Entre fin septembre et début octobre, le taux moyen des crédits à la consommation a fait un bond d'un quart de point. Une conséquence immédiate de la hausse des seuils de l'usure, les taux maximum auxquels les banques peuvent prêter de l'argent. Mais elle n'a toutefois pas les mêmes impacts que pour le crédit immobilier.

Vous faites peut-être partie des nombreux Français qui ont découvert, ces dernières semaines, l'existence des seuils de l'usure. Ces derniers, en effet, ont fait l'objet d'une médiatisation inédite. Avec, en toile de fond, un enjeu : l'accès des ménages au crédit.

Publiés par la Banque de France, ils fixent, pour un trimestre, les seuils des taux appelés TAEG que les banques ne sont pas autorisées à dépasser. Pour les calculer, la Banque de France s'appuie sur la moyenne des taux effectivement pratiqués au cours des mois précédents, selon le type de prêt, puis les augmente d'un tiers. En clair, le dispositif est conçu pour limiter la tentation des banques de s'éloigner des normes du marché. Au profit, en théorie, des emprunteurs.

Pourquoi alors le taux d'usure a-t-il soudainement fait la une ? Tout simplement parce que certains acteurs — des courtiers d'abord, des établissements de crédit ensuite — ont pointé un effet pervers du système : les seuils de l'usure limitent actuellement la capacité des banques à répercuter la hausse du coût d'accès aux ressources qu'elles utilisent pour prêter. En effet, cette hausse est pour le moment forte et rapide, tandis que les taux de l'usure subissent une forte inertie, en raison de leur mode de calcul et de leur fréquence de mise à jour.

Un contexte très particulier, qui a une conséquence : les banques se retrouvent contraintes de fermer la porte à certains profils d'emprunteurs, ceux qui représentent le plus de risques pour elles : les modestes, les plus âgés ou ceux qui sont en moins bonne santé.

Pas de blocage pour le crédit conso

Ce risque de blocage pèse toutefois surtout sur le prêt immobilier. Il n'affecte qu'à la marge le crédit à la consommation. « Le marché des prêts personnels est plus fluide », analyse Sergio Monteiro, fondateur du comparateur Checkmoncredit.fr. « Le produit est rentable et les banques ont intérêt à continuer à le vendre. La hausse des taux y est, par ailleurs, plus indolore pour l'emprunteur, puisque les sommes empruntées sont inférieures ».

Résultat : on n'observe pas, à ce stade, de tensions sur l'octroi liées à l'usure. Au contraire : les derniers chiffres communiqués par l'ASF (1), ceux du mois d'août, confirment le dynamisme de l'activité, en hausse de 10% sur les 8 premiers mois de l'année.

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« Un verrou a sauté »

Pour autant, le relèvement des taux de l'usure, intervenue le 1er octobre, n'a pas été sans conséquence pour les prêts personnels. Les nouveaux seuils publiés par la Banque de France ont, en effet, bondi de 26 points de base (pdb), de 9,87% à 10,13%, pour les prêts d'un montant supérieur à 3 000 euros et inférieur ou égal à 6 000 euros ; et de 40 pdb, de 4,93% à 5,33%, pour les prêts d'un montant supérieur à 6 000 euros.

Comme pour les crédits immobiliers, l'impact de cette mise à jour a été quasi immédiat : les établissements en ont profité pour relever leurs grilles. Selon Checkmoncredit.fr, le taux moyen des prêts personnels, tous projets, tous montants et toutes durées confondues, a augmenté de 23 pdb entre la fin septembre et la mi-octobre, pour atteindre 4,46%. A titre de comparaison, la hausse entre début janvier et fin septembre avait été de « seulement » 60 pdb. « Un verrou a sauté », résume Sergio Monteiro.

Chaque mois, MoneyVox vous propose, en partenariat avec le comparateur de crédits à la consommation CheckmonCredit.fr, son baromètre des taux. Il présente les taux moyens pratiqués dans une trentaine de banques, assurances et organismes de crédits, selon le type de projet, le montant du financement et la durée de remboursement souhaitée.

Le baromètre des taux - Octobre 2022
Automobile
(neuf et occasion)
Sur 12 moisJusqu'à 36 moisJusqu'à 60 moisJusqu'à 84 mois
Jusqu'à 5 000 euros
Taux excellent2,29%3,63%4,20%5,27%
Taux moyen7,58%7,79%6,93%6,75%
Jusqu'à 15 000 euros
Taux excellent0,90%2,83%3,28%3,95%
Taux moyen3,12%4,12%4,43%4,81%
Jusqu'à 40 000 euros
Taux excellent0,88%2,75%3,26%3,92%
Taux moyen2,82%3,92%4,26%4,69%
TravauxSur 12 moisJusqu'à 36 moisJusqu'à 60 moisJusqu'à 84 mois
Jusqu'à 5 000 euros
Taux excellent3,36%3,79%4,52%4,51%
Taux moyen7,80%7,91%7,02%6,52%
Jusqu'à 15 000 euros
Taux excellent0,95%2,72%3,16%3,52%
Taux moyen3,20%4,10%4,41%4,71%
Jusqu'à 40 000 euros
Taux excellent0,91%2,66%3,17%3,54%
Taux moyen2,87%3,85%4,17%4,51%
Autres prêts
personnels
Sur 12 moisJusqu'à 36 moisJusqu'à 60 moisJusqu'à 84 mois
Jusqu'à 5 000 euros
Taux excellent2,98%4,21%4,95%5,45%
Taux moyen8,22%8,37%7,47%7,24%
Jusqu'à 15 000 euros
Taux excellent1,04%3,03%3,63%4,16%
Taux moyen3,41%4,40%4,73%4,98%
Jusqu'à 40 000 euros
Taux excellent1,13%3,04%3,61%4,17%
Taux moyen3,16%4,20%4,54%4,8'%

Taux à début octobre 2022. Données fournies par le comparateur de crédits à la consommation CheckmonCredit.fr

Des nuages, pas encore de tempête

Pour autant, ces hausses sensibles ne devraient pas réduire, à elles seules, l'accès au prêt personnel. Plus que l'évolution des taux, c'est surtout la dégradation de la situation financière des ménages, en lien avec l'inflation, qui fait peser un risque de durcissement des conditions d'octroi. On n'en est pas encore là. « Les nuages s'amoncellent, mais il n'y a pas encore de tempête, même si plusieurs établissements financiers ont déjà pris des dispositions pour limiter le risque sur les nouveaux dossiers », conclut Sergio Monteiro.

Crédit conso : le comparatif des offres en ligne

(1) Association française des Sociétés Financières, dont les adhérents représentent près de 50% de l'encours de l'ensemble des établissements de crédit