Les banques en ligne mais aussi des plateformes spécialisées dans l’épargne comme Altaprofits, Mes-placements ou encore Yomoni proposent des assurances vie à frais réduits, dont la gestion peut être confiée à des sociétés ayant pignon sur rue, par exemple Edmond de Rothschild et Lazard Frères. Mais ces signatures rassurantes sont-elles le gage de rendements élevés sur la durée ?

Les plateformes d’assurance vie en ligne intéressent un nombre croissant d’investisseurs, attirés par la diversité des supports et la tarification plus modérée que les produits des banques traditionnelles. L’année 2020, source d’opportunités d’investissement, a permis à ces courtiers et gestionnaires 2.0 de faire le plein de nouveaux clients, à en croire les chiffres mis en avant. Ainsi, Mes-placements.fr et Meilleurplacement.com revendiquent à eux deux une collecte nette de 300 millions d’euros sur leurs différents placements, pour 45 000 clients en tout. Le robot conseiller Yomoni explique avoir enrôlé 25 600 clients à fin 2020, un nombre en hausse de 71% sur un an, pour 320 millions d’euros sous gestion, en hausse de 76% depuis fin 2019. Autre satisfécit, celui du courtier LinXea qui compte désormais 52 000 assurés vie, en progression de 12 000 l’an dernier.

Si ces assurances vie en ligne présentent des similitudes, comme l’absence de frais sur versement ou des assureurs en commun, se valent-elles toutes s’agissant du nerf de la guerre : la performance servie aux épargnants ? Pour répondre à cette question, MoneyVox a mis en compétition une dizaine de contrats, référencés dans notre comparateur d’assurances vie ou l’ayant été (1), sur 2 critères : la performance nette de frais, sur 3 ans, de leurs mandats de gestion pilotée et celle, toujours sur 3 ans, de leurs fonds euros.

Fonds euros : le grand écart des assurances vie en ligne

Il paraît en effet difficile de faire l’impasse sur la comparaison des fonds euros. Car, bien que les épargnants soient invités, bon gré mal gré, à sortir du 100% garanti, les supports en euros continuent à capter les 2 tiers des versements mensuels, d’après la Fédération française de l’assurance. La bonne nouvelle pour les contrats web est que leurs fonds garantis sont en moyenne meilleurs que ceux des contrats grand public des banques traditionnelles, ce qui n’empêche pas de fortes disparités.

Certains fonds en euros des assurances vie en ligne font ainsi moins bien que la moyenne du marché. Tous types de contrats confondus, elle est estimée à 4,45% sur 3 ans, en combinant les chiffres du régulateur du secteur, l’ACPR, avec l’estimation pour 2020 du site spécialisé Good Value for Money. Est ainsi en-deçà de cette moyenne le fonds euros du contrat Link Vie de Primonial (l’actif général d’Oradéa Vie), avec seulement 3,49% de gains cumulés entre 2018 et fin 2020. L’originalité de ce contrat en ligne est de proposer uniquement des supports de gestion passive, des ETF qui suivent des indices de référence, au travers de 4 mandats standardisés. S’il le souhaite, l’épargnant a tout de même la possibilité de revenir sur du 100% fonds euros.

Lire aussi : Le palmarès des rendements 2020 des fonds euros

Tout comme le fonds euros de Link Vie, Eurossima de Generali, présent dans Boursorama Vie, ING Vie, MeilleurPlacement Stratégie Allocation Vie ou Altaprofits Vie, a rapporté moins sur les 3 dernières années que la moyenne, avec 3,74% nets de frais de gestion. Mais, à l’inverse de Link Vie, ce n’est pas le seul fonds euros intégré aux contrats web assurés par Generali. Les épargnants ont également accès à un second support en euros, avec une poche immobilière conséquente, qui historiquement est le gage d’une rémunération plus intéressante que les fonds euros classiques. Euro Exclusif, pour Boursorama Vie, est de cet acabit (5,38% cumulés sur 3 ans) tout comme Netissima pour Altaprofits Vie et MeilleurPlacement Stratégie Allocation Vie (de 4,62% à 5,76% selon la part d’unités de compte dans le contrat). S’agissant de Netissima, il est impossible d’investir 100% de son épargne sur ce seul fonds euros. Ainsi, dans le cadre d’Altaprofits Vie, les nouveaux versements sont conditionnés à un investissement minimum de 50% sur des unités de compte (soumises à la différence du fonds euros au risque de perte en capital).

