Cest un texte susceptible dapporter un sérieux coup de pouce au portefeuille des ménages. Lundi 28 septembre, les députés ont examiné en séance plénière le projet de loi daccélération et de simplification de laction publique (Asap), déjà adopté en mars par le Sénat. Si celui-ci intègre une grande variété de sujets, sa philosophie est bel et bien de « simplifier la vie des Françaises et des Français », résume son rapporteur à lAssemblée nationale, le député LREM Guillaume Kasbarian. La preuve avec ces 3 nouveautés qui pourraient prochainement voir le jour.
1 - Faciliter le recours au Livret dépargne populaire
Voici un support dépargne plutôt alléchant dans le contexte actuel. Le Livret d'épargne populaire (LEP) permet de placer jusqu'à 7 700 euros avec une rémunération de 1% net d'impôt, soit deux fois plus que le Livret A ou son jumeau le Livret de développement durable et solidaire. Un dispositif très avantageux mais qui nest pas accessible à tout le monde. Pour pouvoir en bénéficier, cette année par exemple, le revenu fiscal de l'année 2018 de votre foyer (figurant sur l'avis d'imposition de 2019) ne doit pas dépasser les limites du tableau ci-desous.
| Plafond de Revenu fiscal de référence pour détenir un LEP en 2020 | ||||
|---|---|---|---|---|
| Parts de quotient familial | France métropolitaine | Martinique, Guadeloupe, La Réunion | Guyane | Mayotte |
| Première part | 19.977 | 23.639 | 24.714 | 37.038 |
| Majoration pour la première demi-part supplémentaire | + 5.334 | + 5.648 | + 6.803 | + 10.192 |
| Majoration pour les demi-parts supplémentaires suivantes | + 5.334 | + 5.334 | + 7.990 et + 7.991 | |
| Soit pour 2 parts fiscales (couple marié ou pacsé, personne isolée avec un enfant, personne seule avec 2 enfants) | 30.645 | 34.621 | 36.851 | 55.220 |
En théorie, 40% des Français sont éligibles. Sauf qu'en réalité, moins de 7 millions de LEP sont ouverts. « En dépit des avantages offerts, le nombre des LEP ne cesse de diminuer presque chaque année. Lobligation de prouver son niveau de revenus non seulement à louverture du compte mais également chaque année de sa détention contribue vraisemblablement à son manque de succès auprès du public concerné, ainsi quauprès des établissements bancaires contraints de vérifier tous les ans léligibilité de leurs clients au regard de leurs revenus et de leurs situations familiales », explique le rapport de la commission spéciale de lAssemblée chargée dexaminer le projet de loi ASAP.
Le gouvernement, lan dernier, avait cherché à simplifier le processus pour que les bénéficiaires naient plus à présenter leur feuille d'impôt chaque année. Lidée étant de permettre à la banque de vérifier directement ladmissibilité des personnes concernées en interrogeant le fisc. Le texte introduit dans le cadre du projet de loi de finances avait été retoqué, sur la forme, par le Conseil constitutionnel. Ce dernier estimait que ce nétait pas le bon véhicule législatif pour ladopter.
Cette fois-ci, la mesure a bien des chances de passer et voici comment elle devrait fonctionner. « Un circuit direct sera créé via une application informatique entre la Direction générale des finances publiques (DGFiP) et les banques. Celles-ci saisiront chaque année la DGFiP des noms de leurs clients détenteurs de LEP ou souhaitant en ouvrir un ; la DGFiP leur répondra en retour », explique le rapport. Celui-ci souligne en outre que « le secret fiscal sera non seulement préservé, mais mieux respecté puisquauparavant, les clients devaient présenter leur avis dimposition chaque année à leur banque, avec toutes les informations personnelles quil contient. Enfin, tout usage de linformation transmise par ladministration fiscale autre que pour le suivi du LEP sera pénalement sanctionné ».
Alors que les détenteurs actuels dun LEP ont jusquà la fin du mois pour envoyer leurs justificatifs de revenus à leur banque, il est fort possible que cette corvée ne soit plus en vigueur lannée prochaine.
2 - Changer dassurance de prêt à tout moment
Un amendement qui peut rapporter gros. La semaine dernière, lors de lexamen du texte ASAP en commission, les députées Patricia Lemoine et Laure de La Raudière ont fait adopter une disposition, issue des propositions de lUFC-Que Choisir, qui permet de résilier un contrat d'assurance emprunteur à tout moment. Cette assurance qui est obligatoire pour se voir accorder un prêt immobilier prend en charge tout ou partie des mensualités en cas d'incapacité à rembourser le crédit suite à un problème de santé et éventuellement en cas de chômage.
Aujourd'hui, un emprunteur peut changer son assurance de prêt à tout moment pendant la 1ère année de son crédit en respectant un préavis de 15 jours maximum avant la date danniversaire. Ensuite, il est possible de la résilier chaque année à condition de présenter à lorganisme de crédit un contrat d'assurance emprunteur comportant un niveau de garantie équivalent, deux mois avant léchéance du contrat.
Pourtant, rares sont les emprunteurs à quitter leur banque, cette dernière leur ayant fourni lassurance en même temps que le crédit immobilier. Les établissements bancaires captent toujours près de 90% du marché.
« Cette faible ouverture à la concurrence sexplique par leurs mauvaises pratiques » car ils « ne répondent pas, ou que très tardivement, à des demandes de changement de contrat dassurance emprunteur. Ainsi, lemprunteur na en réalité pas dautre choix que de conserver une assurance généralement plus chère », explique lamendement. Or, en allant voir ailleurs, les emprunteurs pourraient, sur la durée totale du prêt, réaliser des économies allant de 6 500 à 15 000 euros.
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Cet amendement risque dêtre âprement discuté. En effet, le rapporteur du projet de loi craint « que les assureurs proposent à lavenir des contrats moins protecteurs ou plus chers pour compenser leur plus grande instabilité ». De son côté, le gouvernement aussi appuie sur la pédale de frein. Avant daméliorer encore davantage la protection des assurés, il propose dattendre létude que le Comité consultatif du secteur financier doit publier prochainement sur la nature des difficultés rencontrées pour changer dassurance emprunteur.
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3 - Vers une meilleure information des assurés en cas de sinistre
Encore un amendement issu des propositions de lUFC-Que choisir. Patricia Lemoine et Laure de La Raudière ont fait adopter un autre dispositif en matière dassurance multirisques habitation. Quand un sinistre a lieu, lassureur envoie un expert pour évaluer le montant des dommages à indemniser. Si lassuré nest pas daccord avec ses conclusions, il peut engager, à ses frais, une contre-expertise. « Toutefois, les assurés ne sont pas toujours informés de cette possibilité. Celle-ci constitue, pourtant, le principal outil de contestation de lexpertise des assurances, dont lindépendance est parfois remise en question », expliquent les deux députées.
Elles proposent donc que les contrats dassurance indiquent « lexistence dun possible recours à une contre-expertise, ainsi que le coût moyen de celle-ci ». Comme pour lassurance emprunteur, cet amendement fait débat. Le gouvernement sy oppose, mais le rapporteur est pour. A ses yeux, passer par une contre-expertise est plus « accessible et rapide quune procédure judiciaire ». Celui-ci rappelle en outre que lamendement « ne remet pas en cause le principe que cette contre-expertise est menée au frais de lassuré, ni la liberté contractuelle entre un assureur et ses assurés. Un assureur peut toujours prévoir dans ses contrats le plafonnement de ses indemnisations, limitant en pratique lintérêt dune contre-expertise ».
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