En se basant notamment sur des études conduites par les instituts Xerfi et Global Insight, le courtier en crédit In&Fi a publié sur son site internet un article annonçant la création de 6.000 emplois dans le courtage en crédit dans les sept prochaines années. Le fondateur d’In&Fi et ancien président de l’Afib immo (1), Pascal Beuvelet, s’explique et livre quelques chiffres sur les marges et salaires des courtiers.

Vous anticipez la création de 6.000 emplois dans les 7 ans dans le courtage en crédits. D’où tirez-vous cette information ?

De mes propres calculs ! En France, 735.000 dossiers de crédit immobilier sont réalisés chaque année (2). On estime que 22% des dossiers passent par les courtiers et plusieurs observateurs du marché pensent que nos parts vont quasiment doubler dans les 7 ans. Pour traiter les dossiers supplémentaires, il va falloir recruter plus de 6.000 courtiers. Après, il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas forcément de créations d’emploi mais aussi beaucoup de transfert de la banque vers le crédit. BNP Paribas Personal Finance (NDLR : la filiale du groupe BNP Paribas chapeautant notamment Cetelem) ferme ses agences. Nous sommes en discussion avec eux pour reprendre dans nos réseaux une partie de leur personnel. Le Crédit Immobilier de France laisse 1.200 salariés sur le tapis. Nous avons déjà des contacts. De cette manière, un certain nombre de personnes vont passer de la banque vers le courtage avec l’assentiment des banquiers.

A In&Fi, combien de personnes comptez-vous recruter dans les 7 prochaines années ? Aussi bien en termes de salariés que de franchisés ou mandataires (3) ?

Impossible de le dire. Nous avons actuellement une répartition de 50% de salariés et de 50% d’indépendants au niveau du recrutement. De plus en plus, nous recrutons des salariés surtout sur des postes administratifs et tous ceux qui ont un rôle commercial s’orientent vers le non-salariat.

Vous avez publiquement déclaré que vous avez du mal à recruter. Pourquoi ?

Nous avons à la fois du mal à recruter des indépendants et des salariés. A In&Fi, nous pouvons embaucher 100 personnes. Immédiatement. Le problème, c’est que notre métier n’est pas connu. Le grand public imagine encore que le seul interlocuteur, pour un crédit immobilier, c’est le banquier. Les profils les plus intéressants, pour nous, sont clairement ceux qui viennent de la banque ou de l’immobilier. Mais nous recrutons au-delà.

Ces personnes, extérieures à la profession, doivent-elles avoir une qualification particulière ?

Oui. Depuis le début de l’année, pour être courtier, il faut obligatoirement être reconnu comme IOBSP (intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement). Cela passe une licence spécialisée ou par 150 heures de formation. Cette évolution réglementaire a totalement bousculé la profession. Par exemple, les conseillers en gestion de patrimoine n’ont plus le droit de jouer les intermédiaires en crédit s’ils ne possèdent pas ce statut d’IOBSP.

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Cette réforme a donc joué en votre faveur…

Hélas oui. Je dis hélas car je suis pour la liberté de concurrence mais en limitant l’exercice de notre profession, on nous a en effet donné un privilège exorbitant. En outre, les établissements bancaires vont petit à petit travailler principalement avec dix à quinze grands réseaux. Depuis la crise des subprime, le législateur demande aux banques de faire attention à leurs politiques de crédit. La Caisse d’Epargne avait 12.000 prescripteurs, elle n’en a plus que 4.000. Aujourd’hui, seulement cinq courtiers distribuent les crédits d’HSBC en France. L’accès au marché devient plus difficile pour tous les petits donc les gros acteurs prennent de plus en plus de place. Je pense qu’il restera à terme 20% d’indépendants. Dans tous les cas, aujourd’hui, un courtier ne peut plus se lancer seul. Exemple : pour entrer sur le marché, la famille Pinault a dépensé 5 millions d’euros pour ouvrir une dizaine d’agences (NDLR : La Centrale de financement).

Combien gagne un courtier ?

A In&Fi, un salarié courtier réalise en moyenne un chiffre d’affaires annuel de 100.000 euros, sur lequel il ne tire pas plus de 40-45% en salaire et charges. Cela représente environ un salaire net de l’ordre de 2.000 euros par mois. La base de son travail est de gérer des réseaux de prescripteurs (agents immobiliers, notaires, promoteurs, etc.), puis de recevoir les clients et trouver la solution de crédit qui leur convient. Nous choisissons la banque selon le profil de l’emprunteur. S’il a des hauts revenus, nous allons par exemple le diriger vers HSBC qui a une offre spécifique pour cette clientèle. S’il est indépendant, nous allons souvent les envoyer vers les Banques Populaires qui savent bien gérer ce genre de situation.

Et quelle marge obtient un courtier sur un dossier lambda ?

Un courtier à temps complet, chez nous, va traiter entre 30 et 40 dossiers dans l’année. A In&Fi, un dossier moyen nous rapporte 2.500 à 3.000 euros. Nous avons deux sources de rémunération : 1% du montant du crédit versé par la banque et le client qui nous cède 0,6% à 2% selon la complexité du dossier.

(1) Association française des intermédiaires bancaires. L’Afib Immo a rejoint l’Apic (Association professionnelle des intermédiaires en crédits) en juillet 2013.

(2) 709.000 transactions enregistrées dans l’immobilier ancien par les notaires en 2012. Le chiffre de 735.000 est une moyenne prenant en compte les données de 2009 à 2012, mais pas la diminution attendue en 2013 (645.000 ventes selon une étude du Crédit foncier).

(3) In&Fi est un réseau de franchises. Créée en 2004, l’enseigne possède une centaine de points de vente. Parmi ses 250 collaborateurs, le réseau mêle ainsi des chefs d’entreprises franchisés, dirigeant une agence, des salariés et des courtiers mandataires, indépendants, rattachés à une agence.

Mise à jour (26 novembre 2013) - Correction du nom de la société de courtage du groupe de la famille Pinault.