MAJ Mai 2026 (1/3) - Les investisseurs sont de vrais sacs à puces, ou l'IA plus forte que le pétrole.
Avril a été le meilleur mois pour les indices américains depuis 2020.... Pas pour les marchés européens pris au piège du pétrole et du conflit iranien.
Avant la fin février, début du conflit iranien, les investisseurs avaient commencé à arbitrer les actions américaines, devenues chères, vers les actions européennes moins valorisées et ayant des perspectives positives avec le méga plan de relance allemand et une possible baisse des taux.
En un mois (mars) de guerre, le S&P500 a perdu 8,6%. En un autre mois (avril et quelques jours de mai), le S&P500 a gagné 15%.
En Europe, le CAC40 perdra plus de 12% en mars, et ne reprendra que 9% depuis.
L'Euro Stoxx 50 perdra 10% en mars et reprendra également 9% ensuite.
La rotation a fait long feu, choc pétrolier oblige, et tout aussi puissant, le cycle industriel tiré par l’IA.
Sur cette période d'un peu plus de 2 mois, le Japon et la Corée du Sud font partie des marchés les plus volatils du moment.
Volatilité alimentée par une très grande dépendance au pétrole. Mais 2 marchés largement imprégnés de valeurs tech et semi-conducteurs.
Le Nikkei a regagné tout ce qu'il avait perdu en mars.
La palme revient à l'indice Coréen (le Kospi), qui a perdu près de 20% en mars, pour gagner 43% depuis.
Après bientôt 10 semaines de guerre en Iran, les marchés actions ont tenu bon portés par les semi-conducteurs et les promesses de l'IA.
L'Europe qui ne dispose pas d'une économie de l'IA a été pénalisée.
Si l’apaisement observé récemment au Moyen Orient se confirme, les marchés européens pourraient rapidement se recentrer sur leurs fondamentaux.
Malgré le conflit iranien, les fondamentaux qui sous-tendent le scénario européen ne sont pas remis en cause :
Une activité qui se redresse progressivement, une inflation revenue à des niveaux plus compatibles avec un assouplissement monétaire, et des marchés actions dont les valorisations restent mesurées.
En Europe, la correction a été particulièrement marquée sur les segments les plus exposés au cycle économique et au coût de l’énergie, tels que
l’automobile, les biens de consommation, le trafic aérien et les voyagistes ou encore l’immobilier. À l’inverse, les secteurs liés à l’énergie, ainsi que dans une moindre mesure les télécommunications et les services aux collectivités, ont mieux résisté.
Cette correction a toutefois eu pour effet de réduire la valorisation du marché européen. En effet, le P/E des actions européennes est revenu à 13,9x les bénéfices attendus, contre 20,5x pour le marché américain. L’écart de valorisation entre les deux zones demeure donc très important. Alors que les actions américaines continuent de porter une prime élevée, notamment en raison de la concentration autour des grandes valeurs technologiques et du thème de l’intelligence artificielle.
Un cessez-le-feu en Iran change sensiblement la donne.
Toute annonce de désescalade du conflit en Iran entraine baisse du prix du pétrole et rebond immédiat des indices européens, illustre la rapidité avec laquelle les marchés réduisent la prime de risque énergétique dès lors qu’un scénario d’escalade extrême s’éloigne.
Si cette détente venait à se confirmer, le principal facteur ayant justifié la correction du trimestre disparaitrait.
Dans ce scénario, l’Europe retrouverait plus clairement les facteurs qui soutiennent sa trajectoire: une inflation mieux maîtrisée qu’outre-Atlantique, une politique monétaire potentiellement plus favorable au crédit, une activité manufacturière en voie de redressement et un soutien budgétaire structurel lié aux nouveaux plans d’investissement.
Si l’apaisement observé récemment au Moyen Orient se confirme, les marchés européens pourraient rapidement se recentrer sur leurs fondamentaux: un point de départ de valorisation plus attractif, une dynamique bénéficiaire préservée et une amélioration progressive de l’environnement macroéconomique.
Oui mais voilà…. Les tensions et les détentes se succèdent au Moyen-Orient. La courbe pétrolière épouse le bruit.
