Question de Manuve65, le 19 décembre 2025 :

« Bonjour, je suis exactement dans le même cas que “Robixav” [qui témoigne dans un autre article question de lecteur, publié le 21 novembre, NDLR] né début février 1965 et ayant cotisé plus de 5 trimestres avant mes 20 ans. Vous n'avez que partiellement répondu à sa question : il parlait de la rétroactivité du paiement. En cas de départ en avril 2026, même si les caisses de retraites n'actualiseront pas les dossiers avant septembre, il pourrait y avoir un paiement différé des mois concernés ? Soit avril, mai, juin, juillet et août. C'est ce que m'a laissé entendre un conseiller Carsat par téléphone. A ce jour, ils n'ont pas encore d'instructions sur le sujet. Qu'en pensez vous ? »

Bonjour Manuve65 et merci pour cette question sous forme de remarque, ô combien pertinente. Nous n'avons pas répondu immédiatement, car nous attendions d'avoir une confirmation de l'Assurance retraite (1), structure chapeautant les Carsat. C'est désormais le cas : n'attendez aucune compensation financière. Voici pourquoi.

Reprenons le sujet initial, développé dans l'article en réponse à Robixav. Les futurs retraités éligibles à un départ en carrière longue et nés en 1964, 1965 voire 1966, selon les cas, ont pu subir un sacré ascenseur émotionnel en lisant les actualités liés à la suspension de la réforme des retraites. Dans le cas d'une personne née début 1965, la suspension rime avec un gain de 6 mois, potentiellement.

Problème : pour certaines carrières longues, le départ devait déjà, initialement, intervenir fin 2026. Les 6 mois gagnés pourraient avancer ce départ dès le printemps 2026... mais l'entrée en vigueur de la suspension fixée au 1er septembre coupe tout espoir. La loi portant cette suspension ne s'applique pas avant le 1er septembre 2026. Résultat : pas de départ avancé au printemps. Au mieux, le départ est avancé au 1er septembre.

« Je suis de janvier 1965, carrière longue, retraite prévue pour octobre 2026... La suspension me gagne 1 ou 6 mois ? »

« Pourrait-il y avoir un paiement différé des mois concernés ? »

D'où la question de Manuve65 : pour compenser le gain de la suspension rendu quasi nul, à cause de cette entrée en vigueur « tardive » au 1er septembre, « pourrait-il y avoir un paiement différé des mois concernés ? » C'est-à-dire les mois d'« avril, mai, juin, juillet et août », que Manuve65 va devoir travailler alors que la suspension de la réforme aurait théoriquement pu lui permettre de partir à la retraite dès ses 61 ans et 1 trimestre, environ, au lieu de 61 ans et 3 trimestres.

Manuve65, comme Robixav dans la question précédente, partira au 1er septembre, au lieu du 1er octobre sans cette suspension. Soit un mois de gagné uniquement, au lieu de six potentiellement.

« Aucune compensation » prévue

N'espérez, malheureusement pour vous, « aucune compensation », nous a confirmé l'Assurance retraite. Du moins aucune mesure ou directive n'existe en ce sens dans les Carsat, contrairement à ce qu'un conseiller semble vous avoir sous-entendu.

Pourquoi ? C'est malheureusement le jeu des dates d'entrée en vigueur. Il fallait une date pivot. C'est le 1er septembre 2026, au motif d'un délai laissé aux caisses de retraite pour s'adapter à cette suspension. Il est tout à fait possible de juger que le législateur (donc le gouvernement et le Parlement) a opté pour une date tardive pour l'entrée en vigueur de la suspension. Mais, à l'image du 1er septembre 2023 (et par extension la naissance avant ou après le 1er septembre 1961) pour l'entrée en vigueur de la réforme Borne, il y a une forme d'injustice calendaire selon les cas personnels. L'Assurance retraite ne le nie pas. Mais c'est la loi...

(1) L'Assurance retraite regroupe la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), 15 Caisses d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), 4 Caisses générales de sécurité sociale (CGSS) dans les départements d'outre-mer et d'une Caisse de sécurité sociale (CSS) à Mayotte.