Budget des familles modestes : le découvert plutôt que le crédit conso

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Relevé de compte
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En France, les familles modestes « évitent le recours au crédit par peur du surendettement » selon une étude du Crédoc. Quitte à se résoudre à utiliser le découvert autorisé.

Comment les familles modestes jonglent-elles avec leur budget du quotidien ? Pour le savoir, le Crédoc a mené une double enquête (1), basée sur des statistiques et des interviews, en interrogeant des ménages vivant avec des revenus inférieurs au « budget de référence ». Ce budget étant le « montant nécessaire pour faire face aux nécessités de la vie quotidienne » (voir l’encadré ci-dessous).

Logiquement, les dépenses fixes (loyer, énergie, transport, mode de garde, etc.) accaparent la majeure partie des revenus mensuels. Face au sentiment « répandu », selon le Crédoc, de « vivre dans la pression permanente », les familles interrogées vont en premier lieu tenter de limiter leurs dépenses, « de retarder les paiements, ou de payer en plusieurs fois ».

Ne pas tomber dans « la spirale du surendettement »

Les crédits conso ? Ces ménages ont plutôt tendance à les fuir, puisqu’ils sont vus comme une possible bascule « dans la spirale du surendettement », notamment en raison « de leurs taux élevés ». Le Crédoc évoque en revanche le recours aux crédits « à taux faible ou nul », lorsque « les magasins pour l’achat de biens d’équipement » en accordent.

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De façon contrainte, c’est plutôt « le recours régulier à un découvert autorisé négocié avec la banque » qui est fréquent. « On essaye de ne pas piocher dans le découvert autorisé parce que c’est un cercle vicieux, mais des fois on est obligé de piocher dedans », affirme ainsi au Crédoc un couple avec deux enfants. Le centre de recherche cite aussi un parent isolé avec un enfant en bas âge dans le rouge « tous les mois » et « au mieux à partir du 15 du mois ».

Un relevé de compte quotidien pour éviter le découvert

Le Crédoc relève toutefois le « pilotage budgétaire étroit » et fastidieux de ces familles pour éviter de tomber dans le rouge, afin de ne pas accumuler les agios. « J’ai un relevé de compte quotidien par SMS, je sais toujours exactement ce qui reste, les chèques qui ne sont pas passés, ça aide à gérer le budget », témoigne ainsi un parent isolé avec deux enfants adolescents.

Adeptes des promotions ou de l’économie collaborative sur le web, ces familles évoquent, dans leurs entretiens avec le Crédoc, leur frustration d’une vie sociale restreinte mais aussi leur frustration de ne pouvoir épargner. L’absence d’économie est en effet vécue comme « un facteur d’inquiétude » en cas de dépense imprévue : réparation du véhicule, panne d’un appareil électroménager, etc.

Quelles sont les familles considérées comme « modestes » ?

Le Crédoc se base sur le « budget de référence ONPES », du nom de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. « Pour les locataires du parc social », le budget de référence atteint 1.424 euros mensuels pour une « personne seule d’âge actif », 2.599 euros pour une famille monoparentale avec deux enfants ou 3.284 euros pour un couple avec deux enfants adolescents. Les familles modestes sont donc celles dont les revenus sont moindres à ces seuils, lesquels sont supérieurs aux seuils de pauvreté établis par l’Insee.

(1) Rapport « Modes de vie des ménages vivant avec moins que le budget de référence » (juin 2016) et publication « La vie sociale entravée des familles modestes » (fin septembre 2016) par le Crédoc. Des études basées sur les résultats de l’enquête « Conditions de vie et aspirations » vagues 2014-2015 (échantillon représentatif de 2.000 Français), et sur « des entretiens approfondis » avec « 20 familles avec enfants, vivant avec des revenus inférieurs au budget de référence ».

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© cbanque.com / BL / Octobre 2016