Vous empruntez seule ou seul ? La banque va nécessairement réclamer une assurance « à 100% », couvrant toutes vos mensualités en cas de pépin. Vous empruntez en couple ? Là, personne ne vous oblige à vous assurer à 100% chacun. Ce qu’il faut savoir pour optimiser votre assurance emprunteur, sans avoir à faire jouer la concurrence.

Un couple de trentenaires achète son tout premier bien immobilier, leur résidence principale, et doit pour cela emprunter 200 000 euros. Ils obtiennent un crédit sur 20 ans à 1%, taux immobilier accessible pour de très nombreux candidats à la propriété aujourd'hui. Si ce couple va au bout de ses 20 ans d’échéances, la facture des intérêts d’emprunt (le « coût du crédit ») va grimper jusqu’à 20 749 euros.

La banque va évidemment réclamer une assurance emprunteur (facultative… mais demandée systématiquement) : si l’un des emprunteurs décède, est frappé par une invalidité ou par une incapacité de travail, c’est l’assureur qui prendra le relais pour rembourser les mensualités de crédit. Cette assurance a un coût, qui prend de plus en plus de poids face aux intérêts en cette période de taux bas. Facture globale pour ce couple, en optant pour l’assurance bancaire sans négocier, dans la conditions actuelles (1) : 14 000 euros ! Ce qui porte à près de 35 000 euros le coût des intérêts et de l’assurance, pas loin de doubler la note…

Bien sûr, l’assurance emprunteur est ouverte à la concurrence ! Suite aux lois successives à ce sujet, en 10 ans, vous êtes censé être libre de choisir votre assurance avant de signer votre crédit, puis d’en changer, à condition de s’y prendre au bon moment. Sauf que… les banques font rarement preuve de bonne volonté, même le gendarme bancaire (2) ayant pointé des « pratiques de nature à décourager » l’emprunteur voulant faire jouer la concurrence.

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Vous n’avez pas le courage de vous lancer dans une bataille pour l’assurance emprunteur avec votre banquier ? Sans avoir à négocier, vous pouvez demander d’adapter la couverture à vos besoins réels

Couple : s’assurer à 100%, 150% ou 200%, ça change quoi ?

Les « quotités » d’assurance emprunteur, ça vous parle ? Quand vous empruntez seul, la banque réclame une couverture à 100% : en cas de décès ou d’accident grave vous touchant et vous empêchant de rembourser, la banque s’assure de récupérer les échéances à 100%. En revanche, quand vous empruntez en couple, rien ne vous oblige à vous couvrir à 100% chacun (dans le jargon, on parle d’assurance à « 200% »).

La banque va réclamer une quotité globale de 100% (50%+50%) au minimum. Vous avez le droit de jouer sur cette quotité : 30% « sur la tête » (du jargon, là encore) du membre du couple qui gagne moins, et 70% sur celle de celui qui gagne plus. En cas de pépin, pour une mensualité de 1 000 euros, si la première personne (assurée à 30%) se retrouve en incapacité de travail, l’assureur prend en charge 300 euros chaque mois. Et 700 euros si c’est l’autre personne qui ne peut plus travailler.

Selon la répartition des revenus au sein du couple d’emprunteurs, vous pouvez choisir du 30/70 ou encore 40/60. Ou encore couvrir l’un à 50% et l’autre à 70%, par exemple, pour limiter les risques.

Choisir du 50/50 plutôt que du 200%, ça coûte moins cher ?

Oui. L’impact tarifaire de la modulation des quotités est simple : couvrir à 100% (50%+50%) au lieu de 200% (100%+100%) divise tout simplement la facture par deux.

Reprenons le couple évoqué plus haut : un crédit de 200 000 euros sur 20 ans, avec une assurance emprunteur bancaire « standard ». Ce couple obtient un taux d’assurance – ce taux qui apparaît plus ou moins en évidence sur votre simulation de crédit – de 0,175% « par tête », soit 0,35% à deux.

Un couple qui emprunte 200 000 € sur 20 ans
Quotité d'assurance emprunteurCoût total de l'assuranceCoût mensuel de l'assurance
100% sur chaque co-emprunteur14 000 €58 €
50% sur chaque co-emprunteur7 000 €29 €

Simulation pour un couple de 30 ans, non fumeur, qui opte pour l'assurance emprunteur « groupe » standard (à cotisations fixes) de sa banque. Calculs MoneyVox, moyennes tarifaires fournies par Actélior.

