Un tiers pour lacheminement, facturé aux fournisseurs quels quils soient ; un tiers pour la production et la commercialisation ; et un (gros) tiers pour les taxes. Cest, à grands traits, la répartition des postes de coût couverts par les factures délectricité au 1er trimestre 2019, selon lObservatoire publié par la Commission de régulation de lénergie (CRE).
Plus précisément, la fiscalité représente en moyenne 36% du montant réglé par les usagers particuliers. Un niveau qui impressionne et interroge : cest certes moins que les carburants - environ 60% du prix à la pompe - mais beaucoup plus que limmense majorité des biens de consommation.
Pour connaître le détail de ce que que vous payez, il suffit de vous reporter à votre facture. Vous y trouverez la mention de 3 taxes spécifiques et d'une autre bien connue :
- la Contribution tarifaire dacheminement (CTA), qui représentait au 31 mars 2019, selon la CRE, 3% de la facture délectricité au tarif réglementé TTC pour un client résidentiel ;
- les Taxes sur la consommation Finale délectricité (TCFE), 5% de la facture ;
- la Contribution au service public de lélectricité (CSPE), 13% de la facture ;
- la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui pèse à hauteur de 15%.
A quoi servent les taxes qui pèsent sur lélectricité ?
Ce qui napparaît en revanche pas sur votre facture, cest à quoi servent ces taxes, qui les paye et qui en bénéficie.
La Contribution tarifaire dacheminement (CTA), perçue sur le prix de labonnement, est destinée à financer le régime de retraite spécifique des agents des industries électriques et gazières. Elle est donc touchée par EDF et ses filiales RTE (en charge du réseau) et Enedis (en charge de la distribution), mais aussi par Engie (ex Gaz de France) et par GRDF (Gaz réseau distribution France).
Les Taxes sur la consommation finale délectricité (TCFE) sont perçues par les communes et les départements, qui en fixent également le montant, dans certaines limites. En 2019, la fourchette pour les particuliers va ainsi de 1,5 à 9,56 euros par mégawatt-heure (MWh). Le poids précis des TFCE dépend donc du lieu dhabitation, même si lessentiel des collectivités appliquent le niveau maximum autorisé.
La Contribution au service public de lélectricité (CSPE) est perçue par les Douanes et intégrée, en tant que recette, au budget de lEtat, qui lutilise, notamment pour financer les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables, le chèque énergie ou encore le médiateur national de lénergie, organisme indépendant chargé dinformer le public et de résoudre les litiges avec les entreprises du secteur. Son montant sélève à 22,5 euros HT du MWh.
La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), enfin, sapplique à hauteur de 5,5% sur labonnement (et donc également sur la CTA) et de 20% sur la consommation (et donc aussi sur les TCFE et la CSPE).
La hausse de la fiscalité explique-t-elle la hausse du prix de lélectricité ?
En avril dernier, lInsee a publié une intéressante étude sur lévolution des dépenses des Français en électricité depuis 1960 (1). On y découvre notamment que si elles ont augmenté en moyenne de 9% par an, cest historiquement surtout en raison de la hausse de la consommation, en lien avec les usages (chauffage électrique, électro-ménager, informatique, etc.). Les prix, eux, sont restés quasi-stables de 1986 à 2007. Et à lépoque, lélectricité était encore peu taxée.
Le basculement sopère il y a une dizaine dannées. A partir de 2009, les prix de lélectricité commencent en effet à augmenter fortement. Une hausse que lInsee estime en moyenne à 50%, mais qui a dépassé ce chiffre sur certains profils de consommation.
Quelle part a pris la fiscalité dans cette hausse ? Pour le savoir, il faut comparer lévolution des prix hors taxes (HT) et toutes taxes comprises (TTC). Sur son site web, le médiateur de lénergie propose justement une calculette qui permet de le faire.
Ainsi, pour un foyer ayant souscrit une puissance de 6kVA, au tarif réglementé, avec option heures pleines / heures creuses, et qui consomme 6 500 kWh par an, dont 40% en heures creuses, la facture annuelle est passée depuis septembre 2009 de 743 euros à 1 142 euros TTC, soit une hausse de 53,7%. Si on retranche les taxes, laugmentation reste importante - bien supérieure notamment à linflation, 12,4% sur la période - mais bien moindre : 36% seulement à 735 euros contre 541 euros dix ans plus tôt.
