Trois études, coup sur coup, et une même conclusion : la réforme des « APL en temps réel » fait de nombreux perdants… parmi lesquels beaucoup de jeunes travailleurs.

Un nouveau calcul depuis janvier 2021

Repoussée pour cause de crise sanitaire, la réforme dite du calcul des aides personnelles au logement (APL) en « temps réel » vise à adapter le montant des aides aux évolutions des revenus. Sans décalage de 2 ans comme auparavant. Ainsi, depuis le 1er janvier 2021, le calcul du montant d’APL est actualisé chaque trimestre, sur la base des revenus des 12 mois précédents.

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Les jeunes travailleurs, grands perdants

« J’essaie de ne pas trop dépenser pour garder de l’argent pour plus tard, en cas de problème. Moi j’arrive à m’en sortir car j’avais de l’argent de côté mais il y en a qui n’ont rien, ils galèrent », témoigne A., apprenti de 22 ans (815 euros par mois, APL passées de 315 à 193 euros), dans le dense rapport de Union nationale pour l’habitat des jeunes (Unhaj), où de nombreux jeunes travailleurs témoignent de leurs difficultés actuelles. Ce groupement de structures d’accompagnement de la jeunesse dénonce « un effet de rattrapage brutal » pour les jeunes : « tous sont perdants et ce quel que soit leur niveau de ressources ».

L’Unhaj insiste dans son étude sur les jeunes actifs, sans omettre la perte financière (moindre, selon cette étude) pour les étudiants : « Les plus impactés par la baisse des APL sont les jeunes actifs dont les revenus sont proches du Smic (entre 800 et 1 300 euros) pour lesquels elle s’élève en moyenne à 95 euros par mois ». Tous revenus confondus, l’Unhaj chiffre la baisse moyenne à 38,50 euros par mois.

Unhaj

Source : Unhaj (Etude de l’impact de la réforme des APL sur les jeunes logés par le réseau Habitat Jeunes)

« Sur le long terme, cela implique beaucoup de choses, explique Claude Garcera, président de l’Unhaj, dans un communiqué. Des projets remis à plus tard du fait de l’incertitude, de l’incapacité à financer, mais aussi une formation abandonnée, une offre d’emploi refusée, des opportunités non saisies… On se souvient de l’émoi légitime qu’avait soulevé la baisse générale d’APL de 5 euros. Aujourd’hui, et alors que le contexte social est bien plus préoccupant, cette baisse est presque 8 fois supérieure, voire 20 fois pour certains ! »

Une autre étude, menée cette fois par le groupement de gestionnaires de résidences Unafo (Union professionnelle du logement accompagné), une même conclusion : « Ce sont les personnes logées en résidences jeunes qui sont les plus impactées avec un montant moyen diminué de 10%. » L’Unafo constate, entre avril 2020 et avril 2021, une aide moyenne mensuelle tombée de 265 euros à 247 euros. Et un pourcentage d’allocations qui s’amenuise dans le parc de logements concernés.

41% de perdants selon des données internes à la CAF

Les deux études citées ci-dessus portent certes sur des populations spécifiques, puisque les groupements évoqués gèrent en premier lieu des foyers de jeunes travailleurs. La Caisse nationale des allocations familiales a-t-elle dévoilé des chiffres sur l’impact de cette réforme ? Pas encore. Mais le quotidien Les Echos a eu accès à un aperçu chiffré livré en conseil d’administration de la CNAF. Verdict : aucun impact pour 32% d’allocations, dont les revenus sont constants. Des APL en hausse pour 26% des allocataires, dont les revenus ont baissé récemment.

Mais 41% des allocataires « perdent au change » selon Les Echos. Le plus souvent, la baisse est logique puisque consécutive à une hausse de revenus. La baisse de leurs APL est accélérée par ce calcul « en temps réel ». D’autres pâtissent de revenus sur courants alternatifs, et donc d’évolutions rapides des APL.

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Le ministère du Logement affirme aux Echos vouloir lever le voile sur des statistiques « semi-définitives » courant juillet, après les élections régionales. Sur les 6,5 millions de bénéficiaires des APL fin 2020, la réforme aurait immédiatement écarté pas moins de 563 000 allocataires en 2021 selon le décompte de BFM Immo.

Une réforme visant surtout des économies ?

En attendant, l’Unafo affirme aussi que « les suspensions d'APL semblent également plus fréquentes à la suite d’un défaut de déclaration de la part des allocataires » : « Même si des mesures ont été mises en place pour lisser certains effets, il n’en reste pas moins que cette réforme a été mise en place pour réaliser des économies. »

Rappelant que « la moitié des 18-24 ans sont en voie d’insertion professionnelle », l’Unhaj demande « a minima la mise en place d’un mécanisme compensatoire pérenne pour protéger les jeunes actifs les plus précaires, à l’image des solutions déjà appliquées aux étudiants ou aux apprentis, et bientôt aux contrats de professionnalisation ».