Le site de microcrédit solidaire, Babyloan.org, lance un défi au grand public : financer 500 micro-entrepreneurs en dix jours. Jusqu’à dimanche, le site internet spécialisé dans le prêt solidaire est entièrement dédié à ce défi. Le fondateur de Babyloan, Arnaud Poissonnier, ancien gestionnaire de fortune qui a découvert il y a quelques années « la finance du sourire », a répondu à nos questions. Interview.

Arnaud Poissonnier, votre site Babyloan.org lance un défi aux Français du 12 au 21 octobre. Quel est-il ?

« Notre défi c’est de mobiliser la France entière autour du financement de 500 projets de micro-entrepreneurs sur une dizaine de jours. Depuis le 12 octobre, on a fermé le site principal de manière à ce que les personnes qui se connectent sur Babyloan soient automatiquement redirigées vers un nouveau site dédié au défi. Sur celui-ci, les internautes peuvent découvrir le projet de 500 micro-entrepreneurs à travers le monde et décider de les aider en leur prêtant tout ou une partie de la somme nécessaire au financement du microcrédit. »

Comment ont-été sélectionnés les projets à financer pour ce défi ?

« De la même manière que pour le site classique. On a demandé à nos quatorze partenaires en France et dans les pays en développement de remonter un certain nombre de projets en fonction de leur taille, de l’encours qu’on leur accorde. Ces trois derniers mois, ils ont travaillé sur le terrain et ont sélectionné des projets d’un montant maximum de 1.500 euros. Dans notre offre, on souhaite également respecter le ratio mondial du microcrédit. Ainsi, 80% des projets proposés sont portés par des femmes. »

Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre objectif ?

« Aujourd’hui [le jour de l’interview soit le 17 octobre 2012, ndlr), on en est quasiment à 300 projets financés sur 500. Je ne sais pas si on atteindra l’objectif des 500 mais on ne sera pas loin du compte. Cela dépendra de ce qui va se passer ce week-end. Nous avons déjà plus de 2.000 nouvelles adhésions et une production de prêt solidaire qui est de l’ordre de 160.000 euros. Ce défi est d’ores et déjà une belle réussite pour Babyloan. »

Plus généralement, comment définiriez-vous Babyloan ?

« La mécanique Babyloan est une nouvelle forme de solidarité qui permet au grand public de contribuer au développement du microcrédit. C’est donc une mécanique assez originale de parrainage par le prêt. C’est une plateforme où l’internaute vient financer des micro-entrepreneurs en France et partout dans le monde. Nos prêteurs, que nous nommons des « Babyloaniens », doivent fournir au minimum 20 euros mais, dans les faits, le montant moyen du prêt est de 61 euros (70 euros dans le cadre du défi). Le montant moyen investi dans le système est supérieur, il est de 180 euros parce que les internautes font généralement plus d’un prêt. Ces chiffres sont deux à trois fois supérieurs au don moyen fait à une ONG car chez nous, certes il n’y a pas de défiscalisation, mais on peut récupérer son argent. »

Comment fait le « Babyloanien » pour récupérer la somme prêtée ?

« C’est très simple ! Imaginons que vous prêtiez 100 euros sur sept mois : à la fin du mois, on va envoyer votre argent sur le terrain au micro-entrepreneur. A partir de la fin du mois suivant, on va vous rembourser mensuellement 1/7e de la somme que vous avez mis, dans une « tirelire » virtuelle. Soit vous utilisez votre tirelire pour prêter à quelqu’un d’autre, soit vous récupérer votre argent sur votre compte bancaire par virement. Aujourd’hui, il y a seulement 8% des Babyloaniens qui demandent à retirer leur argent. Il y a un effet de levier considérable dans le prêt solidaire : à la place de faire un don classique qui aide une unique cause, l’internaute qui fait du prêt solidaire peut financer de nombreux projets avec une somme identique… et récupérer tout de même son argent quand il le souhaite. Nous sommes, par nature, un instrument de crise : les gens peuvent aider sans perdre leur argent. »

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Vous assurez le remboursement à 100%. Comment faites-vous ?

« En quatre ans d’existence, nous avons eu 100% de remboursement. Tout simplement parce nous avons des partenariats avec des institutions de micro-finance, des acteurs de terrain qui nous remontent les microcrédits. Dans la mécanique de Babyloan, nous faisons en sorte que ces institutions garantissent le remboursement des internautes. C’est pour cela que nous avons 100% de remboursement. Le taux de réussite sur le terrain, lui, est actuellement de 97%, ce qui est très proche du standard mondial de la micro-finance. »

Les prêteurs ne font pas de plus-values sur Babyloan. Cela veut dire que les micro-entrepreneurs empruntent à des taux proches de 0% ?

« Non, le micro-entrepreneur bénéficie du taux du microcrédit qui lui est accordé par l’institution de micro-finance. Le taux va donc dépendre des institutions et des pays. Il oscille généralement entre 5 et 40%. Il ne faut pas oublier que l’institution doit aussi générer un profit, sinon elle ne pourrait pas couvrir ses charges. Le grand public est souvent choqué par les taux d’intérêts du microcrédit mais ils sont plutôt bas. Aujourd’hui, le taux moyen du microcrédit dans le monde est de 26%, ce qui est extrêmement peu cher comparativement au taux de l’usurier mondial qui est actuellement de 200%. Et c’est une véritable chance pour des micro-entrepreneurs qui n’ont bien souvent pas accès aux crédits bancaires classiques. »

Découvrez le site du défi Babyloan