Début décembre se tenait la 3e convention nationale de lAssociation professionnelle des intermédiaires en crédits (Apic). Qui représente-t-elle ?
« Cest une association qui a été créée en 2010 à linitiative de Cafpi, pour se rapprocher de ses concurrents Empruntis et Meilleurtaux. Lidée était de pouvoir agir ensemble auprès des pouvoirs publics sur les textes qui allaient réglementer notre profession dintermédiaires. Après ladoption de cette réglementation, en 2013, lApic sest ouverte à ladhésion. Tous les courtiers peuvent désormais nous rejoindre et bénéficier dun accompagnement, notamment pour se mettre en conformité avec ces nouvelles règles. Les banques reconnaissent ce label. En 2014, lApic regroupe plus de 164 enseignes et des milliers de courtiers. Nous représentons environ 60% de lactivité dintermédiation de crédit en France. »
En savoir plus sur les intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement et la réglementation de ces IOBSP
Quel est l'intérêt pour les banques de travailler avec les courtiers ? Y at-il concurrence ?
« Une banque ne peut pas capter sa clientèle en crédit immobilier uniquement avec son réseau dagences. Pour gagner des clients, elles font appel au marketing, aux offres et aussi aux prestataires. Car les courtiers leur apportent de nouveaux clients, tout en simplifiant leur prise en charge, plutôt longue pour un crédit immobilier. Nous leur évitons de dépenser de largent en marketing. Certes, nous leur coûtons aussi de largent [les courtiers touchent généralement une commission de la part des banques, NDLR], mais cest une charge quelles peuvent maîtriser.
Selon nous, il ny a pas concurrence. En France les courtiers représentent 30% de la production des crédits à lhabitat, et nous comptons arriver à 50%, comme cest déjà le cas dans dautres pays européens. Le reste du marché étant détenu par les banques. »
Comment expliquez-vous ce retard par rapport à dautres pays dEurope ?
« Dans les pays européens où le métier est réglementé, les parts de marché oscillent entre 40 et 60%. Avec un peu moins de 30%, la France est un peu à la traîne. Cependant elle possède désormais la réglementation la plus stricte, et laugmentation de la part de marché est déjà amorcée. La réglementation a donné ses lettres de noblesse aux intermédiaires : auparavant, il ny avait aucune contrainte, ni dobligation de formation ou de compétence.
Au Royaume-Uni, une réglementation pour les intermédiaires existe depuis plus de 20 ans, alors que la réforme du service bancaire en France ne date que de 1985 [et l'encadrement des intermédiaires de 2013, NDLR]. Ce retard est aussi dû au système français. Notre pays n'a pas une culture libérale, comme aux Etats-Unis, où la part de marché atteint les 90%. »
Est-ce que tous les courtiers ont le même statut ? L'Orias souligne que 40% des intermédiaires sont en parallèle inscrits dans plusieurs catégories (assurance, banque, finance, financement participatif). Allons-nous vers une multispécialisation ?
« Il y a différents statuts parmi les IOBSP. Nous en distinguons deux principaux, qui nobéissent pas aux mêmes règles. Dun côté les courtiers, dépendants du client et négociant des contrats commerciaux avec les banques. De lautre les mandataires, dépendants dune ou plusieurs banques qui engagent leur propre responsabilité.
Quant à la spécialisation, elle existe déjà. Les courtiers réunissent en général trois activités : le crédit immobilier, le rachat de crédits et lassurance, comme lassurance-emprunteur. Cafpi fait déjà les trois, par exemple. »
En parallèle, nous voyons fleurir de nouvelles enseignes de courtage
« La réglementation a fait venir des investisseurs, donc de nouvelles enseignes se déploient. Cependant le nombre de conseillers, dacteurs est en baisse. Les courtiers isolés ont parfois du mal à respecter les nouvelles règles. »
Quelle est lévolution du volume de dossiers traités par les courtiers ?
« La part de marché a doublé en moins de 10 ans, pour atteindre aujourdhui près de 30%. Nous avons une obligation de réussite, de conseil car nous sommes payés à la fin de lopération. Il y a aussi un changement de mentalité des consommateurs qui se renseignent, qui comparent, car cest aussi de plus en plus complexe de jongler entre les prêts et les assurances. »
Ces consommateurs, qui comparent eux-mêmes les banques pour leur crédit ont-ils un intérêt à consulter un courtier ?
« Comparer oui, mais comparer quoi ? En matière de crédits, les détails techniques sont très importants et pas évident à appréhender. Un particulier qui fait une ou deux opérations immobilières dans sa vie ne peut pas être suffisamment informé. Ensuite il faut savoir où aller : il y a près de 130 enseignes de crédit immobilier, avec des nuances suivant les régions et une approche clientèle différente. Il devra également trouver la meilleure offre qui correspond à son profil. Et puis il y a aussi le temps : un acquéreur dispose dun temps restreint par rapport au vendeur, et il doit choisir un produit, une assurance Par manque de temps, il risque de se précipiter. »
Quelle est la prochaine étape pour les intermédiaires ?
« Dans lavenir, nous allons étendre notre spectre dactivités. Beaucoup de banques se rapprochent de nous pour aller plus loin dans lexternalisation, nous permettant d'accroître notre part de marché. Nous pourrions aussi, comme cela se fait au Royaume-Uni, « aider » les clients à ouvrir des comptes bancaires. »
Dans une tribune, Pascal Beuvelet, fondateur du réseau In&Fi Crédit, estime lui aussi que la part de marché du courtage atteindra les 50%. Il ajoute également que 20% des agents immobiliers pourraient devenir IOBSP. Etes-vous daccord ?
« En tant que président de lApic, ce nest pas du tout mon point de vue. Chacun sa spécialité. Par exemple Cafpi est partenaire du réseau immobilier Orpi. Demain, je nimagine pas vendre de limmobilier. »














