« Une année inattendue qui bat tous les records » pour Sotheby's International Realty en France et à Monaco, qui a réalisé près de 2 milliards d'euros de ventes, en forte hausse de 40% par rapport à 2024.

Barnes aussi a connu « une belle année » qui s'est terminée avec un chiffre d'affaires 22% au dessus de celui de 2024, selon Thibault de Saint Vincent, président du groupe d'immobilier de luxe. Un rebond surprenant compte tenu des « crises à répétition » sur le plan géopolitique et politique, surtout en France, poursuit-il. Il se réjouit néanmoins de cette reprise après deux années de repli, ce qui « n'était jamais arrivé » auparavant.

Charles-Marie Jottras, président du réseau Daniel Féau, a aussi fait « un peu mieux qu'en 2024 ». « Je m'attendais à des bons chiffres, mais pas si bons que ça », s'étonne Alexander Kraft, PDG de Sotheby's pour la France et Monaco. « Le marché a été solide dans le monde entier », ajoute-t-il auprès de l'AFP.

« Valeur refuge »

Pour lui, « tout le monde s'est habitué à la folie politique et géopolitique. Les individus se sont dits que le monde (était) devenu bizarre et fragile et qu'il vaut mieux sécuriser sa fortune ». Une attitude qui a paradoxalement rendu le marché moins nerveux qu'en 2024.

Et « l'immobilier de prestige reste la valeur refuge par excellence », rappelle Thibault de Saint Vincent. Daniel Féau, concentré sur le marché parisien et alentours, est un peu moins optimiste : « le marché est en train de revenir à un équilibre, mais les annonces politiques et géopolitiques entraînent encore de l'attentisme chez certains ».

L'activité de Sotheby's a surtout été tirée par le « très haut de gamme » et les ménages fortunés qui ont été « prêts à payer des prix extraordinaires » pour « la crème de la crème »: « des propriétés exceptionnelles » dans des lieux prestigieux, comme New York ou la Côte d'Azur.

Barnes note d'ailleurs dans son rapport annuel que le nombre de ménages ultra-riches, qui détiennent au moins 30 millions de dollars de patrimoine, a progressé de 20% en un an, passant de 351.010 individus en 2024 à 510.810.

Depuis 2004, le nombre d'ultra-riches a augmenté sept fois plus vite que le reste de la population. « C'est une vraie explosion », pour Thibault de Saint Vincent.

C'est ce segment de la clientèle qui concentre l'activité de l'immobilier de luxe : les ultra-riches ne pèsent qu'1% au sein des 41,3 millions d'individus millionnaires du monde entier, mais ils détiennent près d'un tiers des richesses de cette population.

Marbella ou Aspen

« Au fur et à mesure de toutes les crises récentes, les richesses se concentrent de plus en plus. Ces crises successives réduisent la richesse de la classe moyenne au profit des UHNWI », les ultra-riches, relève le président de Barnes.

« Ce sont 500.000 clients qui font le marché immobilier haut de gamme », poursuit Thibault de Saint Vincent. Et en 2025, leur tendance a été de transformer des lieux de villégiature en villes à l'année.

« On est sur l'étape d'après » le Covid, selon lui. « Avant, c'était une décision coup de tête face à la pandémie puis, avec du recul, on se demande où s'installer en Europe ou dans le monde, puisqu'on est déjà détaché du lieu de vie principal avec le télétravail », explique-t-il.

Thibault de Saint Vincent cite les exemples de Marbella (Espagne) ou Aspen (États-Unis), où les plus aisés semblent vouloir passer plus que quelques semaines, grâce au télétravail.

Sur le marché français, l'élection de Donald Trump en 2024 a poussé certains Américains vers Paris, selon Charles-Marie Jottras.

Mais le patron de Daniel Féau note surtout un « mouvement très fort » face aux discussions de la taxation des plus hauts patrimoines, dans le cadre du budget de l'État pour 2026.

« Après la dissolution et surtout depuis mi-2025 et les discussions de projet de taxe différentielle, de rétablissement de l'ISF, de taxe sur les holdings, plus de personnes demandent à estimer leur bien » et envisagent de déménager à l'étranger, rapporte-t-il.