Cest une réunion qui était particulièrement attendue. Des parlementaires réunis mercredi soir en commission mixte paritaire (CMP) ont trouvé un texte de compromis sur le projet de loi dit « Asap », qui propose une série de simplifications administratives. Parmi elles, permettre aux personnes souscrivant un crédit immobilier de changer plus facilement dassurance. Quasi-obligatoire, elle est activée en cas d'incapacité à rembourser votre prêt en cas de décès, suite à un problème de santé ou éventuellement de chômage.
Une marge colossale
Or, aujourdhui, son coût est égal voire supérieur au montant des intérêts à régler pour le prêt. Et pour cause, dans limmense majorité des cas, les emprunteurs prennent lassurance proposée par la banque qui leur a fourni le crédit. Résultat, les établissements bancaires monopolisent toujours près de 90% du marché. Un marché très juteux puisque sur les 6 millions de particuliers détenteurs d'un crédit immobilier, il génère environ 6 milliards d'euros de cotisations d'assurances par an.
Selon lUFC-Que Choisir, « lassurance emprunteur génère une marge brute exorbitante. Ainsi, sur 100 euros de primes versées, 68 euros sont conservés par lassureur et seulement 32 euros sont reversés aux assurés. Une telle marge est deux fois supérieure à lassurance habitation et même trois fois plus élevée que lassurance automobile ! »
Des progrès pour les emprunteurs, mais...
Dans ce contexte, les députés de la majorité se félicitaient hier soir de ce nouveau texte qui « redonne aux ménages engagés dans un crédit immobilier le plein exercice de leur droit à changer dassurance emprunteur ».
Aujourdhui, un emprunteur peut changer son assurance de prêt durant la 1ère année de son crédit en respectant un préavis de 15 jours avant la date danniversaire. Après, il est possible de la résilier chaque année, à condition de présenter à lorganisme de crédit un nouveau contrat avec des garanties équivalentes, deux mois avant léchéance. Désormais, il sera possible pour lemprunteur de choisir entre la date anniversaire de loffre de prêt ou du contrat dassurance afin de résilier ce dernier. De plus, l'assureur sera tenu dinformer « chaque année » l'assuré sur « un support papier ou durable » de son droit de résiliation et de ses modalités.
Changer d'assurance à tout moment : c'est non !
Cette information supplémentaire, « cest un plus », reconnaît un expert du secteur. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. A ses yeux, ce nouveau dispositif « rajoute une couche au feuilleté ». Depuis 2010, le législateur empile les dispositifs pour assouplir ce marché. Mais on est encore très loin de lamendement voté par les députés contre lavis du gouvernement début octobre : la possibilité pour les emprunteurs de changer d'assureur pour leur crédit immobilier « à tout moment », sans attendre la date anniversaire de leur contrat.
Une position radicale à même de contrer les mauvaises pratiques des banques qui « ne répondent pas, ou que très tardivement, à des demandes de changement de contrat dassurance emprunteur », selon les députées Patricia Lemoine et Laure de La Raudière, en pointe sur ce dossier.
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« En dépit de la volonté du législateur douvrir ce marché, les banques usent encore aujourdhui de nombreuses pratiques dilatoires pour entraver les changements dassurance, comme la non réponse ou la réponse tardive aux demandes des emprunteurs, les réponses incomplètes, demandes de pièces injustifiées, mais aussi le refus dinformer les emprunteurs de la date déchéance de leur contrat, condition nécessaire à la mise en uvre de leur droit den changer », dénonce Securimut, filiale de la Macif dédiée au changement d'assurance emprunteur.
De grosses économies à la clef
Des manuvres qui forcent lemprunteur à conserver une assurance généralement plus chère. Or, en allant voir ailleurs, il est possible de réaliser facilement des économies allant de 6 500 à 15 000 euros, sur la durée totale du prêt.
« Même si l'Assemblée voulait aller plus loin, l'article initial des sénateurs est un vrai plus pour les consommateurs », considère le rapporteur du texte Guillaume Kasbarian, député LREM. La ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, s'était prononcée contre la résiliation à tout moment : « Les banques vont monter le coût de l'assurance, la perversité de ce dispositif pourrait être que les plus vulnérables paient plus », avait-elle estimé.
Un argument battu en brèche par le courtier Magnolia qui ne sétonne finalement pas vraiment de la décision finale : « Depuis quelques jours, les bruits courraient que cette loi ne passerait pas. Les motifs présentés contre ce dispositif étant totalement fallacieux (risque de montée des prix, lemprunteur est dores et déjà totalement libre de son choix, problème de déséquilibre contractuel ), nul ne doute que le puissant lobbying bancaire avait largement uvré pour veiller à ce que les emprunteurs ne soient pas totalement libres de leur choix. »
De sérieux doutes sur l'efficacité du nouveau dispositif
De son côté, Securimut craint que les nouvelles obligations ne soient pas mieux respectées que les précédentes : « Nous considérons quil sagit-là dune occasion manquée de donner les moyens aux consommateurs de faire respecter leur droit de choisir leur assurance emprunteur ».
Contactée par MoneyVox, la députée Patricia Lemoine fait part « de sa déception » après le rejet par la CMP de la possibilité de résilier lassurance à tout moment. Une avancée qui aurait pu permettre de protéger le pouvoir dachat des ménages « dans le contexte si particulier de la crise du coronavirus ». Pas question pour elle de baisser les bras : « Vous pouvez compter sur ma pugnacité pour essayer de faire adopter cette disposition à travers un nouveau véhicule législatif. »




