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Les couples d’emprunteurs profitent-ils en masse de ce possible « rabais » ? Non. La norme reste le « 100% par tête », comme le confirme MMA Vie : « C’est la majorité des contrats emprunteurs », et ce même si les emprunteurs assurés chez MMA ont fait la démarche de solliciter un assureur concurrent de leur banque. Motif de ce choix : qu’en cas de problème (décès, invalidité…), le conjoint n’ait plus aucune charge de remboursement !

Cotisations d’assurance fixes ou dégressives ?

L’assurance emprunteur est un produit complexe. Le contrat « classique » et traditionnel, dans une banque, est à échéance fixe : la cotisation mensuelle est calculée sur la base du capital emprunté et ne bouge pas pendant toute la durée du crédit. Cela reste la méthode standard au Crédit Agricole ou au Crédit Mutuel, entre autres, selon nos informations.

Mais la Caisse d’Epargne, la Banque Populaire ou encore La Banque Postale optent désormais pour une cotisation mensuelle calculée sur le capital restant dû (ce qu’il vous reste à rembourser, et qui diminue chaque mois…). Vous payez donc une plus grosse cotisation d’assurance les premières années, une plus faible les dernières.

Ce choix a une importante incidence sur le coût global de l’assurance (moins chère sur 20 ans, plus chère si vous rachetez rapidement votre crédit), mais l’impact du jeu des quotités reste le même. Même avec des cotisations dégressives, passer de 200% à 100% divise la facture par deux.

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Un rabais possible en restant à « 200% » ?

Oui. Restons sur l’exemple de ces emprunteurs trentenaires : ce couple étant fidèle à sa banque, il peut espérer une « réduction couple » sans avoir à la réclamer, précise David Echevin, directeur général d’Actélior, qui a réalisé le bilan remis sur les tarifs d’assurance emprunteur au Comité consultatif du secteur financier en 2020.

Combien ? Au lieu des 14 000 euros de coût global (58 euros par mois) ci-dessus, ce couple peut ainsi viser « 12 500 euros en cas de réduction couple » (52 euros par mois) selon David Echevin.

Pourquoi vous avez tout intérêt à évoquer l’assurance de prêt

Si vous commencez à parler du coût de l’assurance de prêt avec votre banquier, avant de signer votre crédit, vous avez de grandes chances d’obtenir un rabais. Selon nos informations certaines banques mutualistes vont jusqu’à sabrer le prix d’une couverture à « 200% », pour un couple, en leur faisant payer cette garantie complète à 120% du prix théorique…

« Dans les banques qui continuent à proposer une échéance d’assurance fixe, les taux sont de plus en plus difficilement lisibles », affirme Isabelle Delange, présidente de Sécurimut. Mais, comme souvent, seuls les meilleurs dossiers d’emprunteurs profitent de rabais conséquents sur l’assurance emprunteur : « Les rabais se font à la tête du client. La négociation avantage toujours les meilleurs dossiers, les emprunteurs les plus débrouillards, ou les plus riches. »

« Les banques font tout pour éviter que les emprunteurs ne changent d’assurance après la signature du prêt, confirme Sandrine Allonier, directrice des études du courtier Vousfinancer. Alors elles adaptent leurs tarifs ! » Traduction : les banques cassent les coûts dès le départ, quand les emprunteurs le demandent, pour limiter le risque de les voir partir à la concurrence plus tard

Penchez-vous aussi sur les garanties

Certaines garanties optionnelles de l’assurance emprunteur sont coûteuses et (quasi) inutiles. L’exemple le plus évident est la garantie perte d’emploi, qui ne couvre souvent qu’une durée limitée de chômage… et qui ne s’active pas toujours immédiatement après la perte d’emploi. A étudier.

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(1) Moyennes et simulations calculées avec les calculatrices MoneyVox sur la base des données d’Actélior, cabinet d’actuariat ayant réalisé le bilan 2020 de l’assurance emprunteur pour le compte du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), entité paritaire (banques, assureurs, courtiers, associations de consommateurs, etc.) rattachée à la Banque de France.

(2) Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.