Contrairement à une idée de plus en plus répandue, l’usage des espèces pour les paiements du quotidien n’est pas en déclin dans la zone euro, comme le montre une étude de la BCE. Et ce malgré la préférence des Européens pour la carte bancaire.

On l’annonce de plus en plus souvent : l’avènement d’une société sans argent liquide, où tous les paiements seraient devenus électroniques. Un futur généralement illustré par l’exemple de la Suède ou de la Norvège, où l’usage du cash a effectivement été ramené à la portion congrue. Dans le même temps, l’offensive contre les espèces est bien réel, qu’elle soit le fait des Etats, qui souhaitent limiter leur usage pour lutter contre la fraude sociale, le blanchiment ou le financement du terrorisme, ou des banques, qui font la promotion de la carte, beaucoup plus rentable pour elles.

Poutant, la cashless society n’est sans doute pas pour demain. Une récente étude de la Banque centrale européenne (1) le montre : le cash fait mieux que résister. « (...) L’usage des espèces en point de vente reste très répandu dans la plupart des pays européens », indique la BCE, qui remet en cause « l’idée d’une accélération du remplacement du cash par des moyens de paiement cashless. »

Le Sud et l’Est contre le Nord

Selon les estimations de la BCE, le cash domine toujours largement les paiements effectués en points de vente physiques (commerces, restaurants, stations essence, etc.) : il est impliqué en 2016 dans 79% des achats, contre 19% pour la carte bancaire. Les paiements en espèces dominent également en valeur : ils représentent 54% des sommes dépensées par les ressortissant(e)s de la zone euro, contre 39% pour la carte.

Le cash résiste particulièrement bien dans deux zones géographiques : l’Europe centrale (Allemagne, Autriche et Slovénie) et du Sud (Grèce, Chypre, Malte), où son usage dépasse les 80%. Sans surprise, les pays du Nord ont eux déjà opéré leur transition vers le cashless : aux Pays-Bas, en Estonie ou en Finlande, les espèces représentent moins de 54% des paiements.

En France, le cash limité aux petits montants

La France, elle, est en position intermédiaire, avec 68% des paiements du quotidien effectués en cash. Elle se distingue toutefois par un usage concentré sur les paiements de petit montant. L’argent liquide ne représente ainsi que 28% des montants payés, un chiffre parmi les plus bas de la zone euro, tout juste supérieur à celui des Pays-Bas (27%).

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D’autres chiffres indiquent que le seuil de passage à la carte est plus bas en France qu’ailleurs. Le montant moyen d’un paiement en cash dans l’Hexagone est le plus bas de la zone euro, à égalité avec le Portugal : 7,50 euros, contre 12,40 euros en moyenne générale. Et seulement 3% des paiements de 100 euros et plus se font en liquide. C’est là encore le plus faible chiffre de la zone euro, très loin de la Grèce (26%).

Les Français sont aussi les Européens qui emportent le moins d’espèces avec eux : 32 euros en moyenne, contre 65 euros dans la zone euro. Logique : ils ne retirent que 29 euros en moyenne à chaque passage au DAB, contre 109 euros par exemple pour les Allemands. Enfin, ils sont moins enclins que leurs voisins à faire des réserves de cash : seuls 15% d’entre eux gardent de l’argent liquide chez eux, contre près d’un quart des Européens

Une absence de choix ?

Au-delà du constat, la BCE cherche des éléments d’explication à la résistance du cash. Car il y a un paradoxe : « Lorsqu’on interroge les consommateurs sur leurs moyens de paiement préférés, une large part déclare préférer la carte, alors même qu’ils utilisent plus souvent le cash », constate l’étude. La carte est notamment plébiscitée par 66% des Français.

La BCE fait cette hypothèse : si les ressortissants de la zone euro utilisent à ce point le cash, c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas le choix. Les deux tiers des paiements en points de vente physique, en effet, sont d’un montant inférieur à 15 euros, un seuil en dessous duquel les commerçants n’acceptent pas toujours la carte. Et la même proportion d’achats se fait dans des petits commerces, pas toujours équipés de terminaux de paiement. D’où cette conclusion de la BCE : « On peut supposer que dans des pays où l’acceptation de la carte est encore faible, l’usage du cash diminuera quand l’infrastructure de paiement par carte s’améliorera ».

(1) « The use of cash by households in the euro area », publiée en novembre 2017.