Les Etats-Unis et l'Iran pourraient se rapprocher d'un accord pour mettre un terme à leur guerre et rouvrir le détroit d'Ormuz.
Le CAC 40 gagne 3% ce 6 mai 2026, porté par un regain massif d’optimisme autour du dossier iranien. La Maison-Blanche estime se rapprocher d’un accord avec Téhéran destiné à mettre fin au conflit et à poser les bases de futures négociations sur le nucléaire.
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, une véritable perspective diplomatique semble émerger. Résultat, les actifs risqués repartent fortement à la hausse et le pétrole se détend fortement.
les secteurs les plus sensibles à la conjoncture économique reprennent la main : banques, minières, automobile, aérien ou encore hôtellerie signent parmi les meilleures performances du jour.
Le rebond est puissant mais fragile puisque, dès le 8 mai, la recrudescence des tensions dans le détroit d'Ormuz fait craindre une reprise du conflit et plonge les investisseurs dans l'incertitude quant aux perspectives d'un accord de paix durable au Moyen-Orient.
Contrairement aux marchés américains, les bourses européennes restent extrêmement sensibles à l'actualité géopolitique, la région étant très dépendante des importations énergétiques, ce qui suscite des inquiétudes quant à l'évolution des prix et de la croissance économique.
Trump veut-il faire la paix à tout prix ? On pourrait l'espérer alors qu'une débâcle électorale pour les républicains prend doucement forme aux Etats-Unis.
Mais comme ses ouvertures sont souvent suivies de volte-face, on évitera de trop se réjouir.
Aux Etats-Unis, les marchés sont portés par des bonnes nouvelles sur le front de l'emploi. L'économie américaine a créé plus d'emplois que prévu en avril et le taux de chômage est resté stable à 4,3%.
Les marchés américains sont également portés par une saison des résultats exceptionnelle.
Les bénéfices par action des entreprises du S&P 500 devraient progresser de 27,1% au premier trimestre, soit la meilleure saison depuis le T4 2021.
Des résultats boostés par l’IA. A titre d’exemple, les bénéfices des trois acteurs des puces mémoires explosent. L’IA a fait exploser la demande et cause des pénuries, conférant un pricing power inédit à ces entreprises. La marge d’EBITDA de Micron devrait ainsi être de 82% en 2026, selon les données S&P.
Les hyperscalers, Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft, eux aussi profitent à plein du boom de l’IA. Ainsi, les 7 Magnifiques affichent une croissance de 61% sur le premier trimestre, presque 4 fois supérieure à celle des 493 autres valeurs du S&P 500.
Mais ce n’est pas seulement la tech qui dope les résultats. Au total, 84% des entreprises publient au-dessus des attentes et les résultats sont en moyenne 20.7% au-dessus du consensus. Il faut remonter là encore à 2021 pour retrouver trace de tels chiffres.
Une dynamique bénéficiaire impressionnante qui a permis à Wall Street de reprendre la main face à l’Europe. Selon Bloomberg, les bénéfices par action du MSCI Europe n’ont progressé que de 5.7% au 1er trimestre. Et ce après trois années sans croissance des bénéfices.
Enfin, dernière bonne nouvelle : Les Américains résistent mieux que prévu.
Si les prix à la pompe sont élevés aux Etats-Unis, rapportés aux salaires, le coût de l’essence reste proche de sa moyenne historique, et bien en dessous des pics atteints dans les années 1980 ou au moment des fortes tensions des années 2000.
Tant que l’essence ne pèse pas trop lourd dans le budget des ménages, la consommation américaine peut continuer à tenir malgré les tensions sur l’énergie.
A noter que le taux d'épargne des ménages aux États-Unis diminue, à 3,60 % en mars, contre 3,90 % en février 2026. Ceci explique sans doute en partie la bonne tenue de la consommation US.
La tech américaine se fracture entre logiciels sous pression et semi-conducteurs en grâce.
IBM et ServiceNow ont publié des résultats du premier trimestre globalement supérieurs aux attentes mais ont été sanctionnés par le marché (-10% pour IBM et -15% pour ServiceNow).
Microsoft, Adobe, CrowdStrike ou Intuit suivent, dans une moindre mesure, la baisse du secteur des logiciels.
