Une normalisation de lappellation des frais pour les rentes viagères ? « Cela ne pourrait pas nuire à la transparence et à la compréhension », acquiesce Bernard Le Bras, le président du directoire de Suravenir, filiale du Crédit Mutuel Arkéa. Dans les conditions générales de leurs contrats dépargne retraite, les assureurs distinguent généralement frais à lentrée, frais en cours de vie du contrat, qui correspondent à la phase dépargne, et frais de sortie, qui correspondent à la phase retraite, ou phase de rente. Dans cette dernière catégorie, trois grandes familles cohabitent : frais d'arrérage, « frais de conversion » et frais de gestion.
Les frais darrérage de rente
Le contrat évoque des « frais sur arrérages de rentes », sur « quittances darrérages de rentes » voire des « frais de gestion sur arrérages de rentes » ? Il sagit dune ponction que lassureur réalise lors du versement de chaque rente à son bénéficiaire, le mot « arrérage » signifiant tout simplement « somme dargent due et versée périodiquement à un créancier ». Le montant de ces frais est le plus souvent de 3% du montant brut de la rente versée. Certains assureurs se différencient tout de même, à limage dAxa qui applique des « frais forfaitaires de service de rente », par ailleurs appelés frais sur quittances darrérages. Ils sont de 2 ou 5 euros « par arrérage » sur le contrat dassurance-vie Cler de lassociation dépargnants Agipi.
Les « frais de conversion »
Avant que lassureur ne commence à verser les arrérages, le capital acquis lors de la phase dépargne est transformé en rente viagère. On parle parfois de « conversion de lépargne en rente viagère ». Schématiquement, le capital acquis est mis de côté par l'assureur dans une poche dédiée, qui lui permettra de servir les futures rentes.
Les assureurs appliquent-ils des « frais de conversion » ? Sils ne sont jamais désignés ainsi dans les contrats analysés, ils se cachent parfois derrière dautres dénominations. Cest le cas chez Apicil où la direction technique « confirme que les frais de service des rentes sont prélevés une seule fois lors de la conversion de l'épargne en rente viagère de façon à représenter actuariellement 3% de chaque arrérage de rente qui sera servi ». En bref, chez Apicil, il ny a pas de frais darrérage, les 3% étant ponctionnés plus tôt, au moment du passage du contrat de la phase dépargne à celle de rente.
Faut-il conclure que les « frais de service des rentes » ou « de la rente » sont forcément des frais de conversion ou de transformation ? A priori non, cette appellation étant suffisamment ambiguë pour pouvoir désigner, dans certains contrats, des frais darrérage.
Des frais de gestion du fonds de rente
Les tarifs évoqués ci-dessus cohabitent parfois avec une autre catégorie de commissions : les « frais de gestion du fonds de rente », « sur encours de rentes », appelés aussi de façon plus généraliste « frais de gestion des rentes ». Le niveau de tarification est ici plus variable mais il avoisine généralement le niveau des frais de gestion du fonds en euros, en phase épargne, le plus souvent entre 0,60% et 0,90%. Les frais de gestion du fonds de rente fonctionnent de la même manière : ils sont calculés sur lencours global et sont déduits, chaque année, de la revalorisation du fonds de rente.
Attention toutefois : cette catégorie napparaît pas systématiquement parmi les « frais de sortie » dans les conditions générales. Ils figurent parfois parmi les « autres frais ».
Différentes politiques selon le type de contrat
Qui applique quels frais ? Les politiques tarifaires diffèrent fortement dune compagnie à une autre. Exemple, Apicil facture 0,75% de frais de gestion du fonds de rente et 3% de service des rentes, et ce « quel que soit le type de contrat : retraite, Perp (Plan dépargne retraite populaire), Madelin et même assurance-vie dans la mesure où l'assuré a choisi ce mode de sortie », affirme le service presse de lassureur.
Suravenir différencie pour sa part le mode de tarification selon le produit dépargne : « Le Perp a des frais sur encours de rentes à 0,68% et des frais sur arrérages de rentes à 0%. Nos contrats d'assurance-vie ont des frais sur encours de rentes à 0% et des frais sur arrérages de rentes à 3% », confirme lassureur. La filiale du Crédit Mutuel Arkéa a fait évoluer sa politique tarifaire pour le Perp au 1er janvier dernier afin de « mieux coller aux pratiques actuelles du marché » selon le président du directoire, Bernard Le Bras. Une évolution qui concerne tous les détenteurs de Perp gérés par Suravenir, anciens comme nouveaux.
Pourquoi avoir fait évoluer cette tarification ? « Notre contrat Prévi-horizons a été construit à lorigine du dispositif, en 2003. Nous avions appliqué ce qui était la tarification traditionnelle sur les rentes viagères. » Mais le marché a évolué : « Nous avons constaté que sur les nouveaux Perp, commercialisés par les conseillers en gestion de patrimoine indépendants ces dernières années, les frais darrérage ont disparu. Nous avons donc décidé de nous aligner. » Principal intérêt, figurer en bonne place dans les comparatifs de Perp : « Même si de nombreux internautes ne savaient peut-être pas ce quétaient les frais darrérage, le seul fait de voir du 3% de frais en face de contrats qui pouvaient afficher des frais à 0% avait un effet très dissuasif », reconnaît Bernard Le Bras. Ce dernier appuie laspect « plus simple et plus transparent » des frais sur encours de rente, fixés à 0,68% comme pour les frais de gestion de la phase dépargne du Perp.
En résumé : trois types de frais qui peuvent se cumuler
Sil existe de multiples appellations pour les tarifs pesant sur les rentes viagères, ceux-ci peuvent être appliqués à trois moments de la phase de rente : au début, lors de la conversion de lépargne en rente viagère (« frais de service des rentes » chez Apicil), sur la durée (« frais de gestion du fonds de rente », « sur encours », etc.), ou lorsque largent est versé au bénéficiaire (« frais darrérage », etc.). Et les assureurs utilisent lun de ces trois leviers, ou deux, voire éventuellement trois.

