Chez Suravenir, qui est un gros assureur d’assurances vie en ligne (Fortuneo Vie, LinXea Avenir, Puissance Avenir, WeSave, Yomoni Vie, MeilleurPlacement Retraite Vie…), on retrouve aussi cette dichotomie entre un fonds euros classique avec des conditions d’entrée plus légères (Suravenir Rendement) et un fonds euros plus rémunérateur mais dont l’accès est très encadré (Suravenir Opportunités). Néanmoins, les rendements de Suravenir Rendement (entre 4,98% et 5,29%) et Suravenir Opportunités (7,37%) restent, tous les deux, au-dessus de la moyenne du marché.

Sources : assureurs et distributeurs

Sur 3 ans, 7% de gains pour un support garanti peut paraître satisfaisant. Toutefois, cela n’arrivera plus, en tout cas à moyen terme. A cause de la chute des taux d’intérêt, il n’y a guère de doute sur le fait que le rendement des fonds euros va continuer à décliner dans les mois à venir. « Notre devoir de conseil, en tant que professionnel de l’épargne, est de ne pas engager les clients sur du 100% fonds euros, a fortiori pour une épargne de long terme. Cela pouvait être un bon conseil par le passé, ça ne l’est plus. Aujourd’hui pour aller chercher de la performance, il faut mixer fonds euros et unités de compte », explique à MoneyVox Stellane Cohen, présidente d’Altaprofits.

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Or, pour une personne qui se désintéresse de la bourse et de la macro-économie, l’une des solutions mise en avant par les courtiers pour convertir leurs clients aux UC est la gestion pilotée. C’est-à-dire le fait de donner un mandat à un professionnel de la gestion d’actifs : Pictet, Edmond de Rothschild, Lazard Frères, Federal Finance ou encore Yomoni qui est gestionnaire de sa propre assurance vie. Ce mode de gestion tend à progresser ces dernières années. L’an dernier, un quart des nouveaux clients de LinXea ont opté pour la gestion pilotée, expliquait récemment à MoneyVox le directeur général de ce courtier en ligne Yves Conan. Pour 2021, l’objectif de LinXea est de faire grimper cette proportion à 50%. Autre exemple : la banque en ligne Boursorama a vu son nombre d’assurances vie en gestion sous mandat bondir de 41% en 2020. D’où notre second critère de comparaison des contrats web : le rendement sur 3 ans de leur gestion pilotée.

Quid des autres assurances vie en ligne ?

Il y a des absents dans ce palmarès, comme les contrats des banques en ligne BforBank et ING (pour la partie gestion pilotée) ou encore Nalo. Ces derniers ne nous ont pas transmis la totalité des informations nécessaires à cet article comparatif. L’assurance vie M Retraite Vie, et sa gestion M Etoilée, de MeilleurPlacement est également absente. Cela s’explique par la modification en août dernier de sa gestion sous mandat qui rend impossible la prise en compte des rendements sur 3 ans. Ses fonds euros, ainsi que ceux intégrés au mandat M Stratégie Allocation Vie, sont présents dans la première partie de ce comparatif.

Le chamboulement en 2020 des fonds euros des contrats Netlife 2 et Mes-Placements Liberté 2, assurés par Spirica, empêchent la comparaison de ces supports sur les 3 dernières années. Ces deux contrats sont toutefois pris en compte dans la partie gestion pilotée de ce comparatif.

Les gestionnaires de ces assurances vie en ligne soignent-ils leur gestion pilotée ?

