Selon la dernière étude de la Dares sur les services à la personne (1), 1,22 million dintervenants ont assuré des heures de travail au domicile de particuliers au 2e trimestre 2016. Sur toute lannée, elles ont effectué 861 millions dheures de travail. Parmi les 26 activités « estampillées service à la personne » (2), on retrouve le ménage, le repassage, les petits travaux de jardinage ou de bricolage, le soutien scolaire, la garde denfants à domicile (les assistantes maternelles, qui exercent chez elles, nentrent donc pas dans le champ de ces activités), la préparation ou livraison de repas ou encore lassistance dans les actes quotidiens pour les personnes âgées et handicapées.
Le secteur des services à la personne, très dynamique et pourvoyeur demplois, souffre cependant dune certaine complexité. Pas facile en effet de sy retrouver entre les différents acteurs qui proposent leurs services (travailleurs indépendants, micro-entrepreneurs, associations, entreprises privées de prestation, organismes publics ). Pas évident non plus de connaître le coût final des prestations, entre le salaire et les cotisations à verser (ou la facture à régler) et les aides financières et fiscales auxquelles on a droit, qui viennent souvent diminuer de moitié la note.
Particulier employeur ou entreprise de prestation : la différence
Pour recourir à du service à la personne, deux choix principaux soffrent à vous :
- devenir un « particulier employeur » en salariant lintervenant en direct. Dans ce cas, vous êtes « le patron » et devez assurer le recrutement de votre salarié, rédiger son contrat de travail, établir les bulletins de salaire, respecter le droit du travail en vigueur, notamment lors de la gestion de la fin du contrat (licenciement en respectant les procédures).
- ou passer par un prestataire, qui est lemployeur de lintervenant. Dans cette configuration, vous « achetez » une prestation à un organisme de services à la personne (qui peut être une association, un organisme public ou une entreprise privée). Celui-ci place lun de ses salariés chez vous et vous adresse une facture pour régler le service. Est considéré également comme prestataire le micro-entrepreneur, qui signe avec vous un contrat de prestation (et non un contrat de travail) et qui se fait payer sur facture.
Autre formule possible mais moins courante dans les services à la personne : le mode mandataire. Dans ce cas, moyennant le paiement de frais de gestion, vous faites appel à un organisme pour assurer certaines tâches (recrutement, embauche, établissement des bulletins de paie ) mais vous demeurez légalement lemployeur de lintervenant. Ce mode est essentiellement utilisé dans le soutien scolaire, dans laide aux seniors pour les clients demandeurs de gros volumes horaires et chez un des principaux acteurs du service ménage-repassage (Shiva).
Le casse-tête (ou pas) du recrutement
Première étape essentielle pour soffrir un service à domicile : recruter sa ou son futur jardinier, homme/femme de ménage, auxiliaire de vie Et le choix de sy prendre seul ou de passer par un prestataire va dépendre de plusieurs facteurs. « Quand le bouche-à-oreille fonctionne et quon arrive à trouver une personne qui travaille déjà chez des gens quon connaît, le recrutement peut être simple », explique Guillaume Thomas, directeur de Aladom.fr, site de petites annonces pour les services à la personne. « Cest une bonne façon de sassurer que lon a affaire à quelquun qui fait bien le job. En revanche, si on na pas de réseau et quon doit chercher soi-même, cest un peu plus compliqué ».
Si le recrutement en direct vous effraie, vous pouvez avoir recours à une entreprise de prestation. Dans ce cas, lorganisme, qui compte une dizaine voire plusieurs centaines de salariés, vous proposera un intervenant qualifié pour assurer la prestation chez vous. « Ces entreprises savent faire et ont lhabitude de recruter », selon Guillaume Thomas. « Elles font venir des candidats et testent leurs compétences, en faisant repasser une chemise ou nettoyer un espace par exemple. Lentreprise voit plus facilement si le candidat tient la route ou pas ».
Autre avantage du point de vue « ressources humaines » : en cas dabsence de lintervenant à domicile (maladie, congés ), une entreprise de prestation vous proposera en général un remplaçant pour assurer le service (sous réserve davoir une équipe suffisamment étoffée pour cela évidemment).
