La Cour dappel de Bordeaux a condamné lundi le CIC Sud-Ouest et deux sociétés dassurance liées au groupe Crédit Mutuel-CIC dans une affaire les opposant à une personne ayant contracté, auprès deux, deux crédits immobiliers et assurances de prêt en 2010. En 2012, la plaignante demande au CIC Sud-Ouest de résilier les deux contrats dassurance emprunteur afin de leur substituer loffre de MMA. Le CIC refuse et propose à sa cliente de renégocier ses cotisations dassurance à la baisse, suite à quoi lemprunteuse sest tournée vers la justice.
En première instance, en 2013, le tribunal donne raison à la banque et aux assureurs concernés. Surprise, lundi : la Cour dappel a rendu une décision contraire en déclarant les demandes de la plaignante « recevables » et en affirmant que le CIC Sud-Ouest a « commis une faute en nautorisant pas la délégation dassurance ». Les établissements financiers doivent verser 4.500 euros à la plaignante.
Bataille dinterprétation législative
Les magistrats de la Cour dappel et la défense de lemprunteuse se basent sur larticle L113-12 du code des assurances : « Lassuré a le droit de résilier le contrat à lexpiration dun délai dun an, en envoyant une lettre recommandée à lassureur au moins deux mois avant la date déchéance. »
Lautre camp se base pour sa part sur larticle L312-9 du code de la consommation, dans sa version en vigueur à lépoque des faits. Cet article détaille les conditions dacceptation dune autre assurance que celle proposée par la banque, au moment de la formation du contrat et uniquement à ce moment précis. Les établissements financiers estiment donc que cette possibilité nest ouverte quau moment de la souscription du prêt, et pas après.
Une argumentation qui ne convainc donc pas la Cour dappel de Bordeaux. Dune part parce que le code de la consommation invoqué nexclut pas la faculté de résiliation en cours de contrat, selon eux, faute de « dispositions spécifiques ». Dautre part car larticle L113-12 du code des assurances est dordre public, cest-à-dire quil nest pas possible dy déroger par convention (contrat, conditions générales, etc.). Les magistrats de cette Cour dappel jugent donc quil est possible de résilier son assurance de prêt chaque année, comme pour les autres contrats soumis au L113-12 du code en question.
Un pourvoi en cassation probable
La Cour de cassation a dans le passé pris deux décisions allant dans le sens des magistrats de la Cour dappel de Bordeaux : en 1987 et en 2012 (1). « Mais la loi Evin de 1989 rend caduque la première décision et, pour la deuxième [où la Cour de cassation juge que larticle L113-12 du code des assurances sapplique aux assurances mixtes, dont fait partie lassurance emprunteur, NDLR], les banques et assureurs font valoir que le code de la consommation est dérogatoire au code des assurances », explique Jérôme Da Ros, lavocat de la plaignante.
Bref, tout dépend de linterprétation et Me Da Ros souligne que celle-ci diffère actuellement selon les tribunaux dinstance. Lavocat estime que cette décision peut donc faire « jurisprudence », « les magistrats de premier degré pouvant sappuyer sur cette décision de la Cour dappel ». Il affirme dailleurs avoir déjà été sondé par des confrères traitant des affaires similaires. « Les enjeux financiers liés à cette décision pourraient se révéler très importants, pour ne pas dire colossaux, tant pour les banques que pour les assureurs », affirme ainsi dans un communiqué la société davocats Homère. Reste à connaître les suites de cette affaire : « Je pense quil y aura un pourvoi en cassation », convient Me Jérôme Da Ros.
« Tous les contrats signés avant la loi Hamon »
Si cet arrêt de la Cour dappel de Bordeaux devait être confirmé, il concernerait « tous les contrats (2) signés avant la loi Hamon », dont les évolutions relatives à lassurance de prêt sont entrées en vigueur au 26 juillet 2014. Depuis, lemprunteur peut changer dassureur dans un délai dun an suite à lémission de loffre de prêt.
Quelle incidence pourrait avoir la décision de la Cour dappel de Bordeaux sur les contrats signés depuis cette date ? « Cest plus délicat », reconnaît Jérôme Da Ros. « La loi Hamon dit que le contrat peut prévoir une résiliation annuelle. Sil nen prévoit pas, cela pourrait être sujet à interprétation. »
Reste un bémol : si l'arrêt de la Cour d'appel de Bordeaux reconnaît la possibilité de résilier son assurance de prêt en cours de contrat, la banque aura toujours la faculté de refuser une assurance emprunteur au prétexte d'une garantie insuffisante.
(1) Les décisions concernées ont été compilées, avec un avis de la répression des fraudes (DGCCRF), dans une étude publiée en avril 2013 par le cabinet BAO sur le sujet : « étude dimpact de lapplication effective de la résiliation annuelle ».
(2) Larrêt de la Cour dappel précise toutefois que le contrat concerné « nétait pas exclusivement un contrat dassurance-vie dans la mesure où dautres risques étaient garantis ». En bref, sont concernés les contrats comportant dautres garanties que la seule garantie décès.















