A elles deux, la location avec option d’achat et la location longue durée ont conquis, en 4 ans à peine, 70% environ du marché du financement des voitures neuves. Mais c’est surtout la première qui tire son épingle. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’a la LOA que la LLD n'a pas ?

LOA, pour « location avec option d’achat ». LLD, pour « location longue durée ». La première est devenue, au cours des 4 dernières années, le premier mode de financement des achats d’automobiles neuves en France, et se développe désormais sur l’occasion. La seconde s’est également fait une place comme alternative au crédit auto classique, mais elle reste beaucoup plus confidentielle : elle pèse environ 10% du poids de la LOA, selon Christophe Michaeli, directeur marché Automotive France de BNP Paribas Personal Finance. Comment expliquer ce différentiel de succès ?

« L’absence d’option d’achat est encore un frein »

Les deux ont en tout cas en commun de correspondre à une évolution majeure des modes de consommation, à un nouvel air du temps. Dans la nouvelle économie du numérique, l’usage a en effet tendance à prendre le pas sur la propriété. En clair, les consommateurs sont de moins en moins attachés à l’idée de posséder leur voiture, et de plus en plus enclins à la louer. D’autant que dans le même temps, la crise économique a contraint les ménages à gérer leur budget au plus près. De plus en plus, « le client veut pouvoir gérer des budgets mensuels, au même rythme que celui du versement de son salaire », rappelle ainsi Christophe Michaeli. Un mode de gestion facilité par la LLD et la LOA, le plus souvent vendu sous la forme de packages incluant l’entretien et l’assistance du véhicule.

L'usage prend le pas sur la propriété

Si les mentalités ont évolué, elles n’ont toutefois pas été totalement révolutionnées. Ce qui explique pour une bonne part la domination de la LOA sur la LLD. « L’absence de possibilité d’achat est encore un frein pour certains clients particuliers », confirme Christophe Michaeli. C’est en effet la principale différence entre LOA et LLD. La première permet au consommateur, au terme de la période de location, d’avoir le choix entre rendre le véhicule à la concession - le cas échéant pour en reprendre un autre neuf - et en devenir définitivement propriétaire, à un prix convenu à l’avance. Pas de possibilité d’acquisition, en revanche, dans le cas de la LLD. « La LLD n’offre pas autant de souplesse », souligne Aude Fauchie, directrice marketing de DIAC, filiale spécialisée du constructeur automobile Renault, « et pas d’avantages en termes de prix ».

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La LLD pour appâter le client

Du point de vue du coût d’usage du véhicule, la LLD est-elle effectivement au même prix que la LOA, malgré l’absence d’option d’achat ? Répondre à cette question dans l’absolu n’a rien d’évident. Tout dépend en effet de la politique du constructeur, et du concessionnaire qui propose le véhicule.

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Une chose est certaine : les loyers mensuels alléchants affichés par les constructeurs automobiles dans leurs publicités sont en général ceux des offres de LLD. Pourquoi ? Tout simplement parce que, contrairement à la LOA, la location longue durée n’est pas considérée comme un crédit à la consommation, ce qui permet au constructeur de s’abstraire de certaines contraintes dans sa communication : pas besoin d’afficher en gros le coût du financement par exemple. Le message est plus simple, et plus efficace.

« Des offres miroir en LLD et LOA »

Au moment d’accueillir les clients alléchés par la publicité, les concessionnaire ont ensuite le choix. Ils peuvent le convaincre d’opter effectivement pour la LLD. Ils peuvent aussi l’orienter vers la LOA. Et même choisir d’aligner les conditions de l’une sur l’autre : même premier loyer, même mensualité, même durée. « S’ils le souhaitent, les réseaux proposent des offres miroir en LLD et en LOA », confirme Christophe Michaeli, de BNP Paribas Personal Finance.

Un coût d’usage moins important avec la LLD

En l’absence d’efforts particuliers du concessionnaire, le coût d’usage d’un véhicule neuf est toutefois généralement inférieur en LLD. Pour l’illustrer, nous avons comparé les offres faites par Renault, sur son site web, pour accéder au modèle le plus vendu en France en 2018, la Clio, ici en version d’entrée de gamme (Trend TCe 75). Dans les deux cas, l’entretien et l’assistance sont inclus.

En location longue durée, ce modèle est accessible en échange d’un premier loyer de 1 700 euros, puis 48 loyers mensuels de 119 euros. Soit un coût d’usage total sur 4 ans et un mois de 7 412 euros.

En location avec option d’achat, le même véhicule est proposé par Renault à 185,68 euros mensuels pendant 48 mois, après un premier loyer de 1 500 euros. Soit un coût d’usage total sur 4 ans et un mois de 10 412,64 euros. Plus de 3 000 euros de plus.

En activant l'option d’achat, fixée à 6 650,81 euros, le client va toutefois pouvoir faire l’acquisition du véhicule, pour un coût total de 17 063,45 euros. Mais pour que la formule LOA soit gagnante au final, il faut ensuite qu’il puisse revendre le véhicule, sur le marché de l’occasion, à 9 650 euros au moins. Pas évident pour un véhicule vendu 15 300 euros neuf : en moyenne, une voiture a déjà perdu près de 40% de sa valeur au bout de 2 ans.

Bilan : la LLD permet d’accéder à un véhicule neuf à moindre coût et avec moins de contraintes que la LOA. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent ses détracteurs. « La LLD, peu réglementée, permet de contourner toute la pédagogie qui existe autour du crédit », déplore Olivier Gayraud, juriste au sein de l’association de consommateurs CLCV. « Par ce moyen, des personnes qui auraient des difficultés à obtenir un financement peuvent tout de même accéder à un véhicule neuf. Mais ce n’est pas forcément en leur faveur : avec la LLD, on paie tout le temps et on n'est jamais propriétaires de rien. »