Selon que les fonds sont levés auprès des institutionnels ou des particuliers le prix financier peut varier presque du simple au double. S’il s’agit de rassembler les français autour de projets d’investissements, la différence est acceptable. Mais s’il s’agit de financer la dette publique et d’en reporter son remboursement après les échéances de 2012, l’est-elle encore ? Un choix qui sera annoncé en septembre.

La manœuvre de l’emprunt national n’est pas nouvelle. Initiée en 1952 par Antoine Pinay pour la Reconstruction d’après guerre, la recette a successivement été reprise par Valery Giscard d’Estaing en 1973 pour amortir le 1er choc pétrolier, par Raymond Barre en 1977 à la suite de la sécheresse et enfin par Edouard Balladur en 1993 afin « d'envoyer un message de solidarité nationale et de confiance des Français à l'égard du pays ».

Le projet d’une grande souscription nationale, dont la motivation officielle est d’aider le pays à sortir de la crise financière, s’inscrit donc dans une sorte de tradition post traumatique bien française.

Le président Sarkozy se donne 3 mois pour définir des « priorités nationales » ainsi que les montants et destinations des fonds ainsi récoltés.

Un emprunt pour de nouveaux investissements

Madame Christine Lagarde, confirmée à son poste de Ministre de l’Economie lors du récent remaniement ministériel, évoque des investissements « dont la rentabilité à court terme n’est pas évidente », en citant notamment « l’économie de la connaissance, l’investissement dans le réseau numérique, l’infrastructure de manière générale ».  

Le choix de tels objectifs serait effectivement mobilisateur et pourrait rassembler les français autour de projets d’avenir : l’éolien, le ferroutage, l’économie numérique, …

Mais certains émettent déjà des doutes quand à l’utilisation réelle qui serait faite des liquidités collectées.

Ainsi Didier Migaud, député PS, cherche « la logique » de l’opération et souligne que l’emprunt et la dette de la France ont déjà atteint « un record absolu ».

Surtout, monsieur Migaud craint que l’opération ne revienne à « Emprunter plus pour dépenser plus et demain, payer plus d’impôts pour rembourser » et s’interroge « En fait, cet emprunt n'est-il pas un moyen facile de reporter le moment de la facture à l'après-2012 ? ».

Question intéressante, surtout si l’on considère que, toujours selon Didier Migaud, « entre le deuxième trimestre 2007 et la fin de l'année 2009, selon les prévisions de la commission européenne, la dette publique française aura augmenté de 380 milliards d'euros, ce qui représente de l'ordre de 15 milliards de charges annuelles (...) supplémentaires ».

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Auprès de quels investisseurs ?

L’emprunt dépendra, pour partie, du choix qui sera fait quant à la qualité des souscripteurs. S’il est décidé de lancer une souscription auprès des particuliers, son rendement devra être élevé pour être attractif. Et pour conséquence un coût financier élevé et donc une rentabilité moindre pour l’état.

A ce sujet, l’histoire montre que l’emprunt Giscard aura coûté 92 milliards de francs pour 7,5 milliards empruntés, à cause de son indexation sur l’or.

Le choix du public serait donc surtout politique comme l’indique monsieur P-C Hautecoeur, professeur d’économie à Paris-I : « les emprunts directs auprès du public sont des sortes de référendum auprès des épargnants ».

L’autre option consisterait à solliciter les investisseurs institutionnels, toujours friands d’emprunts garantis par des états. Avec pour avantage des taux d’intérêts plus faibles. Une offre nettement moins couteuse pour l’état, et in fine aux contribuables, que les 4 à 5% nécessaires pour séduire les particuliers.

Cette différence n’a pas échappé à madame Lagarde qui se déclare favorable à un « emprunt mixte », à la fois sur les marchés financiers et auprès des « français qui y croient ».