Le regroupement de crédits, longtemps réservé aux ménages en difficultés, s’ouvre de plus en plus à de nouveaux publics, en quête de marges de manœuvre budgétaires. Son coût pour l’emprunteur, toutefois, reste plus élevé qu’un crédit classique. Voici pourquoi.

+20% : c’est la hausse, spectaculaire, des demandes de regroupements de crédit enregistrées en 2020 par l’un des acteurs de ce marché, Meilleurtaux. Une demande en forte croissance, donc, qui tend aussi à se diversifier. Certes, le regroupement de crédits reste un recours pour les ménages mal endettés qui souhaitent retrouver des marges budgétaires. Mais il attire de plus en plus souvent un autre profil d’emprunteur, qui souhaite restructurer sa dette pour dégager de la trésorerie en vue d’un nouveau projet. « C’est un produit qui fait moins peur, qui est mieux compris en tant qu’outil de gestion budgétaire », confirme Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.

Le regroupement de crédits, cette astuce pour financer un nouveau projet

Cette « gentrification », toutefois, ne change pas une caractéristique du regroupement de crédits : il reste coûteux pour l’emprunteur, relativement à un crédit amortissable classique. Quelles sont les composantes de son prix ? Ce surcoût est-il justifié ? Voici ce qu’il faut retenir.

Le taux d’intérêt

La première composante du prix d’un regroupement de crédit est bien sûr le taux d’intérêt. Le coût total du crédit sera, en effet, d’autant plus important que ce taux est haut, et que sa durée de remboursement est longue.

Le regroupement de crédit, par définition, concerne des ménages déjà endettés, parfois au-delà du raisonnable. Les banques spécialisées intègrent donc une prime de risque à leur grille de taux. Pour autant, elles ne sont pas si éloignées de celles en cours pour les opérations traditionnelles.

Tout dépend, en fait, du type de regroupement de crédits. On peut en distinguer 4, en fonction de 3 critères :

  • si le regroupement est garanti, ou non, par une hypothèque sur un bien immobilier ;
  • s’il appartient au régime du crédit conso ou du crédit immo. Rappel en effet : pour qu’un regroupement soit considéré comme un crédit immobilier, il faut que la part des crédits immo dépasse 60% du montant de la créance ;
  • si l’emprunteur est propriétaire ou non de son logement.

Qu’est-ce que ça change ? Beaucoup de choses. La garantie hypothécaire - en clair, la possibilité pour la banque de contraindre l’emprunteur à vendre son bien immobilier en cas d’impayés - ou le simple fait d’être propriétaire sécurisent la banque, qui sera plus disposée à faire un effort sur le taux. Quant au régime juridique, il change notamment le taux d’usure de référence, c’est-à-dire le taux annuel effectif global (TAEG) maximum applicable à un instant T qui est plus faible pour les crédits immo que pour les crédits conso. Dans le cas d’un regroupement sous régime immo, le TAEG est ainsi plafonné actuellement à 2,52% ou 2,60%, selon l’horizon de remboursement. Sous régime conso, les banques ont plus de marge, avec un maximum légal fixé actuellement à 5,23%.

Voici, pour l’exemple, quelques taux proposés par Meilleurtaux.com au 2e trimestre 2021, pour les bons dossiers et selon la durée de remboursement.

Régime immo avec garantie hypothécaire :

  • 1,95% (8 à 15 ans)
  • 2,10% (15 à 20 ans)
  • 2,25% (20 à 25 ans)

Régime conso avec garantie hypothécaire :

  • 2,90% (8 à 15 ans)
  • 3,25% (15 à 20 ans)
  • 3,30% (20 à 25 ans)

Regroupement sans garantie hypothécaire :

  • pour les propriétaires : de 3,15% (5 à 6 ans) à 3,99% (12 à 15 ans)
  • pour les locataires : de 3,37% (5 à 6 ans) à 4,13% (10 à 12 ans)

A consulter : notre baromètre des taux immobiliers

Les différents frais

Le marché du regroupement de crédit a la particularité d’être 100% intermédié : les banques qui prêtent, souvent des filiales spécialisées des grandes enseignes, n’ont pas pignon sur rue et ne reçoivent donc pas directement les candidats à l’emprunt. Ce sont des intermédiaires, courtiers ou mandataires, qui s’en chargent. Leurs honoraires font ainsi partie des coûts incompressibles d’une opération de regroupement, à inclure dans le TAEG.

