Cest, parmi les effets de la crise sanitaire sur la situation économique, un des plus contre-intuitifs. Fin 2020, au terme dune année historique où le PIB de la France a chuté de plus de 8%, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) était en baisse, selon les chiffres de lInsee : 8% de la population, contre 9,1% un trimestre plus tôt et 8,1% fin 2019, soit avant la crise !
Evidemment, personne nest dupe. Cette baisse du taux de chômage est en trompe-lil. Elle est la conséquence de la situation sanitaire qui a fait basculer une partie des chômeurs dans linactivité, et les a donc fait disparaître des statistiques, parce que les contraintes les empêchent de chercher du travail, parce que le secteur qui les emploie dhabitude est à larrêt
La réalité, cest que la crise du Covid a déjà et continuera à avoir un impact lourd sur lemploi, et que cela nest pas sans conséquence. Sur la capacité de certains à emprunter de largent pour acheter leur résidence principale, notamment. Avec la hausse des risques de chômage, les banques regardent de plus en plus près le secteur dactivité de lemprunteur. Le courtier spécialisé Magnolia a aussi remarqué que certaines banques - il cite notamment le Crédit Agricole - demandaient à certains candidats de souscrire, dans le cadre de leur assurance de prêt, une garantie perte demploi. Cest le cas, en particulier, pour celles et ceux travaillant dans des secteurs mis à larrêt par la crise : l'hôtellerie/restauration, l'événementiel ou le transport aérien
Lire aussi : Crédit immo : allez-vous devoir vous assurer contre le chômage pour emprunter ?
Sur le papier, cette précaution paraît logique, et potentiellement à lavantage de lemprunteur qui peut espérer voir ses mensualités prises en charge en cas de licenciement. Dans les faits, cest un peu plus compliqué. La garantie perte demploi, en effet, a plutôt mauvaise presse. « Cest un marché qui a du mal à prendre », confirme Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.com, un courtier spécialisé dans le crédit immobilier. « Aujourdhui, cette assurance tend à être de plus en plus souvent proposée, notamment dans certains établissements bancaires et dans certains contrats groupe de banques qui lintègrent automatiquement. Si cela peut savérer très rassurant, force est de constater quaujourdhui les modalités dapplication ne sont pas optimales. »
Car si chaque assureur a la main sur ses conditions générales, et quil existe bien sûr des différences dun contrat à lautre, les garanties perte demploi, facultatives, partagent certaines caractéristiques qui les rendent aujourdhui peu attractives. Les voici, résumées en 3 points.
1 - Des motifs de perte demploi limités
Principal handicap des garanties perte demploi actuellement proposées par les banques et les assureurs : elles ne couvrent que la « perte demploi involontaire ». Ce qui exclut logiquement du champ dindemnisation les démissions et les ruptures conventionnelles, mais pas seulement. Cest aussi le cas de certains licenciements quon dit « pour motif personnel » - et notamment des licenciements pour faute. Exit également les pertes demplois liées à la fin dun contrat à durée déterminée (CDD) ou le chômage partiel.
Finalement, ce sont surtout les licenciements dits « économiques », cest-à-dire justifiés par les difficultés économiques de son employeur ou par une réorganisation destinée à maintenir sa compétitivité qui sont couverts. Problème : ces derniers sont finalement assez rares en France. Difficile de trouver des chiffres récents sur le sujet. Selon une étude publiée en 2013 par la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et portant sur la période 2009-2012, seulement 8% des contrats de travail à durée indéterminée (CDI) prenaient fin suite à un licenciement économique. Toujours selon la Dares, le nombre de licenciements économiques est globalement en baisse depuis cette date et a atteint 134 500 personnes sur lannée 2018.
Le premier motif de départ était, de loin, la démission (56%), devant les licenciements autres quéconomiques (22%) et les ruptures conventionnelles (14%). Autant de cas de figures non couverts par les garanties perte demploi.
Assurance de prêt : comparer les meilleures offres tarifaires
2 - Des délais et une indemnisation partielle
Second coup de canif dans lattractivité des garanties perte demploi des banques et des assureurs : les délais. Délai de carence dabord : la plupart des contrats prévoient, entre la signature et leffectivité de la couverture, un délai qui peut aller de 6 à 12 mois. En clair, si vous perdez votre emploi dans lannée qui suit la signature de votre crédit immobilier, il y a de bonnes chances que votre banque ou assureur refuse de prendre à sa charge tout ou partie de vos mensualités.
Ce nest pas tout : même au-delà de la période de carence, cette prise en charge ne se déclenchera pas immédiatement : les contrats prévoient en effet souvent des délais de franchise, qui peuvent sétaler jusquà 6 mois entre le déclenchement du sinistre - la date de licenciement ou du début de la perception des indemnités de chômage - et lindemnisation effective. En résumé, si vous savez pouvoir retrouver rapidement du travail, il y a peu de chances que cette garantie vous soit utile.
Enfin, cest rarement lintégralité de la mensualité qui est prise en charge. Généralement, lassureur calcule lécart entre le salaire précédent et lindemnité de chômage perçue, applique la même décote à la mensualité et rembourse seulement la différence.
3 - Un rapport couverture / prix insuffisant
Des facteurs déclencheurs limités, des délais et des indemnités limitées On comprend pourquoi que la garantie perte demploi attire peu : le jeu en vaut rarement la chandelle. « Elle coûte entre 0,3% et 1% du capital emprunté selon l'âge et la profession de l'emprunteur », explique Magnolia dans un récent communiqué. Résultat : dans le contexte actuel, « la garantie perte d'emploi peut doubler le coût de l'assurance et faire échec à la demande de financement. Car cette dépense peut peser dans les charges servant à calculer le taux dendettement (et donc exclure les emprunteurs financièrement faibles) mais également le taux dusure, à ce jour encore très bas (donc exclure les emprunteurs à risque avec un taux dassurance élevée).
Reste une question : sur un marché concurrentiel, pourquoi aucune banque ni aucun assureur ne semblent tentés de proposer des offres plus compétitives, concernant une assurance qui a pourtant tout pour attirer les clients ? « Le risque de perdre son emploi est assez élevé, plus en tout cas que celui de décéder et de devenir invalide », répond Maël Bernier. Résultat : offrir « une bonne couverture coûterait trop cher à lemprunteur ».
Tout le monde nest pas éligible !
Vous souhaitez malgré tout souscrire une assurance perte demploi ? Il vous faudra remplir deux conditions : être salarié en CDI, et stabilisé dans votre entreprise depuis au moins 6 mois, en général et avoir moins de 50 ans. Les salariés en CDD ou en période dessai, les professions libérales, les commerçants, les agriculteurs, les travailleurs indépendants ne sont donc pas éligibles.
Plus d'infos sur l'assurance emprunteur




















