Avec des cours qui ont flambé depuis la crise du coronavirus et une législation jeune, le bitcoin et les crypto-actifs sont devenus une mine d'or pour les escrocs, qui peuvent sévir de plusieurs manières. Les conseils d'experts pour identifier les intermédiaires de confiance et les projets cryptos non frauduleux sur lesquels investir.

De moyen de paiement discret et désintermédié adapté au e-commerce, les crypto-monnaies, dont la plus célèbre est le bitcoin, sont devenues des investissements financiers. Pour certains, ces crypto-actifs s’apparentent à une valeur refuge contre la planche à billets des banques centrales. Pour d’autres, le bitcoin et les altcoins (toutes les cryptos qui ne sont pas du bitcoin) sont des instruments purement spéculatifs. « Le bitcoin n’est pas comme une action où il y a des données économiques qui peuvent expliquer ses hausses ou ses baisses. C’est un actif spéculatif qui permet d’avoir des gains potentiellement importants mais aussi s’accompagne de risques élevés, ce qui n’est pas la définition d’une valeur de sauvegarde », explique à MoneyVox Vincent Boy, analyste financier pour IG France. En 3 mois, depuis son pic historique à 65 000 dollars mi-avril 2021, le bitcoin a perdu près de la moitié de sa valorisation. Malgré cette chute impressionnante, la star des crypto reste en progression de plus de 250% sur un an.

Le bitcoin est-il mort ?

La crypto-monnaie devenue la première source d'arnaques de France

Ces perspectives de gains démentielles n’intéressent pas que les investisseurs avertis de la volatilité propre au marché des cryptos. Elles attirent aussi les escrocs qui se montrent imaginatifs pour récupérer l’argent ou les bitcoins de leurs victimes. Ces dernières semaines, plusieurs affaires de détournement à l’étranger mais aussi en France ont défrayé la chronique, avec des préjudices estimés à plusieurs millions voire milliards de dollars. Ainsi, le 8 juillet dernier, après une décennie de méfaits, le Suédois Roger Nils-Jonas Karlsson, qui aurait empoché l’équivalent de 16 millions de dollars et fait 3 500 victimes, a écopé de 15 ans d’emprisonnement et d’une amende de 16,23 millions de dollars.

Pour les inscrits sur Africrypt, l’épilogue est encore très loin. Comme le rapportait Bloomberg fin juin, les deux cofondateurs et frères de cette plateforme basée en Afrique du Sud se sont envolés après avoir annoncé être victime d’une attaque informatique. Une attaque qui aurait fait perdre 69 000 bitcoins à la plateforme, valorisés 3,6 milliards de dollars au moment de la disparition. Cet événement en rappelle bien d’autres comme l’affaire RR Crypto en France. Fin juin, cette association de crypto-investissement basée à Dijon a indiqué à ses 4 500 membres la disparition de 58 millions d’euros en crypto-actifs. Comme l’explique Le Journal du Coin qui a révélé cette disparition, des zones d’ombre entourent l’explication apportée par son président-cofondateur.

Selon les statistiques fournies par l’Autorité des marchés financiers (AMF), les crypto-monnaies sont devenues au premier semestre la première thématique d'arnaques en nombre de réclamations qui lui sont remontées, devant le Forex. Le préjudice déclaré par les victimes contactant AMF Epargne Info Service se chiffre à près de 4 millions d’euros à fin juin, contre 2,5 millions d’euros à fin avril dernier.

Des outils pour débusquer les faux-placements

Comme souvent en matière d’escroquerie sur internet, l’arnaque commence par une bannière publicitaire amenant vers un site où l’internaute laisse ses coordonnées, puis par une prise de contact au ton jovial et rassurant. « Le discours est toujours très élaboré. Ils insistent sur l’essor récent des « crypto-monnaies », notamment du bitcoin, et font miroiter une monnaie 2.0 aux rendements très attractifs. Pour paraître plus sérieux encore, certains proposent des formations en ligne (par exemple de trading sur le bitcoin). On avait déjà vu cela avec les arnaques sur le Forex », explique l’AMF. Ensuite, une fois le premier versement réalisé qui en appel souvent d’autres (pour régler des taxes fictives par exemple), le piège se referme : d’abord l’interlocuteur explique que les fonds sont bloqués, puis, il devient injoignable. Bien sûr, jamais les fonds n’ont été investis, en tout cas pas au profit de l’internaute.

Pour aider les particuliers à identifier ces malversations, l’AMF a mis en place des outils notamment un questionnaire en ligne qui permet en 6 questions de savoir si le placement proposé semble frauduleux ou pas. Elle invite également à joindre Epargne Info Service, un service gratuit et dédié à l’accompagnement des investisseurs. Le gendarme des marchés publie aussi plusieurs listes noires de sites internet gérés par des escrocs. Une de ces listes est dédiée à l’investissement dans des biens divers, la catégorie à laquelle appartient l’achat et la vente de crypto-actifs contre de la monnaie courante (euro, dollars…). Au 12 juillet, cette liste à consulter avant d’investir comprend plus de 350 adresses internet. Mais, elle est incomplète, car les réseaux d’escrocs créent immédiatement de nouveaux sites une fois qu’ils sont repérés.

