Emprunter pour étudier n'est pas une partie de plaisir. Précautions à prendre et conseils pour rembourser son prêt étudiant dans des conditions, sinon bonnes, au moins acceptables.

Si les études supérieures facilitent l’insertion professionnelle des jeunes, elles ont dans l’immédiat un coût. Selon la Fédération des Associations générales étudiantes (FAGE), la rentrée universitaire de 2020 est revenue à 2 361 euros pour un étudiant de 20 ans en licence ne vivant plus chez ses parents. Puis, chaque mois, cette étudiant type a dû débourser près de 1 200 euros en frais de vie courante. Soit une note totale qui dépasse les 13 000 euros à fin juin.

Une alternative au salariat étudiant

Dans ces conditions, les étudiants ne pouvant pas s’appuyer sur l’épargne familiale ont essentiellement deux options : le salariat ou le prêt étudiant. « Pourquoi les étudiants font des prêts ? Pas de gaité de cœur. Pour financer leurs études supérieures, ils peuvent compter essentiellement sur trois ressources : la solidarité familiale, l’aide sociale à savoir essentiellement les bourses et les allocations de la CAF, et le salariat. Les étudiants qui empruntent font ce choix pour éviter le salariat, qui concerne environ 1 étudiant sur 2 mais qui, rappelons-le, est la première cause d’échec dans l’enseignement supérieur », explique à MoneyVox, Adrien Lienard, vice-président de l’Unef.

S’appuyant sur des recherches antérieures, l’Inspection générale de l’administration de l’éducation et de la recherche écrivait dans un rapport sorti en septembre 2019 que, dès 10 heures par semaine, le salariat peut compromettre la réussite aux examens. « J’ai effectué un prêt étudiant à un taux très bas en septembre 2020. Cela m’a permis de poursuivre mes études. Ce prêt m’aide aussi à payer un loyer à Paris durant toute la durée de mon stage de six mois. Finalement, le prêt étudiant m’ouvre des portes pour mon avenir professionnel », commente ainsi Carla âgée 22 ans, en 4ème année de communication, dont le témoignage est relayé par le Crédit Agricole d’Ile-de-France.

Pour les banques, le prêt étudiant se révèle stratégique. Il leur permet de se constituer une clientèle sur le long terme. Les jeunes, insolvables au moment où ils font leur crédit, se voient proposer un différé de remboursement, ce qui leur permet de commencer à le rembourser plusieurs années après l’avoir contracté. Il peut être partiel et, durant les premières mois ou années, l’étudiant paie uniquement les intérêts et l’assurance emprunteur s’il en a souscrit une. La période de franchise peut aussi être totale. Il ne paie alors que l’éventuelle assurance emprunteur, mais dans ce cas-là, les intérêts s’accumulent et viennent gonfler la somme totale à rembourser une fois le différé terminé.

Le piège du différé de remboursement

Toutefois, le prêt étudiant peut aussi être une béquille inconfortable voire dangereuse. « Commencer sa vie active en étant endetté est problématique d’autant plus dans un contexte où l’insertion professionnelle des jeunes est compliquée. La pression du remboursement peut aussi conduire les étudiants endettés à renoncer à poursuivre leurs études supérieures », poursuit le vice-président du syndicat d’étudiants de gauche. Pour illustrer cette problématique, Adrien Lienard nous raconte la situation des plus délicates d’un étudiant accompagné par l'Unef à la rentrée 2020. Ayant raté ses examens, il devait refaire une année supplémentaire pour valider son Master. Or, sa banque ayant refusé de prolonger d’un an son différé, il devait commencer à rembourser son emprunt cette même année.

« Nous l’avons orienté vers des juristes pour son emprunt et aidé à obtenir des aides sociales du Crous pour pallier au plus urgent », explique Adrien Lienard. Toutefois, ce type de sollicitation s’avère rare à l’Unef reconnaît son porte-parole, en raison de ce qu’il appelle « la sociologie du prêt étudiant ». Celui-ci cible d’abord les jeunes en école, devant payer des frais de scolarité de 10 000 à 15 000 euros par an, et dont l’insertion professionnelle est plus évidente. « Quand vous êtes en sciences sociales et que vous souhaitez devenir prof ou que vous préparez des concours de la fonction publique, c’est plus difficile de s’engager sur un remboursement dans 5 ans que lorsque que vous êtes en école d’ingénieur ou de commerce », lance Adrien Lienard. Selon le relevé du site Mister Prépa, un cursus complet dans une grande école de commerce est facturé en moyenne 38 000 euros. La facture dépasse même 50 000 euros pour trois d’entre elles : HEC, l’ESSEC et l’ESCP.

