Linvestissement en résidences seniors na pas toujours eu bonne presse ! La faute à des résidences « ancienne génération » qui ont laissé certains propriétaires criblés de dettes. Mais la réglementation sest resserrée, les gestionnaires de résidences ont changé, et le marché du logement de personnes âgées na jamais cessé de se développer ! Selon les dernières statistiques de lInsee, en 2017, les Françaises de 60 ans ont encore une espérance de vie de 27,5 ans (contre 23,1 ans pour les hommes). A 80 ans, les femmes peuvent espérer vivre encore 11 ans en moyenne, les hommes 9 ans ! En 2018, lInsee recense plus de 6 millions de seniors ayant dépassé les 75 ans, contre un peu moins de 4 millions en 1998.
De quelles résidences parle-t-on ?
Attention à la confusion parmi les multiples familles de logements dédiés aux personnes âgées ! Si l'on vous propose d'« investir dans une résidence senior », le plus souvent, cela signifie investir dans une résidence de services pour seniors, ou « RSS ». Il s'agit de résidences privées non médicalisées, pour personnes âgées non dépendantes, et elles constituent une offre dhabitat résidentiel intermédiaire. Les RSS ne font pas lobjet dune autorisation administrative. Les « services » associés ? Restauration, animations, salle de sport ou de détente, etc. A ne pas confondre, donc, avec des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou autres « maisons de retraite » médicalisées : un investissement répondant à une logique proche, fiscalement parlant, mais plus contraignant car lié à un agrément pour l'exploitant. A ne pas confondre, non plus, avec la « résidence autonomie », les ex « logements-foyers » qui sont créés en réponse à un appel à projets des départements.
Combien coûte linvestissement ?
Tout dépend du marché immobilier local : « Selon la zone et le bien, vous pouvez investir 50 000 à 250 000 euros ! » répond Morgane Mathot, ingénieure patrimoniale à lInstitut du patrimoine. « Les budgets dinvestissement sont extrêmement variables selon les types de logements et dun territoire à un autre », confirme Julien Bey, directeur général de Domitys Invest. « En moyenne, un appartement sachète 160 à 170 000 euros hors taxes. » A ce montant HT, il faut évidemment ajouter les divers frais dacquisition immobilière, puisque cet achat nécessite de passer par le notaire. Il faut aussi signer un bail commercial, conclu entre lacquéreur particulier et lexploitant de la résidence seniors.
Quelle rentabilité pouvez-vous espérer ?
Morgane Mathot, qui représente un groupe de conseillers en gestion de patrimoine, et Julien Bey, porte-parole dun gestionnaire de résidences seniors, saccordent sur la rentabilité envisageable : 4% à 4,5%. Une rentabilité qui sentend « nette de charges », insiste Julien Bey, même si les pratiques varient selon les exploitants de résidences : « Lexploitant paie les charges courantes et dentretien », ajoute Julien Bey. La plupart des exploitants paient ces charges, comme le confirme Morgane Mathot : « Dans lidéal, le propriétaire na que la taxe foncière à payer et lassurance habitation. »
Quelle fiscalité pour cet investissement ?
Linvestissement en résidences senior répond principalement à une logique de défiscalisation. Cest cette carotte fiscale « qui permet de multiplier la rentabilité » comme le souligne lingénieure patrimoniale Morgane Mathot. Deux voire trois options soffrent à vous. Les deux principales, en optant pour un statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) : « Vous pouvez investir en LMNP sur 9 ans, en Censi-Bouvard [réduction dimpôt équivalente à 11% de la valeur du bien, répartie sur 9 ans, NDLR], ou viser un amortissement sur 20 ans », explique Morgane Mathot.
« Financièrement parlant, lamortissement est plus rentable, mais tout dépend de lobjectif »
« Financièrement parlant, lamortissement est plus rentable, mais tout dépend de lobjectif », et surtout de la durée d'investissement souhaité. Plus concrètement, lamortissement permet de déduire, chaque année, une partie de la valeur du bien immobilier [hors foncier, NDLR] ainsi que du mobilier et des équipements. Complexe, le système de lamortissement vous permet, in fine, dêtre peu imposé sur vos loyers perçus : la déduction de lamortissement peut gommer la majeure partie de limpôt annuel dû sur vos loyers (schématiquement 80%), et elle est reportable dune année sur lautre. Par ailleurs, en achetant un bien neuf en LMNP, vous avez la possibilité de récupérer la TVA, sous conditions (durée de détention, niveau de services, etc.).