Acheter des cryptos uniquement sur des plateformes légales

C’est pourquoi, une seconde liste, blanche celle-ci, permet d’identifier les plateformes et courtiers de confiance. Elle compile les intermédiaires s’étant enregistrés auprès de l’AMF en tant que « prestataires de services sur actifs numériques » (PSAN) après l’aval d’un autre régulateur français, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Cette dernière vérifie notamment que la plateforme n’est pas une coquille vide, que ses systèmes informatiques sont résilients ou encore qu’elle est en mesure de détecter la fraude et le riche de blanchiment et financement du terrorisme.

« Etre régulé dans un pays prend du temps. Les autorités locales demandent beaucoup de documents. Elles font une vraie recherche sur le fonctionnement de l’entreprise. Donc à partir du moment où un investisseur se tourne vers une plateforme enregistrée, ils limitent drastiquement le risque d’arnaque », résume Giulia Mazzolini, directrice France du courtier autrichien en crypto-monnaies Bitpanda qui est listé dans les PSAN. « Le dossier à remplir est complexe. C’est la meilleure garantie d’être en face d’une entreprise sérieuse qui a fait le travail nécessaire pour s’enregistrer auprès de l’AMF », renchérit Manuel Valente, directeur scientifique de la plateforme française Coinhouse, l’une des premières à avoir obtenu ce pass légal. Il est obligatoire depuis décembre 2020 pour les acteurs français. D’après le premier bilan de l’ACPR diffusé en juillet, une vingtaine d’enregistrements ont été validés.

Mais il manque encore des plateformes emblématiques de l’écosystème crypto comme Kraken, Coinbase ou Binance qui, bien qu’accessibles aux Français, échappent à l’obligation grâce à, magie du net, leurs sites internet en « .com », comme l’exposait récemment le Journal du Net. « Je pense qu’elles ne vont pas pouvoir continuer à y échapper très longtemps si elles veulent continuer à être opérationnelles en France, anticipe Giulia Mazzolini. La loi pour encadrer les plateformes est récente, cela paraît normal que des plateformes même légitimes ne soient pas encore enregistrées », nuance la porte-parole France de Bitpanda. Mais, même connu, le mot d’ordre reste bien de s’adresser à un intermédiaire présent dans la liste de l’AMF.

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Dans le détail, le statut PSAN est multiple. Il comporte plusieurs niveaux d’autorisation. Certains prestataires, comme StackinSat, sont enregistrés uniquement au titre de l’« achat / vente d’actifs numériques contre monnaie ayant cours légal ». Faire appel à ce courtier nécessite donc, au préalable, de disposer de son propre portefeuille pour réceptionner la crypto. Pour avoir un outil de stockage intégré, il faut viser les acteurs qui se sont également enregistrés pour la « conservation d’actifs numériques » (Coinhouse, Bitpanda, Paymium…). Enfin, pour les investisseurs qui souhaitent jongler d’une crypto à une autre sans revenir en euros (une opération qui déclenche la fiscalisation des éventuelles plus-values), il faut que le statut PSAN de la plateforme intègre l’« échange d’actifs numériques contre d’autres actifs numérique ».

Pour les dérivés sur crypto, on vérifie le Regafi

Dans la liste des PSAN, ne figurent ni eToro, ni IG France, deux brokers connus qui proposent pourtant de trader de la crypto. Rien d’anormal. Car, ces courtiers ne permettent pas d’en acheter réellement, mais de s’exposer aux variations de prix du crypto-actif cible au travers de produits dérivés appelés CFD ou « contrats de différence ». « Cela permet d’éviter les risques de vol quand on les laisse sur une plateforme », souligne Vincent Boy, analyste chez IG France.

Sous-jacent crypto ou pas, la commercialisation de produits dérivés est régulée. Pour avoir le droit de proposer ce type de support, la plateforme doit être agréée comme prestataire de services d’investissement, ou un équivalent pour une plateforme européenne qui a « passeporté » son agrément en France. C’est le cas pour eToro qui est enregistré à Chypre et IG régulé en Allemagne. Français ou non, le courtier en CFD doit être listé sur le registre d’intermédiaires financiers (Regafi) tenu par l’ACPR, à consulter aussi avant de confier son argent. Autre liste à consulter s’agissant des CFD, la liste noire de l’AMF des sites proposant des produits dérivés sur crypto-actifs illégalement. Au 1er juillet, elle comprend plus de 140 adresses, avec des dénominations qui évoquent de sites légaux comme mabanquecrypto.com qui se reproche donc du site « mabanque » de BNP Paribas.

