Et si quelques centimes disparaissaient du jour au lendemain à la pompe ? Face à la flambée des prix des carburants, les certificats d'économies d'énergie (CEE) se retrouvent dans le viseur. Bruno Le Maire a notamment appelé à supprimer ce dispositif qu'il juge « coûteux et pas efficace ». Une proposition également défendue ces derniers jours par plusieurs responsables politiques.
Sur le papier, le principe des CEE est assez simple. Les vendeurs d'énergie (électricité, gaz, fioul ou encore carburants) sont soumis à des obligations d'économies d'énergie. Pour les remplir, ils peuvent notamment financer des travaux chez les particuliers. Mais le coût du dispositif est intégré aux prix facturés aux consommateurs.
Combien cela représente-t-il à la pompe ? C'est là que les estimations divergent. Dans son rapport de 2024, la Cour des comptes évaluait le coût des CEE à 7,3 centimes par litre de carburant en 2023. Plus récemment, les représentants de la filière pétrolière ont avancé un montant compris entre 15 et 17 centimes par litre. La hausse des obligations prévue pour la période 2026-2030 explique notamment une partie de cet écart.
Avant son entrée en vigueur, l'administration estimait elle-même que le coût des CEE sur les carburants pourrait atteindre environ 11,4 à 13,7 centimes par litre, selon le prix du certificat. Supprimer les CEE ne permet donc pas d'affirmer que le litre de carburant baisserait automatiquement de 15 ou 17 centimes. Il s'agit du coût estimé du dispositif, pas d'une taxe identifiable dont la suppression serait mécaniquement répercutée à l'euro près.
Des milliards qui financent aussi les travaux des ménages
Mais surtout, ces milliards ne disparaissent pas dans la nature. Les CEE constituent aujourd'hui l'un des principaux outils de financement de la transition énergétique. Depuis le 1er janvier 2026, le dispositif est entré dans sa sixième période, qui doit durer jusqu'à fin 2030. Son coût global est estimé à environ 8 milliards d'euros en 2026, contre 6 milliards en 2025.
Une enveloppe qui ne sert pas uniquement à rénover les logements. Les CEE financent également des programmes liés aux transports, au leasing social, à l'industrie ou encore à la lutte contre la précarité énergétique. Mais ils jouent désormais un rôle particulièrement important pour certains travaux chez les particuliers.
Depuis le 1er septembre, MaPrimeRénov' « par geste » a justement été recentrée sur les systèmes de chauffage décarbonés. Exit notamment les aides MaPrimeRénov' pour les travaux d'isolation réalisés seuls : les forfaits concernent désormais essentiellement les pompes à chaleur et le raccordement à un réseau de chaleur.
Les CEE, eux, peuvent continuer à financer certains travaux réalisés isolément. Et les pouvoirs publics ont fortement renforcé leur soutien aux pompes à chaleur : depuis octobre 2025, le volume de CEE attribué pour le remplacement d'une chaudière au gaz, au fioul ou au charbon par une pompe à chaleur air/eau est multiplié par cinq.
Pompe à chaleur : le remède miracle pour faire baisser la facture d'énergie des logements ?
« Aujourd'hui, le marché de la pompe à chaleur est dynamique. On a de plus en plus de pompes à chaleur qui sont installées. Et c'est entre autres grâce aux CEE », assure à MoneyVox Sylvain Le Falher, cofondateur d'Hello Watt.
« Enlever une aide qui peut couvrir jusqu'à la moitié du prix »
Pour certains ménages, la différence se chiffre en milliers d'euros. « Enlever une aide qui peut couvrir jusqu'à la moitié du prix d'une pompe à chaleur aura un réel impact », prévient Sylvain Le Falher. Il prend l'exemple d'un ménage très modeste qui peut, dans certaines configurations, cumuler MaPrimeRénov' et CEE pour ramener fortement le reste à charge d'une installation facturée 14 000 ou 15 000 euros.
MaPrimeRénov' prévoit à elle seule, en 2026, jusqu'à 5 000 euros pour une pompe à chaleur air/eau pour un ménage aux revenus très modestes, contre 4 000 euros pour un ménage modeste et 3 000 euros pour un ménage aux revenus intermédiaires. Les CEE peuvent venir compléter cette somme, leur montant variant selon le logement, les caractéristiques de l'installation, les revenus et l'offre proposée.
Supprimer les CEE sans compensation ferait donc mécaniquement disparaître cette deuxième source de financement. Une solution pourrait consister à faire reprendre tout ou partie de l'effort par l'Etat. Mais cela reviendrait à déplacer la facture vers les finances publiques, ce qui ne semble pas aujourd'hui à l'ordre du jour. A titre de comparaison, le budget consacré à MaPrimeRénov' atteint 3,6 milliards d'euros en 2026, quand l'ensemble du dispositif des CEE représente une enveloppe bien supérieure et finance de nombreux secteurs au-delà du logement.
Supprimer les CEE... ou les réformer ?
Une interruption, même temporaire, pourrait également laisser des traces. « Quand il y a ce genre d'événement, le coup d'arrêt ne dure pas un ou deux mois », estime Sylvain Le Falher. Selon lui, les changements successifs d'aides ont déjà montré que les ménages et les professionnels avaient besoin de visibilité avant d'engager des travaux coûteux.
Cela ne signifie pas pour autant que le dispositif est exempt de critiques. Dans son rapport de 2024, la Cour des comptes pointait son coût croissant, sa complexité, les risques de fraude et surtout une surestimation d'au moins 30% des économies d'énergie revendiquées pour 2022 et 2023. Elle appelait à une réforme profonde du dispositif.
Une piste pourrait alors consister non pas à supprimer tous les CEE, mais à faire le tri dans les opérations financées. « Il y a peut-être un travail à faire sur les différents gestes qui sont aidés », reconnaît lui-même Sylvain Le Falher, qui défend en revanche le soutien actuel aux pompes à chaleur.
Car derrière le débat sur les centimes gagnés à la pompe se cache finalement un choix de financement. Supprimer les CEE réduirait le coût supporté par les consommateurs d'énergie, mais ne supprimerait pas le coût des politiques qu'ils financent. Pour continuer à soutenir la rénovation énergétique au même niveau, il faudrait donc trouver plusieurs milliards ailleurs.

