Il existe une alternative au statut LMNP : Julien Bey, directeur général de Domitys Invest, met en avant « la location nue avec la réduction dimpôt Pinel, avec un bail de 6, 9 ou 12 ans, au choix de linvestisseur, puis une promesse de prise à bail commercial pour passer en meublé au terme de la défiscalisation ».
Les victimes des résidences « ancienne génération »
De nombreux particuliers ayant investi lors des années 70-90 sur les résidences pour seniors ont payé le prix fort : appartements initialement vendus à des prix trop élevés, difficultés à louer ou à revendre, multiplication des charges à régler, y compris des charges de copropriété parfois très élevées, etc. Des affaires ayant basculé sur le terrain judiciaire. Certaines procédures sont encore en cours. Des déboires se poursuivent parfois encore aujourdhui, certains propriétaires ayant hérité dun bien acquis par leurs aïeux.
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Sur quels points du contrat porter attention pour éviter les risques ?
Bien survendu, ou inlouable ? Les dérives des années 70-90 appartiendraient au passé. La loi « adaptation de la société au vieillissement » (ASV) de décembre 2015 a aidé à mettre de l'ordre dans les statuts et dans les tarifs de ces résidences. Surtout, les résidences dites « nouvelle génération », lancées depuis le début des années 2000, accueillent quasi exclusivement des locataires. Cela permet théoriquement de réduire les risques en limitant les charges reposant sur les propriétaires.
Les promoteurs parlent à lenvi de résidences « nouvelle génération » pour bien marquer la fin des pratiques du passé. « Mais attention », prévient Morgane Mathot, de lInstitut du patrimoine : « Aujourdhui encore, il existe de bons et de mauvais investissements. Il faut bien choisir son gestionnaire. Nous nous basons sur lhistorique de lexploitant, ce qui permet de sassurer de la bonne gestion et du bon taux doccupation des résidences existantes. Cette antériorité donne un bon indice de fiabilité. » Attention à investir dans un projet où la demande locative est réelle, en préférant donc la proximité des agglomérations.
« Toujours lire et relire le bail commercial »
Julien Bey, de Domitys Invest, insiste sur la garantie proposée à ses investisseurs, quel que soit leur choix (LMNP ou Pinel) dun point de vue fiscal : « Le fait de louer directement à lexploitant, Domitys, permet à linvestisseur de toucher son loyer que le logement soit occupé ou non. » Morgane Mathot invite elle les investisseurs à « toujours lire et relire le bail commercial » : « Bien vérifier qui paie les charges, y compris lorsque le logement nest pas loué, qui paie les frais de réaménagement entre deux locataires, etc. Pour que linvestissement soit sécurisant, ces frais doivent être à la charge de lexploitant ! » Pour limiter les risques, mais aussi pour être assisté dans le calcul de lamortissement par exemple, il est recommandé de faire appel à un conseiller financier, indépendant de lexploitant de la résidence, avant dinvestir.
A qui sadresse cet investissement ?
Sil souligne sans surprise que cet investissement sadresse « à tous les épargnants », Julien Bey, de Domitys, reconnaît quil plaît à un public ciblé : « Dans les faits, nous avons beaucoup dinvestisseurs qui, à lapproche de la retraite, cherchent à générer des revenus complémentaires pour bien la préparer. » Cet investissement répond aussi avant tout à une logique de défiscalisation, et sadresse donc aux foyers aisés, figurant dans les tranches supérieures du barème de limpôt sur le revenu.
Pourrez-vous loger dans votre appartement ?
Les résidences « nouvelle génération » séparent très clairement locataires et propriétaires-investisseurs. Quand vous achetez un appartement, ce nest donc désormais plus pour y passer vos vieux jours. Dautant que le logement risque dêtre occupé le jour où vous en auriez besoin. Chez Domitys, « 97% des résidents sont locataires », mais « les investisseurs ont un droit doccupation prioritaire dans les résidences du groupe », ajoute Julien Bey. Un droit doccupation prioritaire que ne prévoient toutefois pas tous les exploitants.
