L'IA continue de faire peser un risque sur ces valeurs.
Dernière en date, Wolters Kluwer a perdu jusqu'à 12% en séance, ce mercredi 6 mai, face aux craintes liées à l'IA.
Cette réaction extrêmement négative aux résultats s'explique par le pessimisme grandissant sur les éditeurs de logiciels depuis la sortie des outils de codage et d'automatisation agentique l'hiver dernier. Anthropic présente Claude Code comme un système de codage agentique capable de lire du code, de modifier des fichiers, de lancer des tests et de livrer du code. OpenAI pousse aussi Codex comme un outil capable de gérer plusieurs agents en parallèle sur des tâches longues.
TCI réduit fortement sa participation dans Microsoft
La pression sur le titre Microsoft a aussi suivi l'information selon laquelle le hedge fund TCI avait fortement réduit sa position dans le géant du logiciel, invoquant des inquiétudes selon lesquelles l'intelligence artificielle pourrait menacer une partie des activités centrales de l'entreprise.
"Nous avons réduit notre investissement dans Microsoft parce que les progrès rapides de l'IA introduisent une incertitude quant à la position concurrentielle de Microsoft à l'avenir", a écrit TCI dans la lettre aux investisseurs.
Il a ajouté que TCI était particulièrement préoccupé par l'activité logicielle de productivité Office de Microsoft, où l'IA pourrait remodeler les flux de travail traditionnels et créer de nouvelles plateformes de productivité concurrentes.
Jean-qui-pleure et Jean-qui-rit.
Dans le même temps, le développement de l'IA profite directement à l'industrie des semi-conducteurs dont la demande est toujours plus importante.
ASML a relevé sa prévision de chiffre d'affaires 2026 à 36-40 Mds€ et a expliqué que la demande de puces restait supérieure à l'offre, portée par les investissements dans l'infrastructure IA.
Texas Instruments a publié des chiffres excellents et propulsé le secteur à la hausse, ON Semiconductor, Microchip, NXP, Analog Devices ou STMicroelectronics qui a gagné 10% en séance.
Depuis trois ans et demi et la sortie du premier ChatGPT public, l'IA a porté sur le devant de la scène plusieurs secteurs du domaine technologique.
- A commencer par les grosses plateformes, les hyperscalers dont la position dominante permet d'exploiter massivement les outils et services liés à l'IA, notamment Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta.
Mais les résultats peinent à venir alors que les dépenses dans l'IA sont considérables et les investisseurs ne veulent plus acheter les yeux fermés ces actions.
Meta perd 22% sur ses plus hauts et -25% pour Microsoft. Amazon et Alphabet s'en sortent mieux et sont sur leur plus haut historique.
- Sont ensuite venus les fournisseurs de pelles et de pioches, à savoir Nvidia, Broadcom puis ASML, TSMC, Applied Materials.
- Puis les exploitants de data centers (CoreWeave), les équipementiers électriques (Schneider, Vertiv, Eaton…), les énergéticiens (NextEra, Constellation Energy).
- Et est venu le temps des goulets d'étranglement, que ce soit au niveau des connexions (Lumentum…) ou des puces-mémoire (SK Hynix, Micron…).
On en est là.
Les fabricants de mémoires flambent en bourse : Micron gagne 76% en 1 mois, Sandisk près de 100%.
En Europe, les valeurs liées à l'IA se comptent sur les doigts de la main (ASML, Infineon, STMicroelectronics, ou Siemens Energy et Schneider dans l'infrastructure).
En France, quelques nains tentent d'avoir une activité IA, historique ou par recentrage d'activité, et atteignent des niveaux de valorisation n'ayant rien à voir avec leurs fondamentaux actuels mais qui offrent des espoirs de lendemains qui chantent.
Elles ont pour nom, avec des performances sur les 6 derniers mois : 2CRSi (+221%), Kalray (+900%), Semco (+110%), Riber (+335%) et Soitec (+300%).
Pour spectaculaires, ces performances sont à relativiser. Par exemple, Kalray était au bord du dépôt de bilan, et gagne 900% sur 6 mois à 8,40€ ce 6 mai… Mais cotait 46€ début 2021.
Tant que l'orchestre joue, la musique est belle et tout ira bien.
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