La rente viagère n’est pas la panacée pour les épargnants. Si elle présente l’avantage d'assurer des revenus garantis à vie, l’aliénation du capital reste un frein majeur. Elle est ainsi très peu souscrite en sortie d’un contrat d’assurance vie. Focus sur ses inconvénients et ses avantages.

C'est un fait : la rente viagère est boudée par les épargnants, qui lui préfèrent les rachats partiels programmés à l'heure de se constituer un complément de revenu. Ainsi, chez l'assureur Générali, la rente représente moins de 1% des sorties de contrats d’assurance vie. « Même pour les Plans d’épargne populaire (PEP) qui permettent une rente défiscalisée, la sortie en rente reste marginale », explique Sonia Fendler, directrice épargne chez Generali Patrimoine.

Pourquoi ce désintérêt ? L’aliénation du capital, c’est-à-dire le fait de ne pas pouvoir disposer du capital, et la non-transmission aux héritiers qui va avec constituent le frein essentiel. « Les assurés ont tendance à vouloir conserver leur épargne et à se constituer un revenu complémentaire via des rachats partiels programmés qui s’approcheraient du montant de la rente perçue » explique Corinne Jehl, actuaire et practice leader Épargne chez Optimind Winter. En effet, en cas de décès prématuré de l’assuré par rapport à son espérance de vie, le montant total des rentes versées sera inférieur au montant qui aurait été perçu en capital. Certes, cet aléa peut être limité avec une réversion de la rente au conjoint. Mais alors, c’est le montant mensuel de la rente qui sera un peu inférieur.

Une fiscalité défavorable avant 70 ans

Autre inconvénient de taille de la rente : sa fiscalité. Ainsi, avant 50 ans, elle est lourdement fiscalisée, 70% de son montant étant imposable. Une part qui diminue avec l'âge de l'assuré, pour tomber à 30% à partir de 70 ans (1). A comparer avec les PEP assurance, dont la sortie en rente n’est pas fiscalisée, ou même avec la sortie en capital des contrats d'assurance vie de plus huit ans, qui bénéficient d'un prélèvement libératoire forfaitaire de 7,5%, après abattement de 4.600 euros pour une personne seule et de 9.200 euros pour un couple (hors prélèvement sociaux).

Enfin, si les rachats partiels programmés proviennent d’actifs qui suivent l’inflation, il en va autrement des rentes. « Leur taux sera donc moins favorable que les rachats partiels programmés en cas de forte inflation », prévient Sonia Fendler. En effet, elle viendra diminuer d’autant la valeur de la rente, les arrérages versés ne répercutant pas la hausse des prix.

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Un revenu certain

Quid alors des avantages de la rente, et à qui s’adresse-t-elle particulièrement ? « La rente viagère comporte l’avantage d'un revenu certain à vie, ce qui n’est pas négligeable, notamment dans un contexte où le niveau de la retraite des régimes obligatoires est souvent insuffisant », indique Corinne Jehl.

Grâce à sa fiscalité qui devient plus clémente avec l'âge, elle est donc la meilleure solution pour les épargnants âgés, surtout s'ils n'ont pas de bénéficiaires, dans la mesure où elle les prémunit contre l’épuisement prématuré du capital disponible.

(1) 50% entre 50 et 59 ans et à 40% entre 60 et 69 ans