« ( ) Le PTZ+ (1) se caractérise par des effets daubaine élevés et des risques deffet inflationniste ». Dès lintroduction de son rapport, publié mercredi 30 novembre, la Cour des comptes appuie là où ça fait mal. Dispositif emblématique de la « France des propriétaires », cette politique publique constamment reconduite qui a amené 57% des Français à faire lacquisition de leur logement, le Prêt à taux zéro - inventé en 1995 mais héritier du PAP (prêt daccession à la propriété) créé en 1977 - a un objectif principal : réduire la charge demprunt des ménages modestes, afin de les aider à acheter leur logement.
Toutefois, le dispositif a été régulièrement instrumentalisé à des fins politiques. Il est idéal, en effet, pour sattirer les faveurs électorales des classes moyennes aspirant à la propriété, et des entrepreneurs et salariés du bâtiment. Lhistoire du PTZ est ainsi faite de coups de frein et daccélérations, dont la dernière en date, décidée par lactuelle majorité, est entrée en vigueur début 2016.
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Une instabilité qui empêche, déplore la Cour des comptes, lévaluation précise des effets réels du dispositif, alors que son coût pour la collectivité est non négligeable : 1,7 milliard deuros en 2016, selon la Cour, qui avertit : « Le maintien en létat ( ) conduira assurément à un accroissement de la charge pour les finances publiques, au cours des prochaines années, compte tenu notamment des effets de lélargissement du PTZ+ en 2016. »
Que reproche la Cour des comptes au PTZ ?
La question sous-jacente posée par linstitution chargée de veiller à la régularité des comptes publics est la suivante : le PTZ vaut-il autant dargent ? La réponse est plutôt négative. Le Prêt à taux zéro et les autres dispositifs étudiés par le rapport - aide personnelle au logement (APL), prêt daccession sociale (PAS), prêt social de location-accession (PSLA) - « demeurent fondés sur des outils que les conditions actuelles des marchés immobiliers, du coût du crédit et des revenus des accédants potentiels ont largement émoussés », tranche la Cour des comptes. En résumé : ils ont perdu, au fil des années, toute efficacité.
Cela tient notamment à lévolution des taux dintérêt du marché, qui sont passés de 7,5% en moyenne en 1995, lorsque le PTZ a été lancé, à 4% en 2005 et 1,8% actuellement pour un emprunt sur 25 ans. « Dans ce contexte, la proportion des prêts aidés ou à taux privilégié par rapport aux prêts obtenus sur le marché a diminué , car ils sont devenus de moins en moins intéressants pour les acquéreurs. » Pourtant, de manière paradoxale, le PTZ tend à devenir de plus en plus coûteux.
Par ailleurs, leffet déclencheur du PTZ, cest-à-dire sa capacité à solvabiliser des ménages qui sans lui nauraient pu acheter, est aujourdhui impossible à affirmer. Le seul chiffre disponible sur le sujet date de 2005, et il est faible : « Leffet déclencheur du PTZ nétait avéré que dans 15 % des cas », constate la Cour. Le dispositif, dans sa forme actuelle, génèrerait ainsi de « trop forts effets daubaine », facilitant des accessions qui auraient quand même eu lieu en son absence.
Dans le même temps, le Prêt à taux zéro porte en lui un effet pervers majeur : son impact potentiel sur la hausse des prix. Il est mis en évidence, par exemple, en 2009, à loccasion du doublement du PTZ : « Dans cette période de baisse générale des valeurs immobilières, les prix du foncier ont mieux résisté dans les zones ayant le plus bénéficié de la hausse du PTZ ». Ce qui suggère, selon létude, « quune partie de laide accordée par les pouvoirs publics na pas profité aux nouveaux acquéreurs, mais a contribué à renchérir le coût du foncier. »
Que propose la Cour des comptes pour réformer le PTZ ?
La Cour des comptes pose clairement la question de la suppression du PTZ. Mais elle peine à y répondre, « les évaluations existantes [étant] insuffisantes pour apporter une réponse tranchée sur cette question ». Linstitution évoque également la possibilité dune « suspension », en attendant par exemple que les taux dintérêt remontent.
Si, toutefois, lEtat souhaitait maintenir une politique de soutien à laccession à la propriété, linstitution lencourage à engager « une refonte globale » pour faire du PTZ un « système recentré reposant sur un ciblage social et territorial plus précis, sur des critères déligibilité stables et simples, et sur une réduction des effets daubaine et des effets inflationnistes. »
La Cour conseille ainsi à lEtat de « resserrer les critères de ressources », délaborer des barèmes cohérents voire communs avec les autres dispositifs, de mieux cibler les zones où il est réellement utile, de mieux larticuler avec les politiques locales de logement et durbanisme et enfin de mettre en place un dispositif permettant dapprécier ses effets sur la solvabilité des ménages modestes et sur les prix de limmobilier, notamment. Tout un programme.
La Cour des comptes va-t-elle être suivie par le gouvernement ?
La refonte du PTZ, toutefois, nest pas à lordre du jour du projet de loi de finances pour 2017, la date déchéance du dispositif actuel étant reportée au budget 2018. Le dispostif peut toutefois assez facilement être modulé en publiant par décret de nouveaux barèmes.
2017, ensuite, est une année électorale, et lélection présidentielle 2017 sannonce comme la plus ouverte de lhistoire de la 5e République. Le PTZ sera-t-il de nouveau instrumentalisé à des fins politiques ? Ou tout simplement ignoré, malgré son coût ? Difficile, aujourdhui, de savoir à quelle sauce sera mangé, ou non, le Prêt à taux zéro.
Suppression du PAS, réforme de lAPL
Si, au final, la Cour des comptes préserve relativement le PTZ, en appelant seulement à une réforme, elle est moins indulgente avec le PAS, dont elle propose la suppression en raison de sa perte totale dattractivité dans le contexte de taux actuel, de sa complexité et de sa faible popularité.
Linstitution demande également une réforme de lAPL-accession, et notamment une meilleure coordination avec le PTZ.
(1) Le PTZ+, ou Prêt à taux zéro renforcé, est la dénomination du PTZ issue de la réforme de 2011, qui supprimait notamment les conditions de ressources pour bénéficier du dispositif.



















