Carton rouge. Alors que les taux de crédit immobilier sont au plus bas, emprunter pour acheter un bien, vous coûte, en théorie, de moins en moins cher. Sauf quen pratique, à de rares exceptions près, la banque vous impose de prendre une assurance emprunteur. Cest elle qui va rembourser les mensualités restantes en cas de décès dun des emprunteurs ou en cas de souci de santé majeur lempêchant de travailler. Aujourdhui, le coût de cette protection quasi-obligatoire peut même dépasser le montant des intérêts du crédit à rembourser. Or, trop souvent, les acquéreurs se focalisent sur le taux de crédit proposé par la banque, sans accorder une importance suffisante à lassurance emprunteur.
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Pourtant, il est possible de changer dassurance pour réaliser des milliers d'euros déconomies. Cest ce que rappelle Sécurimut, un gestionnaire d'assurance emprunteur, dans une étude publiée mardi. Elle prend lexemple dun emprunt de 170 000 euros contracté sur 20 ans, au taux de 1,05% par un couple âgé de 40 ans, non-fumeurs et fonctionnaires. Tous les deux sont assurés chacun à 100% en Décès / Incapacité / invalidité. Alors que le coût total des intérêts sur la durée de ce crédit est de 18 548 euros, celui de lassurance emprunteur revient à 25 840 euros soit un TAEA (Taux Annuel Effectif de l'Assurance) de 1,38%. Or, à garanties équivalentes, il est possible de ne payer que 7 959 euros dassurance de prêt, en faisant jouer la concurrence, soit une économie de 17 881 euros sur 20 ans.
Des délais de réponse trop longs
Le gain potentiel est donc considérable pour la majorité des 7 millions de propriétaires remboursant un prêt. Chaque année, ils versent 7 milliards deuros de primes pour assurer leur crédit, dont près de 88% profitent aux banques. Car malgré le droit de changer dassureur en cours de route, les établissements bancaires gardent la mainmise sur ce magot à coups de pratiques anti-concurrentielles, dénonce Sécurimut. Dans son étude basée sur son portefeuille de dossiers, elle constate que 56% des banques ne respectent pas les délais légaux de 10 jours ouvrés à compter de la réception de la demande pour dire si elle accepte ou non la délégation. Cest 4 points de plus quen 2019. « Plus de 30% des emprunteurs attendent une réponse pendant 30 jours au moins », révèle lenquête.
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Mais ce nest pas tout. Lors des négociations pour obtenir le crédit, les pressions de la banque peuvent être nombreuses pour imposer lassurance emprunteur mais aussi lassurance habitation avec cet argument massue : « Si vous ne prenez pas lassurance chez nous, nous ne pouvons pas garantir ces conditions de crédit. ». A cela, peut sajouter cette information erronée : « Prenez lassurance de la banque, vous pourrez changer au bout dun an. » La banque renvoie lemprunteur chez lui... et ce dernier rate la possibilité de changer tout de suite dassurance. La banque gagne ainsi une année de plus !
Mais cette information est bel et bien erronée, car l'emprunteur peut changer d'assurance quand il le souhaite lors de la première année de crédit. Un droit trop largement méconnu...
Des manuvres dilatoires multiples
Passé ce délai dun an, il est encore possible daller voir ailleurs à chaque anniversaire de la signature du crédit. Mais les manuvres dilatoires sont multiples pour retarder le processus comme « des réponses volontairement partielles et multiples (date, montant, garanties ) pour faire traîner les substitutions et décourager les emprunteurs de changer. » Et ce nest pas fini. Même en cas dacceptation de changement dassureur par la banque, le parcours du combattant se prolonge avec par exemple « la modification unilatérale de la prise deffet du nouveau contrat, sans informer le client ou son mandant, ce qui engendre un risque de double prélèvement », explique Sécurimut.
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Depuis 2010, malgré trois lois pour renforcer le libre choix de lassurance de prêt, « lemprunteur qui souhaite changer son assurance de prêt se heurte toujours à des freins importants », note Sécurimut. Un constat partagé de longue date par les associations de consommateurs comme lUFC-Que Choisir, mais aussi par certains parlementaires comme la députée Patricia Lemoine qui veut permettre aux emprunteurs de changer d'assureur « à tout moment », et non plus une fois par an uniquement. Une première tentative a échoué à lautomne, mais elle ne désarme pas. « Vous pouvez compter sur ma pugnacité pour essayer de faire adopter prochainement cette résiliation à tout moment », expliquait alors à MoneyVox, la membre de la commission des finances de lAssemblée nationale.





