A noter toutefois : selon lendroit où vous habitez, vous naurez pas toujours le choix entre emploi en direct ou prestataire. « On constate quil y a certaines demandes qui ont du mal à être satisfaites dans certains lieux, précise le patron dAladom. Quand on habite des zones très rurales, les entreprises privées sont un peu moins présentes et là on na pas le choix, on ne peut que passer par de lemploi direct ».
Létablissement, le respect et la rupture du contrat
Si vous optez pour la formule « particulier employeur », vous êtes réellement lemployeur de la personne qui intervient chez vous. Cela signifie que vous devez établir un contrat de travail, calculer le montant à payer à votre employé et les charges sociales à régler à lUrssaf, fournir un bulletin de salaire, respecter les dispositions du Code du travail en termes de congés payés, dancienneté Les pouvoirs publics ont mis en place des plateformes pour vous accompagner dans la déclaration des salariés à domicile : cesu.urssaf.fr (chèque emploi service universel) et pajemploi.urssaf.fr. Vous pouvez déclarer les heures de vos intervenants, éditer un bulletin, trouver des infos génériques, etc Si vous craignez de commettre des erreurs dans la gestion de votre salarié, vous pouvez aussi solliciter les services dune association comme la Fepem (Fédération des Particuliers Employeurs) qui, en échange dune cotisation, met à votre disposition des outils pratiques ou des consultations juridiques.
Car le droit du travail étant quand même assez complexe, le particulier employeur sexpose à des risques. Les procès aux prudhommes sont rares mais peuvent coûter très cher en cas de non-respect des règles, surtout celles liées au licenciement (pour lequel il faut avoir un motif réel et sérieux et où il faut se conformer à une procédure spécifique : notification, entretien, préavis). « Les risques pris au regard de la potentielle économie que pense faire le particulier employeur [en salariant en direct] sont démentiels » estime Julien Guliana, directeur administratif et financier de O2, le plus gros prestataire multi-services en France. « Le mode de déclaration des employés à domicile a été, il est vrai, simplifié par lEtat, et passer par la plateforme Cesu cest facile quand tout se passe bien » concède-t-il. « Mais malheureusement, quand il faut mettre fin au contrat de travail, les particuliers employeurs se trouvent en revanche démunis. Lavantage de passer par un prestataire comme nous, cest quon soccupe entièrement de la relation avec notre salarié, à 360 degrés ». Une sécurité juridique et judiciaire en quelque sorte Avec un prestataire, si vous souhaitez mettre fin au contrat, on vous demandera en général de respecter un préavis dun mois, et rien dautre
Le coût de la prestation, un calcul global à effectuer
Employer en direct un salarié coûte moins cher que de passer par un prestataire : cette affirmation, largement répandue, est-elle systématiquement vraie ? Pour des services comme le ménage-repassage, le jardinage ou les petits bricolages, pour lesquelles les aides de l'Etat sont moins importantes que celles prévues pour l'assistance aux seniors ou la garde denfants, passer par un organisme peut effectivement être un peu plus coûteux. « Sur des emplois directs, on va être au minimum au Smic + 10% avec les congés payés, auxquels il faut rajouter les charges, soit entre 18-20 euros de lheure », estime Guillaume Thomas dAladom.fr. « Là où les entreprises de prestation sont à 20-22 euros. Donc il y a environ 1 à 2 euros de lheure de différence. Pour les prestataires micro-entrepreneurs, les charges sont moins élevées donc on retrouve un coût plus bas, mais encore faut-il trouver quelquun qui soit sous ce statut ». Une différence d1 à 2 euros, réduite encore de moitié une fois que les particuliers font valoir le crédit dimpôt lié aux services à la personne (lire ci-dessous)
Concernant certaines activités, les prestataires revendiquent même être moins chers que lemploi en direct. Julien Guliana prend lexemple de la garde denfants à domicile. « Pour la garde dun enfant de moins de 3 ans en périscolaire, à raison de 40h par mois, si vos revenus sont inférieurs à 21 000 euros vous allez bénéficier de 707 euros daide forfaitaire de la Paje en passant par un prestataire. En ramenant ça au nombre d'heures, cela revient à un prix de 2 euros nets pour notre prestation après crédit dimpôt. Si vous employez quelquun en direct, laide nest pas calculée de façon forfaitaire mais ramenée au prorata des heures, et cest donc plus cher ! Cest un exemple mais pour ce type de petits volumes, on est plus compétitif en termes de coût horaire ».
