Voici ce qu'on peut reconstituer à partir des données publiques disponibles (bilans Pappers, baromètres sectoriels, analyses indépendantes).
Le modèle de revenus des plateformes
Les plateformes se rémunèrent sur la transaction, pas sur la performance : elles perçoivent une
commission de placement de 3 à 7 % côté promoteur, plus un spread sur les intérêts. Elles gagnent quand vous souscrivez — pas quand vous êtes remboursé.
Autrement dit, leur chiffre d'affaires est directement proportionnel aux
volumes collectés. C'est là que le bât blesse depuis 2022.
Les chiffres plateforme par plateforme
Homunity
C'est la plateforme pour laquelle on dispose des données comptables les plus précises :
D'après les états financiers disponibles sur Pappers, Homunity affiche un
chiffre d'affaires de 4,13 M€ et un
résultat net négatif de -2,24 M€ en 2024 (contre seulement -12 500 € de pertes en 2023). La dégradation est brutale en un an.
Les sommes collectées sur Homunity ont chuté de
66 % entre 2022 et 2025, passant de 197,9 M€ à 66,4 M€. Puisque le CA dépend directement des volumes, cette contraction s'est mécaniquement répercutée sur le compte de résultat — alors que les coûts fixes (équipes, conformité, tech) n'ont pas baissé dans les mêmes proportions.
Homunity est adossée à Tikehau Capital, ce qui lui donne un filet de sécurité, mais la plateforme n'est clairement
pas rentable en 2024.
ClubFunding
ClubFunding Patrimoine a opté pour la
confidentialité partielle de ses comptes en 2024, ce qui signifie qu'elle respectait au moins deux conditions : bilan inférieur à 6 M€ et/ou CA inférieur à 12 M€. Les données précises ne sont pas publiques. On sait par ailleurs que ClubFunding Group (la holding) a fait l'objet d'une
cessation d'activité et dissolution au Tribunal de commerce de Cannes en 2025, ce qui est un signal fort de fragilité structurelle au niveau du groupe.
Anaxago
Les comptes d'Anaxago SAS elle-même sont disponibles sur Pappers mais les valeurs ne sont pas publiquement agrégées dans les sources accessibles. La plateforme a néanmoins connu un changement de présidence en décembre 2024, signe d'une réorganisation interne.
WiSEED et Koregraf
Koregraf a cessé son activité en avril 2025, et
WiSEED a fait l'objet d'un redressement judiciaire avant d'être repris par le groupe Advenis en décembre 2025. Ce sont deux cas de
faillite ou quasi-faillite avérés.
Pourquoi les plateformes souffrent autant
Le problème est structurel :
- Revenus variables, coûts fixes : avec des commissions liées aux volumes collectés, toute contraction du marché impacte immédiatement le CA, tandis que les charges (équipes d'analyse, conformité réglementaire PSFP, tech, marketing) restent rigides.
- Obligation de conformité coûteuse : depuis novembre 2023, le statut européen PSFP impose des exigences de transparence et de capital renforcées, ce qui a alourdi les coûts opérationnels.
- La collecte immobilière s'est stabilisée à 845 M€ en 2025 (-1,9 %), après un effondrement de -25,8 % en 2024. Un marché deux fois plus petit qu'en 2022 pour le même nombre de plateformes concurrentes.
Synthèse
| Plateforme | Situation financière publique |
|---|
| Homunity | CA 4,1 M€ / Résultat net -2,24 M€ (2024) |
| ClubFunding | Comptes confidentiels ; holding dissoute en 2025 |
| WiSEED | Redressement judiciaire, repris fin 2025 |
| Koregraf | Cessation d'activité, avril 2025 |
| Anaxago | Réorganisation interne, chiffres non consolidés publiquement |
| La Première Brique | Croissance atypique (+volumes en 2024), pas de bilan public disponible |
Conclusion : sur la base des chiffres publics disponibles, la majorité des plateformes de crowdfunding immobilier françaises
ne sont pas rentables en 2024, ou sont en situation très fragile. Le modèle repose sur des volumes qui se sont effondrés, avec des structures de coûts inadaptées à un marché contracté. Les survivantes sont soit adossées à un grand groupe (Homunity/Tikehau), soit positionnées sur des niches en croissance (énergies renouvelables, petits tickets comme La Première Brique).