Que représentent ces commissions ? Sylvain Méharèche, directeur général de Partners Finance, a accepté de nous donner quelques chiffres moyens actuellement appliqués :

  • 1,77% du montant emprunté, en moyenne, pour un regroupement sous régime crédit immo avec garantie hypothécaire ;
  • 3,17% sous régime crédit conso avec garantie hypothécaire ;
  • 2,39% sans garantie hypothécaire si vous êtes locataires ;
  • 3,20% sans garantie hypothécaire si vous êtes propriétaires.
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A cela peuvent s’ajouter des frais de dossier facturés par la banque, également inclus dans le TAEG. Ils sont généralement, selon Sylvain Méharèche, de 1% du montant emprunté, avec un plafond à 1 500 euros. Enfin, les prêts avec hypothèque nécessitent un acte notarié. Il faut donc prévoir des frais de notaire.

L’assurance emprunteur

En France, l’assurance du prêt est facultative. Elle sera toutefois systématiquement imposée par la banque et incluse dans le TAEG, si le regroupement concerne un crédit immobilier. Selon Maël Bernier, c’est d’ailleurs souvent le coût de l’assurance qui bloque les opérations de regroupement, en raison du taux d’usure. « Dès que l’assurance est chère, ça devient très compliqué. Un simple pépin de santé et ça ne passe plus ».

Attention à l’IRA !

L’emprunteur qui souhaite consolider sa dette doit l’avoir en tête : il faudra aussi inclure dans les crédits à racheter le montant de l’indemnité de remboursement anticipé, payable à la banque qui détient la créance, à hauteur de 1% du capital restant dû en général, auquel s’ajoutent d’éventuels frais de dossier. Ces frais, toutefois, ne sont pas inclus dans le TAEG.

Pourquoi c’est plus cher qu’un crédit classique ?

La réponse à cette question peut être résumée en une phrase, prononcée par Maël Bernier, de Meilleurtaux : « L’intermédiaire fait la grosse majorité du boulot ! ». Le travail préparatoire sur un dossier de regroupement de crédits est, en effet, sans commune mesure avec un crédit classique. « Un courtier en crédits immo va pouvoir instruire entre 10 et 12 dossiers par mois », explique Sylvain Méharèche. « Dans le cadre de regroupements, la moyenne est de 2,5 dossiers par mois. »

Qu’est-ce qui explique cet écart ? La nécessité d’analyser en profondeur la situation financière du candidat, pour s’assurer que le remède ne sera pas pire que le mal. « Nous finançons une partie du passif d’un client, il faut donc être sûr que la banque peut prendre ce risque », poursuit le DG de Partner Finances. « Nous recevons parfois des emprunteurs qui sont au pied du mur et qui peuvent être tentés de dissimuler une partie de leurs difficultés. Notre premier réflexe est de chercher s’il n’a pas un second compte bancaire caché ».

Cette enquête passe notamment par une analyse en profondeur des relevés de compte : un travail de fourmi, encore largement effectué à la main, à la recherche d’éventuelles incohérences. Mais aussi par de longs entretiens en face à face, au cours duquel l’intermédiaire reconstitue l’histoire personnelle, professionnelle et financière du candidat. « Cela pèse pour 40% de la décision de financer ou non le dossier ». Un processus très lourd, qui a logiquement un coût et explique la sensibilité des intermédiaires à la question du taux d’usure. « De très bons dossiers, avec beaucoup d’immobilier, ne sont plus éligibles à cause de l’usure, même en ramenant les frais à zéro. C’est le taux d’usure qui détermine notre rémunération », conclut Sylvain Méharèche.

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