Voir notre comparatif des banques pour étudiants et jeunes actifs

Des taux d’appel pas sans conditions

D'ailleurs, si tous les étudiants peuvent demander un crédit, les meilleures conditions vont à une poignée d’élèves, suivant des cursus particulièrement sélectifs. Ainsi, HSBC a ses écoles partenaires – essentiellement des écoles d’ingénieur et de commerce sous concours, des IEP et des universités cotées – pour qui la banque met en avant un taux réduit de 0,80%. Idem à la BRED qui propose son « prêt étudiant spécial Grandes Ecoles » pouvant atteindre 100 000 euros amortis sur 12 ans au maximum. L’exemple de prêt-type donné par cette banque du groupe BPCE est celui d’un crédit de 10 000 euros remboursé en 4 ans à un taux de 0,80% et sans frais de dossier.

Au moment de la publication de cet article le 24 juin à 7h, LCL indiquait dans les mentions commerciales de son offre que son crédit jusqu’à 5 000 euros à 0% était réservé aux enfants de ses clients ou aux étudiants des grandes écoles ou qui se préparent à un emploi de profession libérale. Par la suite, la communication de la banque nous a indiqué qu'il s'agissait d'une erreur et que tous les étudiants étaient bien susceptibles de bénéficier de cette offre de prêt à taux zéro. Depuis cet échange, LCL a mis à jour son offre.

Pour profiter des offres de taux réduit, l’autre principale condition à respecter est temporelle. Au regard du relevé effectué par MoneyVox, les périodes promotionnelles sur le prêt étudiant se concentrent durant l’été. Ainsi l’offre coup de pouce de la Caisse d’Epargne, un prêt de 500 à 5 000 euros à 0%, est en vigueur jusqu’à fin septembre dans la majorité des caisses, à l’exception de celle de Côte d’Azur qui indique comme date butoir le 31 décembre. A La Banque Postale, l’offre de prêt à 0,10% prend fin au 5 septembre. Soulignons néanmoins que les banques jouent sur l’effet d’urgence durant les quelques mois au cours desquels la concurrence est féroce afin d'attirer à elles les étudiants prometteurs. Mais, si un jeune avec un profil intéressant se manifeste plus tard, difficile d’imaginer qu’il ne pourra pas aussi négocier un très bon taux d’intérêt.

Enfin, les offres de prêt étudiant (ou pour les apprentis) peuvent aussi être conditionnées à la détention d’un package bancaire spécifique, comme c’est le cas au Crédit Mutuel Alliance Fédérale (Ile de France, Centre, Dauphiné-Vivarais et 10 autres banques régionales de ce groupe mutualiste).

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En conséquence, avant de prendre rendez-vous avec un banquier, l’étudiant doit donc bien lire les conditions inhérentes au taux d’appel énoncé sur les sites internet et brochures commerciales. Cela peut éviter une sérieuse déconvenue entre le taux vu et le taux proposé. Rappelons également que, bien que leur communication puisse être agressive et attrayante, les banques restent libres d’accorder ou non un crédit et de moduler le taux d’intérêt. Cela vaut aussi pour le prêt garanti par l'Etat.

Les offres promotionnelles de prêt étudiant en 2021
Banque et réseau bancaireOffre commerciale*Date limite
Réseau Banque PopulairePrêt étudiant ou apprenti de 500 à 5 000 € (voire 12 000 €) à 0% jusqu'à 60 moisEntre fin juin et fin octobre 2021 selon les banques
Banque Populaire Grand OuestPrêt étudiant 18-28 ans à 0,85% jusqu'à 50 000 €, jusqu'à 15 000 € pour les apprentis31 décembre 2021
BREDExemple d'un prêt étudiant de 10 000 € sur 48 mois à 0,80% pour grandes écoles (1% sinon)non communiqué
BNP ParibasPrêt à 0% de 760 euros à 5 000 euros sur 4 à 72 mois en cas de difficultés financières3 juillet 2021
HSBCExemple d'un prêt de 5 000 € sur 36 mois à 0,80% pour les élèves d'écoles partenairesnon communiqué
La Banque PostalePrêt de 1 000 à 10 000 € sur 12 à 120 mois à 0,10%5 septembre 2021
LCLPrêt de 1 500 à 5 000 € sur 12 à 60 mois à 0%31 octobre 2021
Réseau Caisse d'EpargnePrêt étudiant de 500 à 5 000 € à 0% jusqu'à 60 moisEntre fin septembre et fin décembre 2021 selon les banques
Crédit Mutuel Nord EuropeAvance sur bourse jusqu'à 1 000 € sur 3 mois à 0%non communiqué
Crédit Agricole Alpes ProvencePrêt étudiant jusqu'à 50 000 € sur 12 à 120 mois à à 0%30 septembre 2021

