Les taux de prêts immobiliers ont atteint leur plus bas au printemps 2015. A 2,18% en moyenne en juin selon la Banque de France (1). Contre 2,58% en janvier 2015, 3,05% en juin 2014 ou 4,12% en mars 2012. Depuis, les professionnels du secteur saccordent sur une remontée des taux, même sils resteront très attractifs jusque fin 2016 selon les prévisions de lobservatoire Crédit Logement/CSA.
Conséquences : un afflux de renégociations, des dossiers de demande de crédit qui saccumulent dans les banques, et des délais de traitement qui sallongent. Si les grandes banques éludent la question de la surcharge de dossiers dans leurs résultats semestriels, elles confirment toutes la forte demande de prêts à lhabitat lors des premiers mois de lannée. Le Crédit du Nord évoque même « une production historique ».
Dans cette enseigne du groupe Société Générale, elle a augmenté de 50% par rapport au premier semestre 2014, pour 2,6 milliards deuros de prêts accordés sur les six premiers mois de 2015. Même évolution à la Banque postale : +44% pour 5,6 milliards deuros. Les autres enseignes communiquent plutôt les évolutions de lencours de lensemble des prêts à lhabitat. Pour un même constat : +4,9% à la Caisse dEpargne de juin 2014 à 2015, +3,3% à la Banque Populaire sur la même période, +2,7% à la Société Générale, +3% au Crédit Agricole, +2,8% au Crédit Mutuel (CM11), +0,8% chez BNP Paribas, +6,7% chez LCL, +1,2% au CIC.
Le crédit immo pour fidéliser les clients
Ces banques témoignent aussi presque unanimement de laspect moteur du prêt immobilier, qui porte la progression de lactivité crédits. Et qui savère toujours aussi stratégique pour les réseaux bancaires : « Le crédit immobilier est un outil de conquête clientèle important, et qui explique en partie les 185.000 ouvertures nettes de comptes à vue » dans le groupe Société Générale, affirme son directeur général délégué Bernardo Sanchez Incera.
Car la signature dun emprunt, pour un acheteur immobilier, signifie souvent ouverture dun compte courant dans la banque prêteuse, transferts de domiciliation, etc. Et le crédit sétalant sur des durées relativement longues - 17 ans et 6 mois en moyenne selon la Banque de France les clients devraient se montrer fidèles sur ce même laps de temps, sauf en cas de rachat du crédit par une autre banque. Des avantages que confirme le Crédit Agricole dans son rapport semestriel. La banque verte souligne que le prêt à lhabitat permet « la fidélisation de la clientèle dans la durée » et que cela génère « du potentiel déquipement », cest-à-dire la commercialisation de cartes bancaires ou la souscription à des produits dépargne.
Des banques plus ou moins offensives sur les rachats
Sensible à cet axe stratégique, le Crédit Agricole semble se positionner sur le terrain des renégociations et rachats de crédit. La banque évoque ainsi, juste avant daborder laspect fidélisation, des « rachats et réaménagements de crédits immobiliers à des niveaux exceptionnels liés au contexte de taux bas ».
La part des renégociations (y compris les rachats) dépasse en effet les 40% de la production de crédit immobilier depuis février 2015 selon les statistiques de la Banque de France. La Banque postale laisse entendre dans son rapport quelle a saisi cette occasion pour capter de nouveaux clients, mentionnant « une part importante de rachats externes » dans sa production.
Dautres enseignes adoptent un discours plus défensif à propos des rachats de crédit, comme le CIC qui parle de « bonne résistance » face « à la vague de rachats et renégociations de crédits ».
Le rebond des taux ne coupe pas lengouement
La remontée des taux en cours va-t-elle stopper ce retour des emprunteurs, et cet afflux de demandes de rachats ou renégociations ? Pas nécessairement. LCL confirme ainsi avoir été la première banque à remonter ses taux, en mai. Et ni cette légère remontée ni sa médiatisation nont eu d« impact sur la croissance des volumes ».
Autre enseignement des résultats semestriels : le rebond dactivité du crédit immobilier concerne tous types de publics. Le Crédit Foncier, qui se revendique « prêteur aux ménages aux revenus modestes » et distribue 40% des prêts à laccession sociale (PAS), souligne que sa production de PAS a augmenté de 32% par rapport au premier semestre 2014. Même conclusion à la Banque Postale : « 3 milliards deuros de prêts à laccession sociale dont les encours ont doublé sur la période ».
La production croissante de crédit immobilier irrigue aussi dautres sources de revenus pour les banques : indirectes, comme lassurance emprunteur, ou directes, comme les indemnités de remboursement anticipé (IRA). Le Crédit du Nord relève ainsi une « augmentation sensible » des IRA depuis le début de lannée.
Seul bémol, toujours du point de vue des banques, les taux bas si attractifs pour les emprunteurs ne leur permettent pas de soigner leurs marges, comme en témoigne ce passage du rapport financier du Crédit Mutuel-CIC : « Le recul de la marge dintérêt de 2,9% provient dune situation de taux dintérêt bas et dune importante phase de renégociation des taux des crédits existant par les clients ». La fidélisation a un prix.
(1) Linstitution publie chaque mois le taux moyen des crédits nouveaux à lhabitat, pour les prêts à long terme (plus dun an) et à taux fixe. Il sagit dun « taux effectif au sens étroit » et dune « moyenne pondérée par les flux des taux à long terme et à court terme, en pourcentage ».













