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𝐒𝐨𝐢𝐳𝐢𝐠 𝐋𝐞 𝐁𝐢𝐡𝐚𝐧 𝐬𝐮𝐫 Twitter
Les boomers sont la plus grande génération que l'Occident ait produite. Et plus on les insulte, plus la preuve est faite que nous ne leur arrivons pas à la cheville.
J'ai 29 ans, je travaille dans l'IA à San Francisco, je suis donc statistiquement censée mépriser cette génération qu'on m'a appris à voir comme responsable de tous mes malheurs (le climat, le logement, la précarité, l'effondrement à venir). Le problème, c'est que je passe mes journées avec eux. Mes plus gros clients ont entre 60 et 75 ans. Mes investisseurs les plus brillants ont fondé leur premier fonds quand mes parents étaient encore au lycée. Et chaque conversation avec eux me confirme la même chose : ils sont, intellectuellement, moralement et physiquement, d'une autre trempe que nous.
Un dîner à Mission, l'automne dernier. Un homme de 71 ans, fondateur d'une boîte que tout le monde connaît, qui a commencé dans son garage avec 4000 dollars empruntés à sa mère, me dit en regardant son verre : "vous savez ce qui me frappe chez votre génération ? Vous parlez beaucoup de souffrance et vous n'avez jamais eu mal". Je n'ai pas su quoi répondre. Parce qu'il avait raison.
Reprenons calmement. Cette génération née entre 1945 et 1965 a fait des choses que la nôtre serait incapable d'accomplir en cent ans. Elle a reconstruit une Europe en cendres (mes grands-parents ont mangé du pain de seigle gris jusqu'en 1953, ma génération pleure quand son avocado toast est mal grillé). Elle a posé un homme sur la Lune avec une puissance de calcul inférieure à celle d'une calculatrice scientifique de lycéen. Elle a inventé l'ordinateur personnel, le téléphone mobile, Internet, le GPS, l'IRM, le séquenceur d'ADN, l'avion long-courrier civil, le conteneur maritime moderne (qui a fait sortir 2 milliards d'êtres humains de la pauvreté), et la moitié des molécules qui nous maintiennent en vie. Elle a tenu pendant quarante-cinq ans face à l'Union soviétique sans déclencher de guerre nucléaire. Elle a fait passer l'espérance de vie de 65 à 82 ans. Elle a doublé le PIB mondial réel par habitant. Elle nous a même donné, accessoirement, les Beatles, Pink Floyd, Springsteen, Bowie, Gainsbourg et Daft Punk pendant que notre génération culturelle culmine avec Drake et les danses TikTok.
Et nous, qu'avons-nous produit ? Le burn-out à 26 ans, l'écriture inclusive, et trois saisons de Emily in Paris.
Christopher Lasch avait tout dit dès 1979 dans "The Culture of Narcissism". Il décrivait avec une lucidité prophétique la génération qui suivrait les boomers (la nôtre) : obsédée d'elle-même, incapable d'effort différé, persuadée que ses émotions sont des arguments, allergique à toute hiérarchie, dépendante d'une thérapie permanente, et structurellement incapable de construire quoi que ce soit qui dure plus qu'un trend Instagram. Il a écrit cela il y a 47 ans. C'est notre photo de classe.
L'accusation centrale qu'on porte contre les boomers est qu'ils auraient "détruit la planète". C'est une calomnie historique. Ce sont eux qui ont inventé le panneau solaire moderne, le réacteur nucléaire civil, la voiture électrique, l'éolienne industrielle, et la conscience écologique elle-même (Le Club de Rome, c'est 1968, pas 2019). Sans la prospérité qu'ils ont créée, vous ne pourriez même pas vous offrir le luxe psychologique de vous inquiéter pour le climat. On ne pense pas au réchauffement quand on cherche du charbon pour ne pas mourir de froid.
Accusation suivante : ils auraient "confisqué le logement". Là encore, regardons les chiffres calmement. Le prix du logement explose pour une raison précise (les normes, les recours, le NIMBY, les ZAN, les ABF, les PLU bloqués) et ces normes ont presque toutes été votées par des gouvernements soutenus par notre génération, au nom de notre vertu. Les boomers n'ont pas écrit ces lois. Nous les avons applaudies en croyant être moraux. Ils ont acheté à une époque où l'on construisait. Nous avons interdit de construire, puis nous nous plaignons de ne plus pouvoir acheter. C'est notre faute, pas la leur.
"Ils ont eu de la chance." Vraiment ? Mes grands-parents ont grandi avec la polio, sans antibiotiques fiables, dans des familles décimées par la guerre, sous la menace d'une apocalypse nucléaire quotidienne, sans télévision couleur avant 30 ans, sans antidépresseurs, sans congé paternité, sans thérapie, sans Doliprane facile. Mon grand-père a perdu deux frères avant ses douze ans. Il s'est levé à 5h pendant cinquante ans pour monter une PME industrielle dans la Loire qui faisait vivre 80 familles. Il n'a jamais parlé de sa "santé mentale" et il est mort à 91 ans en faisant ses comptes lui-même. Je suis statistiquement infiniment plus fragile que lui à 29 ans. Et c'est moi qui devrais le plaindre ?
"OK Boomer." C'est l'aveu le plus accablant de notre génération. Une formule paresseuse, méprisante, totalitaire dans sa structure (elle disqualifie l'interlocuteur par son âge sans répondre à son argument). Une génération qui n'a rien bâti et qui se permet de cracher sur celle qui a tout bâti. Si un boomer vous répondait "OK toddler", vous trouveriez ça monstrueux. Mais dans l'autre sens, c'est progressiste. Pratique.
Et regardez qui construit encore aujourd'hui. Bezos (1964). Ellison (1944). Buffett (1930). Bernard Arnault (1949). Jensen Huang (1963). Des fondateurs qui transforment encore le monde à 75 ou 80 ans pendant que nous demandons la semaine de quatre jours à 27 ans en parlant de "charge mentale". Le contraste est cruel.
La vérité que personne n'ose dire : si notre civilisation va mal, ce n'est pas à cause des boomers. C'est à cause de nous, leurs enfants gâtés, qui avons hérité d'un monde reconstruit, pacifié, vacciné, climatisé, connecté, libre, et qui passons notre temps à nous plaindre que ce n'est pas assez. Ils nous ont légué un palais. Nous avons trouvé moyen de le transformer en hôpital psychiatrique.
La prochaine fois que vous croisez un boomer dans la rue, ne lui dites pas "OK".
Dites-lui merci. C'est lui qui paye votre Netflix.