La Cour de cassation vient de doucher les espoirs de nombreux emprunteurs souhaitant changer dassurance de prêt. Hier, elle a rendu un arrêt (1) cassant et annulant celui de la Cour dappel de Bordeaux. Ce dernier laissait espérer une jurisprudence créant une possible résiliation annuelle de lassurance emprunteur. Dautres juridictions Cour dappel de Douai, tribunal de grande instance de Valence - avaient depuis rendu des décisions similaires.
Lire à ce propos : Une « jurisprudence » permettant de résilier son assurance de prêt chaque année ?
Une substitution réclamée 2 ans après le prêt
Retour sur laffaire concernée : la plaignante avait contracté en novembre 2010 deux crédits immobiliers auprès du CIC Sud-Ouest, et adhéré à deux assurances de groupe auprès dAssurances du Crédit Mutuel IARD et du Crédit Mutuel Vie. Deux ans plus tard, lemprunteuse demandait une résiliation des contrats dassurance de prêt afin de leur substituer un contrat, moins cher, de MMA. Refus. Suite à quoi elle avait porté laffaire en justice.
Lan passé, la Cour dappel avait basé sa décision sur larticle L113-12 du code des assurances : « Lassuré a le droit de résilier le contrat à lexpiration dun délai dun an, en envoyant une lettre recommandée à lassureur au moins deux mois avant la date déchéance ». Alors que le camp du prêteur, la banque, demandait l'application de larticle L312-9 du code de la consommation, dans sa version en vigueur à lépoque : le code de la consommation nouvrait alors la possibilité de choisir une assurance de prêt autre que celle proposée par la banque quau moment de la signature du crédit. Sans surprise, la société des Assurances du Crédit Mutuel avait décidé de se pourvoir en cassation.
La Cour dappel a « violé les textes » concernés
Et la Cour de cassation a donc annulé larrêt de la Cour dappel de Bordeaux, qui a « violé les textes et principes » concernés par cette affaire. En effet, la Cour de cassation rappelle que « les lois spéciales dérogent aux lois générales ». Or larticle en question du code de la consommation « régit spécialement » le contrat dassurance de prêt immobilier : il permet donc de déroger au code des assurances.
Cette décision coupe court aux débats autour de linterprétation des textes législatifs sur lassurance emprunteur. Car si la bataille juridique peut se poursuivre, dautres affaires similaires étant en cours, la Cour de cassation a désormais fait connaître sa position. Au passage, elle a déclaré « irrecevable » lintervention de lUFC-Que Choisir, qui milite pour lassurance emprunteur résiliable annuellement, mais a déposé son mémoire au greffe trop tardivement.
Des règles confirmées
Résultat : à ce jour, les contrats dassurance de prêt conclus avant lentrée en vigueur de la loi consommation, dite Hamon, le 26 juillet 2014, ne peuvent pas être résiliés. Ceux dont loffre a été émise depuis cette date peuvent faire lobjet dune substitution, mais uniquement lors des 12 mois suivant la signature du crédit. Par ailleurs, les emprunteurs peuvent opter pour la délégation dassurance au moment de la signature, chose qui était déjà possible avant la loi Hamon.
Pour plus de détails : Substitution dune assurance emprunteur par une autre
(1) Arrêt du 9 mars 2016, de la 1e chambre civile, pourvoi n°15-18899 et n°15-19652.

