A chaque contrat, sa société de gestion. Le plus souvent, les plateformes d’épargne s’associent à des gestionnaires plutôt reconnus comme Montségur Finance pour LinXea Vie, Lazard Frères Gestion pour Altaprofits, Federal Finance (filiale du Crédit Mutuel Arkéa) pour Fortuneo ou encore Edmond de Rothschild pour Boursorama. Ensuite, selon les assurances vie, l’épargnant a le choix entre 2, 3 voire 10 profils de gestion aux noms parfois faussement évocateurs. En effet, faute de normalisation, deux profils qualifiés d’« Equilibré » de deux contrats différents peuvent faire prendre aux épargnants des risques très différents. C’est pourquoi, pour pouvoir comparer les gestions pilotées entre elles, nous avons demandé à chaque distributeur de nous communiquer, en sus des rendements cumulés sur 3 ans, l’indice de volatilité réelle sur 3 ans associé à chaque mandat. La volatilité est un indicateur qui permet de juger du risque d’un contrat. Car plus elle est élevée, plus la valeur du portefeuille fluctue d’une semaine à l’autre, ce qui nécessite donc, pour l’épargnant, d’avoir le cœur bien accroché !

Sources : distributeurs et rapports de gestion

Concrètement, pour les épargnants qui ne veulent prendre que peu de risque avec leur argent, les mandats présentant un indice de volatilité inférieur à 6% peuvent correspondre à cette volonté. Pour cette volatilité cible, les mandats qui se sont démarqués sur ces 3 dernières années sont le profil P4 de WeSave (14,43% sur 3 ans) et Y4 de Yomoni (8,89%), qui ont en commun de miser sur les ETF. Avec 9,51% de gains pour un indicateur de volatilité juste au-dessus de 5%, le profil appelé « Equilibré » de Puissance Avenir a pu aussi ravir ces épargnants plutôt frileux. En acceptant un peu plus de fluctuation, le mandat « Equilibré » de LinXea Avenir a également offert un combo rendement-risque intéressant ces 3 dernières années (11% de gain pour 7% de volatilité). En revanche, le profil modéré de Mes-Placements Liberté 2 sert un rendement négatif à -0,86% depuis son lancement en août 2018.

La mise en perspective du rendement au regard de la volatilité réelle du mandat permet aussi de repérer quelques incohérences parmi la dizaine de contrats comparés, comme par exemple au sein de Boursorama Vie. Le profil « Défensif », censé être celui destiné aux investisseurs plutôt rétissants à la prise de risque, s’est avéré être plus volatil que le mandat dit « Equilibré » ces 3 années. Un défaut de clarté, propre à la gestion pilotée, que critique Sebastien d’Ornano président de Yomoni : « Le SRRI [indicateur synthétique, de 1 à 7, obligatoire en gestion collective, qui vise à renseigner les épargnants sur le degré de risque d’un portefeuille, ndlr] est beaucoup trop large et insuffisant, la plupart des mandats pouvant être rangés dans les catégories 3 et 4. Quand vous faites le calcul a posteriori, vous vous rendez compte que certains profils dits équilibrés s’avèrent plus défensifs que certains profils annoncés prudents. Le régulateur devrait imposer la délivrance d’indicateurs de volatilité », explique Sébastien d’Ornano à MoneyVox.

S’agissant des profils offensifs, pour lesquels les gestionnaires peuvent parfois s’affranchir totalement du fonds euros, plusieurs enseignements sont à retenir du graphique ci-dessus. Premièrement, ces dernières années, rares sont les gérants à s’être aventurés sur des profils dont la volatilité est très élevée, supérieur à 14%, à l’exception de Yomoni, de Link Vie opéré par un robot de la société de gestion Lyxor, ou encore de Boursorama Vie géré par Edmond de Rothschild. Or globalement, on observe bien une corrélation entre risque pris et rendement obtenu. Mais attention, prendre des risques n’est pas toujours le gage d’une meilleure performance à moyen terme au regard des assurances vie ici comparées, comme l’illustre le contrat Altaprofits Vie. Ses rendements stagnent à partir du profil numéro 5, alors même que la volatilité des profils 6 à 9 augmente. La faute d’après Stellane Cohen, présidente d’Altaprofits, à la forte prudence, l’an dernier, de Lazard Frères sur ses profils dynamiques.

