chéron, stratégiste pour Zonebourse, dans un tweet au sujet de la Française des Jeux (FDJ).

Assurance vie : « attention à ne pas figer vos pertes »

Même son de cloche pour l'assurance vie. Si vous avez un contrat investi en partie sur des unités de compte (UC), qui présentent un risque de perte en capital, il peut être tentant, en période de crise, de réaliser des arbitrages en faveur des fonds en euros.

Mais attention, prévient Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct. « Arbitrer sur des supports plus sécurisés en période de panique revient à figer vos pertes. Cela peut se justifier si vous souhaitez sauvegarder votre capital pour mener à bien un projet à court terme ». Mais si vous n'avez pas besoin de l'argent dans l'immédiat et que votre allocation est en cohérence avec votre horizon d'investissement, « mieux vaut faire le dos rond et patienter jusqu'à ce que les cours remontent », conclut l'expert.

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Argent liquide : « il n'y a aucun danger »

C'est souvent le premier réflexe des consommateurs. En situation de crise, on anticipe le pire, et on décide par précaution de retirer quelques billets au distributeur le plus proche. Un matelas de cash destiné à se prémunir d'un scénario du pire. Mais dans un système basé sur la confiance, ce geste d'apparence anodine peut s'avérer lourd de conséquences.

La filiale européenne de la Sberbank, l'une des principales banques russes, en a fait l'amère expérience. Fragilisée par les sanctions internationales et des retraits d'argent « significatifs », l'établissement serait actuellement en « faillite ou faillite probable », d'après la Banque centrale européenne (BCE).

Les banques françaises pâtissent également de la crise. Le Crédit Agricole affichait ce mardi un recul de 7,76%, tandis que BNP Paribas cède 6,81%. Société Générale, exposée à hauteur de 18 milliards d'euros en raison de son implantation en Russie via sa filiale Rosbank, perd 9,36%. Alors faut-il vous précipiter vers le distributeur de billets le plus proche ?

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« Il n'y a aucun danger. Les banques françaises ont peu de positions stratégiques en Russie et, malgré une légère correction des cours, leur solvabilité n'est absolument pas menacée », répond Karl Toussaint du Wast.

Pour rassurer les ressortissants de l'Union européenne, la BCE s'est d'ailleurs engagée à veiller « au bon fonctionnement des conditions de liquidité et à l'accès des citoyens aux liquidités ». L'institution s'est également dite prête à « prendre toutes les mesures nécessaires » pour « garantir la stabilité des prix et la stabilité financière dans la zone euro ».

Cryptomonnaies : « une porte de sortie pour la Russie »

Pour finir, faut-il miser sur le bitcoin en temps de crise ? Souvent comparé à de l'or numérique, le statut de valeur refuge du bitcoin a été mis à mal à plusieurs reprises au cours des derniers mois. Pour preuve : le bitcoin a chuté sous les 35 000 dollars dans la nuit de mercredi à jeudi, atteignant 34 472 dollars à son plus bas. Mais la reine des cryptomonnaies n'a toutefois pas tardé à se ressaisir et son cours a fortement augmenté ce lundi pour se stabiliser autour de 43 400 dollars. Une hausse qui pourrait se poursuivre, selon certains experts. « Les sanctions économiques sont prononcées par les Etats, mais dans les faits, ce sont les banques qui se chargent de veiller à leur exécution. La finance décentralisée (DeFi) et les cryptomonnaies offrent à la Russie une porte de sortie pour contourner les sanctions », estime Karl Toussaint du Wast.

La prudence reste toutefois de mise pour les investisseurs. « La Russie et l'Ukraine étaient des zones de minage de cryptomonnaies importantes même si les autorités russes avaient officiellement indiqué ne plus vouloir miner. Cette situation ne peut que renforcer la volatilité déjà extrême de ce marché », prévient Philippe Crevel.

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