Le logement est un des sujets sensibles de cette rentrée : marché de l’immobilier en berne, encadrement des loyers, nouveau Scellier en 2013… Dans la seconde partie de cet entretien, Bernard Vorms, économiste et directeur général de l’Agence nationale d’information sur le logement (Anil), apporte son œil d’expert.

Lire aussi la première partie de l’entretien : Immobilier : comment l’Anil aide les particuliers en quête d’un logement

Bernard Vorms, comment percevez-vous, à l’Anil, le contexte actuel dans le secteur de l’immobilier ?

« Nous ne vivons pas aujourd’hui une époque vraiment particulière. Effectivement, il y a en ce moment une phase de retournement du marché, de calme sur l’achat et la vente de logement. Mais ce n’est pas nouveau. Depuis une dizaine d’années, l’effort financier des ménages en matière de logement n’a cessé d’augmenter. Et il augmente d’autant plus que leurs revenus sont modestes. Sur dix ans, si on répartit la population en déciles, le taux d’effort des deux déciles les plus aisés aura augmenté de 3%. Quant aux trois déciles les plus modestes, leur taux d’effort en matière de logement a augmenté de 8%. »

Le marché de l’immobilier est en berne alors que les taux de crédits sont au plus bas. Comment l’expliquez-vous ?

« En effet, ils n’ont jamais été aussi bas pratiquement depuis l’après-guerre. Mais ça ne suffit pas à faire repartir le marché de l’immobilier parce que, d’une part, les plus modestes ont été désolvabilisés par la crise, et d’autre part, les acheteurs potentiels sont dans une attitude d’attente, d’inquiétude face à la situation économique. Des personnes qui sont déjà propriétaires veulent être certains de pouvoir vendre leur bien rapidement avant d’en acheter un autre. Tous ces phénomènes d’inquiétude, de ralentissement du marché sont un peu cumulatifs. »

Est-ce une spécificité française ?

« En France, les saisies et les impayés n’ont pratiquement pas augmenté alors que ces chiffres se sont envolés dans des pays comme l’Espagne, l’Angleterre et les Etats-Unis. En revanche, le phénomène de fond qui est l’augmentation très forte des prix des logements se produit à peu près partout, à l’exception peut-être de l’Allemagne et de la Suisse. »

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Le nouveau gouvernement a pour ambition d’encadrer les loyers. Quel est le rôle de l’Anil dans ce projet ?

« L’Anil est associée à deux choses. Dans un premier temps, des mesures provisoires ont été prises, dans l’attente du vote d’une nouvelle loi qui régira les rapports entre les bailleurs et les locataires. Ces mesures immédiates d’encadrement limitent les possibilités d’augmentation au-delà de l’indice de référence des loyers, pour les renouvellements et pour les nouveaux locataires. Cette limite intervient dans une trentaine d’agglomérations. Dans ce cadre, l’Anil, à la demande des pouvoirs publics, a mis en place un numéro vert pour répondre aux interrogations des bailleurs et des locataires concernés. Ceci est la phase actuelle. Dans un deuxième temps, la nouvelle loi sur le rapport locatif exigera une meilleure connaissance des loyers existants dans les différents territoires. La présidente de l’Olap (Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne, NDLR), Sabine Baïetto-Besson, et moi-même avons donc pour mission de proposer les moyens de mettre en place un système d’observation des loyers. »

Cet observatoire n’existe-t-il pas déjà ?

« Il existe déjà des observations de loyers mais pas sur tout le territoire. Outre l’Olap, on compte une vingtaine d’observatoires locaux fiables dans différents départements. Notre objectif est de mettre en place des systèmes qui prennent en compte l’ensemble des territoires. A terme, les résultats pourront être utilisés pour faire des zonages, pour dire qu’à tel endroit on a besoin d’une aide fiscale et qu’à tel autre endroit on n’y a pas le droit. »

Cet observatoire servira-t-il à définir les zones éligibles du nouveau Scellier ?

« Lorsqu’on parle de nouveau Scellier, on est très en avance sur la réalité ! Mais effectivement, s’il y a de nouvelles aides à l’investissement locatif, les résultats de nos travaux pourront être utilisés. Car ce qui reflète le mieux la tension des marchés locatifs, c’est le niveau des loyers. Mais nous n’en sommes pas là ! Nous nous intéressons aujourd’hui à l’observation des loyers, pas aux zones où seront appliquées les aides. »