Yomoni, WeSave, Link Vie : les robots-conseillers se démarquent

Yomoni Vie, WeSave et Link Vie, qui ne proposent que de la gestion pilotée, se démarquent dans ce second volet de comparaison, mais pas pour les mêmes raisons. Les deux premiers s’illustrent par la progressivité quasi linéaire du rapport rendement-risque de leurs mandats. Cette linéarité va de pair avec des performances en haut du panier. Interrogé par MoneyVox, le président de Yomoni met en avant essentiellement deux facteurs explicatifs clés à ces bons résultats : la faiblesse des frais, « qui nous fait partir avec 1 à 1,5% d’avance sur les autres gestionnaires », avance Sébastien d’Ornano, mais aussi la marge de discrétion laissée à son équipe de gestion. « Nous ne sommes pas dans une gestion passive-passive au sens où on aurait une allocation figée que l’on ne bougerait pas. On se réserve le droit d’avoir une partie tactique, entre 10 et 15% des portefeuilles, qui peut évoluer dans sa répartition entre les actions et les obligations, entre les zones géographiques ou encore entre les secteurs d’activité. En 2020, cela nous a permis de favoriser des secteurs de croissance, comme les entreprises technologiques, qui ont surperformé », illustre Sébastien d’Ornano.

Cette poche laissée à la discrétion humaine est ce qui distingue Yomoni de Link Vie qui est aussi un contrat investi en ETF. Sur Link Vie, la gestion est en effet totalement passive. Les ordres d’achat et de vente sont déclenchés automatiquement par les robots en fonction de paramètres programmés par avance. Une automatisation à l’origine des rendements cumulés négatifs de 3 de ses 4 mandats de gestion sur ces 3 dernières années. « En 2020, nous ne sommes jamais arrivés au bon moment sur les marchés. Les modèles utilisés sont basés sur des volatilités qui n’ont rien à voir avec la situation que l’on a vécu l’an dernier. Ils ne nous semblent plus adaptés au contexte de marché », expliquait récemment à MoneyVox Martin Alix, directeur du développement produits de Primonial qui commercialise Link Vie. C’est pourquoi ce dernier réfléchit à intégrer une part de gestion active dans son contrat.

Les 6 points à retenir

  1. Sur la dizaine de contrats web comparés, le fonds euros Suravenir Opportunités présent dans les contrats Fortuneo Vie, LinXea Avenir, Puissance Avenir ou encore dans le mandat M Placement Stratégie Allocation Vie de Meilleurplacement.com se hisse parmi les meilleurs du marché, avec un rendement dépassant 7% sur 3 ans nets de frais de gestion, contre 4,50% pour la moyenne du marché tous distributeurs confondus (courtiers en ligne, banques traditionnelles, associations d’épargnants…).
  2. Les meilleurs fonds euros sont en effet conditionnés à un investissement minimum sur des unités de compte, sans garantie en capital. Pour s’adapter à ces restrictions et au contexte de taux bas, les distributeurs mettent de plus en plus en avant leur gestion pilotée, censée permettre à un épargnant néophyte de s’ouvrir aux UC tout en lui permettant d’adapter le risque pris à sa volonté.
  3. Or, la gestion pilotée des assurances vie en ligne s’avère disparate. Pour un même niveau de risque, mesuré par la volatilité sur 3 ans, le rendement peut varier de 1 à 20 voire même être négatif. Ce sont les robots conseillers WeSave et Yomoni qui offrent les combinaisons rendement-risque les plus progressives.
  4. Les contrats LinXea Avenir et Puissance Avenir ont offert des rendements au regard de la volatilité de leurs mandats également attrayants. Bémol pour Puissance Avenir qui n’a pas permis aux investisseurs appétents au risque de s’y frotter davantage et donc de potentiellement se rapprocher des meilleurs rendements du marché.
  5. Sur un horizon de 3 ans, le lien entre performance et risque ne se retrouve pas dans tous les mandats de gestion, comme peut l’illustrer la faible disparité des rendements sur Fortuneo Vie (de 6,46% à 7% selon les profils).
  6. Attention plus généralement aux incohérences qui peuvent exister entre le nom commercial du mandat et la réalité du risque pris par le gestionnaire.

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(1) Linxea Avenir, Altaprofits Vie, Puissance Avenir, Netlife 2, Yomoni Vie, Boursorama Vie, Fortuneo Vie, Link Vie, Darjeeling, WeSave, Mes-Placements Liberté 2. Ces contrats proposent de la gestion pilotée. S'ajoutent pour la partie fonds euros ING Vie, M Stratégie Allocation Vie et M Placement Stratégie Allocation Vie.