Se renseigner finement sur les personnes derrière les cryptos...

Enfin, acheter des cryptos sur une plateforme autorisée ne protège pas de toutes les malversations. Techniquement, la cryptomonnaie est l’unité de compte d’un projet informatique. Par exemple le projet Ethereum de contrats programmables à règlement automatique utilise l’ether comme moyen de paiement. Cela signifie que n’importe quel internaute ayant un bagage informatique peut lancer un projet crypto sans aucun contrôle. Il peut potentiellement être bidon (les « scam » dans le jargon crypto) ou être monté dans l’unique but de faire du « pump and dump ». C’est-à-dire faire en sorte que le cours s’envole rapidement, revendre tous ses jetons pour s'enrichir au détriment des autres investisseurs qui voient le cours s'effondrer sans jamais remonter. « Investir dans les petites cryptos est particulièrement risqué. Pour les néophytes, mieux vaut rester sur le bitcoin, l’ether, des cryptos suivies qui ne vont pas tomber à 0 en 3 jours », résume Vincent Boy.

Mais dans le monde incroyable des crypto-actifs, une blague peut aussi se transformer en poids lourd du milieu, à l’image du dogecoin. Cette crypto-plaisanterie, dont l’intérêt se résume à son logo, s’est hissée à la 4ème position en termes de capitalisation financière. Aujourd’hui, elle a dégringolé à la 7ème position des plus grosses cryptos (27 milliards de dollars tout de même) une fois le gros de l’emballement retombé. Son cours a été divisé par 3 entre mai et juillet, et reste sur une pente descendante.

C’est pourquoi, il ne faut pas se fier qu’au cours d’un crypto-actif, mais, comme pour le capital-investissement, s’intéresser à l’équipe technique derrière le projet. « Un bon projet crypto est un projet sur lequel il y a beaucoup de cerveaux qui travaillent et qui délivrent des évolutions de protocoles à un rythme soutenu », explique Manuel Valente de Coinhouse. Ensuite l’équipe doit savoir faire parler de son projet et être capable de vanter l’intérêt de son protocole pour créer une communauté d’investisseurs.

... Même en passant par un courtier

Le 3ème facteur clé est l’intérêt économique et l’éventuelle récompense financière. « Le bitcoin appartient à la première génération de crypto-actif. On peut simplement en acheter, espérer l’avoir acquis au cours le plus bas et espérer le revendre au cours le plus haut. Depuis 2020, se développe une nouvelle catégorie d’actifs, connue sous le nom de finance décentralisée, qui peuvent produire du rendement en cours de vie », détaille le directeur scientifique de Coinhouse. Il cite par exemple Aave qui permet d’emprunter et de prêter en crypto moyennant un taux d’intérêt ou Maker qui s’apparente à du prêt sur gage.

Les crypto-courtiers opèrent une sélection des actifs numériques proposés à leurs investisseurs. Au lieu d’avoir des milliers de crypto-monnaie, le choix pour l’investisseur se limite alors à quelques dizaines. Mais cela ne signifie pas qu’il peut alors investir les yeux fermés. Il a du tri à faire. Par exemple, sur les 4 plateformes PSAN que nous référençons sur MoneyVox, Bitpanda propose la crypto-blague Dogecoin, alors qu’elle est inaccessible sur Coinhouse. StackinSat et Paymium écrèment encore plus drastiquement en se spécialisant sur le bitcoin exclusivement.

En résumé, pour investir en confiance sur des cryptos,

  • L'investisseur doit se tourner vers les plateformes enregistrées en tant que PSAN. La liste est accessible sur le site de l'AMF. Il choisira la plateforme en fonction des services qu'il attend d'elle (conservations de crypto-actifs, bourse d'échange en crypto...).
  • Pour un trading sur des dérivés sur crypto, la plateforme doit être enregistrée comme prestataire de services d'investissement. Là encore, il existe une liste légale en ligne, le Regafi, à consulter impérativement avant d'investir.
  • Les malversations peuvent aussi venir des cryptos elles-même. Comme lors d'un investissement financier classique, l'épargnant doit se renseigner sur les personnes derrière, lire le white paper (document qui présente le projet), questionner des crypto-investisseurs rodés... Le principe reste d'investir uniquement dans les projets bien compris et avec l'argent que l'investisseur est prêt à perdre.
  • Bien sûr, en cas de doute, il ne faut pas hésiter à en faire part à Epargne Info Service, la plateforme de l'AMF dédiée à l'accompagnement des épargnants. De plus, bien qu'incomplètes, ses listes noires accessibles en ligne permettent aussi de ne pas se faire avoir par les sites internet que l'AMF sait frauduleux.