*Offres en vigueur au 23 juin. Il s'agit des offres promotionnelles, ponctuelles, en complément des offres standards de prêt étudiant des banques.

La course au prêt étudiant garanti par l’Etat

S’adressant normalement aux étudiants modestes, le prêt étudiant garanti par l’Etat est un dispositif censé permettre aux jeunes ne bénéficiant pas d’une caution solide d’obtenir plus facilement un emprunt. En proposant ce prêt garanti, les banques habilitées à le faire bénéficient ainsi d’une sureté de taille : si l’étudiant ne parvient pas à rembourser son emprunt, c’est en effet l’Etat, via Bpifrance, qui assume les échéances restantes à hauteur de 70%.

Mais en contrepartie, le montant maximal du prêt garanti est plafonné tout comme l’enveloppe totale de financement. C’est pourquoi, chaque année, seulement 1% des étudiants y ont accès, contre 46% au Royaume-Uni et 76% en Suède, d’après les statistiques gouvernementales. C’est pourquoi, aussi, le prêt étudiant garanti est généralement en rupture de stock bien avant la rentrée de septembre.

Mais la part d'étudiant en bénéficiant est amenée à progresser en 2021 et 2022, avec le rehaussement de 4 à 20 millions d’euros de l’enveloppe annuelle de Bpifrance. « Cette augmentation massive du dispositif devrait permettre aux banques d’octroyer 640 millions d’euros de prêts et de multiplier par 7 le nombre d’étudiants servis, portant leur nombre de 7 500 en 2020 à 55 000 en 2021 », explique le bras financier de l’Etat. Autre nouveauté en cette année de relance post crise sanitaire, le plafond individuel du prêt garanti passe de 15 000 à 20 000 euros par étudiant.

Autre indice de la montée en puissance de ce dispositif, de nouvelles banques sont partenaires. Aux côtés des habituelles Crédit Mutuel, CIC, Banque Populaire, Société Générale et Caisse d’Epargne, 3 autres banques sont habilitées à proposer le prêt garanti. Il s’agit de la BFCOI, filiale en outre-mer de la Société Générale, du Crédit Agricole, et à partir du 28 juin de La Banque Postale.

Quelques conseils si vous devez faire un prêt étudiant :

  • Si vos parents ont des revenus modestes et que la banque refuse de vous prêter de l'argent ou à un taux très élevé, rapprochez-vous d’une enseigne qui propose le prêt garanti par l'Etat.
  • Faites jouer la concurrence. Selon les banques et la compétition locale, les conditions d'emprunt peuvent être très différentes.
  • Vos parents sont de bons clients ; vous allez faire une école prestigieuse ; vous vous orientez vers un métier avec de bons débouchés : faites valoir vos atouts auprès des banques pour obtenir de bonnes conditions d'emprunt.
  • N'oubliez pas de demander la suppression des frais de dossier et un différé de remboursement si possible ajustable ou large, afin qu’un redoublement ne vous mette pas en difficulté ou que l’envie de poursuivre vos études ne soit pas compromise par la nécessité de trouver rapidement un emploi pour payer vos mensualités.
  • Demandez au secrétariat si votre école dispose de banques partenaires, avec des taux déjà pré-négociés. Mais cela ne vous empêche pas de faire jouer par vous-même la concurrence.
  • Regardez bien toutes les conditions qui vont avec le prêt étudiant que l'on vous propose. Si la banque vous suggère d'ouvrir un compte avec une carte bancaire gratuite, c'est a priori bien pour vous. En revanche, si elle vous oblige à prendre un package qui vous coûte plusieurs dizaines d'euros par an, c'est plus discutable.