Pourquoi la fiscalité sur lélectricité a-t-elle autant augmenté ?
Au cours de la décennie écoulée, les taxes ont clairement joué un rôle important dans la hausse du prix de lélectricité. Surtout entre 2011 et 2015, et en raison dune taxe en particulier : la CSPE, dont le niveau a été multiplié par 5 environ sur cette période. Pourquoi ? Parce quà lépoque, « le produit de la CSPE était affecté principalement au financement des surcoûts liés aux énergies renouvelables », se souvient Frédérique Fériaud, directrice générale des services du médiateur national de lénergie. Cest donc limpératif de la transition énergétique qui explique, pour une bonne part, laugmentation des prix de lélectricité
Ce nest plus le cas. Depuis le 1er février 2017, le produit de la CSPE « ne participe plus directement au financement du développement des énergies renouvelables, poursuit Frédérique Fériaud. Elle est affectée au budget de lEtat, qui finance ces énergies par ailleurs ». Dans le même temps, les pouvoirs publics ont mis en place une nouvelle taxe, la TICGN (2), qui a permis de mettre à contribution les consommateurs de gaz naturel.
Résultat : la réforme a stabilisé le poids de la CSPE, qui na plus bougé depuis cette date. Elle nest donc pas responsable, pas plus que les autres taxes, de la récente hausse du tarif réglementé, conséquence surtout de lapplication dune formule de calcul de plus en plus controversée, et qui va prochainement être revue.
Faut-il baisser la fiscalité pour baisser le prix de lélectricité ?
Malgré tout, des voix sélèvent pour demander une réforme de la fiscalité de lélectricité. Et non des moindres : en mai dernier, Jean-Bernard Lévy, le PDG dEDF interrogé sur Europe 1, proposait au gouvernement de réfléchir « à moins taxer l'électricité puisqu'elle n'émet pas de dioxyde de carbone ».
« LEtat pourrait choisir de diminuer le niveau des taxes, mais il lui faudrait trouver des moyens de compenser la baisse des recettes qui en résulterait », estime de son côté Frédérique Fériaud. Le médiateur national de lénergie appelle également de ses vux une baisse de la facture délectricité, notamment pour les plus précaires, mais mise plutôt sur une « augmentation des dispositifs daides financières, et surtout des aides à la rénovation énergétique des logements ».
Le poids de la fiscalité est-il plus lourd en France quailleurs ?
Pour apprécier le poids de la fiscalité sur le prix de lélectricité en France, il est intéressant de prendre un peu de recul, en comparant avec nos voisins européens. Surprise : La France se situe « à un niveau intermédiaire », constate le Commissariat général au développement durable dans une étude publiée en octobre 2018 (3). « Les taxes totales y sont plus élevées quau Royaume-Uni et en Espagne mais moins quen Italie et surtout quen Allemagne ( ). » Elles atteignent même 65% du prix de la facture au Danemark. Un pays qui ne dispose pas de parc nucléaire et où les énergies renouvelables représentaient, en 2016, plus de 60% du mix électrique, contre seulement 18% en France.
Pourtant, il y a de quoi être inquiets. En France, « le prix de lélectricité reste peu élevé par rapport à dautres pays européens, grâce au nucléaire historique qui reste compétitif. Mais les coûts de production vont augmenter dans les années à venir, annonce Frédérique Fériaud. « Pas à cause des taxes, mais en raison des surcoûts liés aux énergies renouvelables, même sils tendent à diminuer, et du coût de production de lélectricité nucléaire qui augmente, notamment avec le futur EPR » dont le prix final va largement dépasser le budget initial.
Lire aussi : comment payer son électricité moins cher
(1) Antonin Briand et Sébastien Oparowski, « Les dépenses des Français en électricité depuis 1960 », Insee Première n°1746, avril 2019. (2) Taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel. (3) « Prix de lélectricité en France et dans lUnion européenne en 2017 », Data-Lab, octobre 2018.



