Le directeur administratif et financier de O2 avance aussi un autre argument en faveur des entreprises de prestation : « Il y a une méconnaissance terrible des particuliers concernant les plans daide. Nous, on connaît tous les dispositifs, on aide les particuliers, sans surcoût, à faire leur dossier pour réclamer les coups de pouce auxquels ils ont droit, ce qui permet de faire baisser le coût de la prestation de manière significative ».
Lire aussi : ces aides financières auxquelles vous avez droit pour les services à la personne
Quand le crédit dimpôts allège la facture
Que ce soit en tant que particulier employeur ou en faisant appel à un prestataire, une partie des dépenses engagées dans le cadre de services à la personne ouvre droit à un crédit dimpôt (pour les personnes imposables, cet avantage fiscal vient diminuer le montant total dû au titre de limpôt sur le revenu ; pour les personnes non imposables, ladministration fiscale rembourse le montant du crédit d'impôt directement sur le compte du bénéficiaire). Comme lexplique le site Impots.gouv.fr, « le crédit d'impôt est égal à 50% des dépenses effectivement supportées, retenues dans une limite annuelle de 12 000 euros ». Ce plafond peut cependant être majoré dans certains cas (majoration de 1 500 euros par enfant à charge ou par membre du foyer âgé de plus de 65 ans par exemple). Certaines activités bénéficient de limites spécifiques (5 000 euros par an pour les petits travaux de jardinage ou 500 euros par an pour le « petit bricolage »). Les dépenses à déclarer sont celles restant à votre charge après les aides reçues par ailleurs (comme le complément de mode de garde pour la garde denfants). Exemple : un particulier ayant dépensé en 2019, après déduction des aides, 1 200 euros pour des prestations de ménage, 6 000 euros en garde denfants et 800 euros en travaux de jardinage pourra bénéficier de 4 000 euros de crédit dimpôt en 2020.
Le règlement de la prestation
Concernant les modalités de paiement, peu de différences notables entre les deux modes de fonctionnement. Le Chèque Emploi Service Universel préfinancé, qui peut être octroyé à certains particuliers par leur employeur, leur comité dentreprise, etc, peut servir à régler un employé en direct et est accepté également par les prestataires. Sinon, chèque ou virement bancaire permettent de régler les services fournis.
Les services à la personne en chiffres
En 2016, selon les chiffres de la Dares, lemploi en direct demeurait le principal mode de recrutement (56% des heures rémunérées de services à la personne), malgré une baisse continue depuis 2011. Les particuliers employeurs à domicile (en direct ou en mode mandataire) étaient un peu moins de 2 millions à cette période. Principal besoin pour ces particuliers employeurs : la garde de jeunes enfants. Le nombre moyen dheures rémunérées pour cette activité était 187 heures au 2e trimestre 2016 (14 heures par semaine), loin devant les emplois de maison et les autres emplois familiaux avec 59 heures (soit 5 heures par semaine).
Les heures rémunérées en mode prestataire (que ce soit via un organisme public, une association, une entreprise privée, un micro-entrepreneur ) « sont pour 57% des heures daide aux personnes âgées et/ou handicapées, pour 38% des heures consacrées à dautres activités domestiques et pour 5% de la garde denfants ». Le recours aux prestataires « grignote » régulièrement sur lemploi en direct : lactivité de ces organismes a augmenté de 2% en 2016, après une hausse de 1% en 2015. Côté intervenants, les salariés du secteur sont « plutôt âgés, avec une moyenne dâge de 46 ans en 2015, et peu diplômés » daprès une étude 2018 de la Dares (3). Par ailleurs, ce sont très majoritairement des femmes (87,3% en 2015).
(1) Dares Résultats avril 2018, Les services à la personne en 2016. (2) Les 26 activités sont strictement définies par larticle D.7231-1 du code du travail. (3) Les salariés des services à la personne : comment évoluent leurs conditions de travail et demploi ? (Dares, août 2018)


















