Leader français des petites annonces sur le web, Le Bon Coin est le paradis des bons plans, mais aussi un repère de choix pour les escrocs de tous poils. Comment repérer ces arnaques ? Et quelles sont les bonnes pratiques pour acheter sans stress ?

En un peu plus de dix ans, Le Bon Coin est devenu la Mecque de la consommation de seconde main. Simple, pratique, efficace, le site a surfé sur la soif de bons plans de Français rendus inquiets par la crise économique. Résultat : ce sont actuellement entre 800 000 et un million d’annonces qui y sont postées chaque jour, « toutes, sans exception, (…) filtrées par des algorithmes basés sur de l'intelligence artificielle », promet la communication du Bon Coin. Sur le lot, toutefois, certaines annonces frauduleuses passent entre les mailles du filet.

Car l’essor des transactions entre particuliers a constitué une véritable aubaine pour les escrocs, qui ont profité de cette évolution majeure des habitudes de consommation pour mettre du beurre dans leurs épinards. Ce sont ainsi plus de 870 000 personnes, en 2017, qui ont été victimes d’une arnaque initiée en ligne, selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (1). Combien sur Le Bon Coin ? Difficile à dire, le site ne communiquant pas sur le sujet. Ceux qui retombent sur leurs pieds sont rares : seulement 17% des victimes d’escroqueries ont été partiellement ou totalement remboursées ou indemnisées. Raison de plus pour éviter de tomber dans les pièges tendus.

Une diversité d’arnaques, mais un point commun

Et ils sont nombreux. « Il y a une diversité incroyable d’arnaques sur Le Bon Coin et ailleurs », constate Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, très bon connaisseur du sujet en tant que CEO d’Obvy, un service dédié aux achats et ventes entre particuliers. Les escroqueries de base - vendre un bien sans l’expédier ; récupérer un bien sans le payer - ne trompant plus grand monde, les escrocs ont en effet dû apporter de plus en plus de sophistication à leurs modes opératoires. Du SMS surtaxé à l’intimidation physique lors d’une remise en main propre, en passant par les arnaques au faux courriel PayPal, au chèque de banque, au don d’animal ou de voiture, le prisme est de plus en plus large.

Ces arnaques, toutefois, ont un point commun : la technique d’approche. « Il y a un double enjeu pour les escrocs : capter l’attention de la victime, et gagner sa confiance », poursuit le patron du moyen de paiement sécurisé Obvy. Cela commence en général par un message direct, via la messagerie interne au site ou un SMS : « Bonjour. Je suis intéressé par votre bien, merci de me contacter à l’adresse mail suivante… » Premier indice que quelque chose ne tourne pas rond : l’acheteur - ou le vendeur, car les escrocs postent aussi des fausses annonces - trouve des excuses pour éviter les contacts téléphoniques, prétextant qu’il n’a plus de crédit sur son mobile, qu’il est à l’étranger, voire qu’il est mal-entendant ! Objectif notamment : éviter d’être démasqué par un accent, nombre de ces arnaques étant organisées depuis l’étranger.

Pour achever de capter l’attention de leur victime, les escrocs utilisent une ficelle, assez grosse mais visiblement efficace : proposer de payer le bien plus cher que demandé sur l’annonce, ou à l’inverse consentir une énorme ristourne sur le prix du bien vendu. « Dans la vraie vie, ce genre d’aubaine n’arrive jamais », tranche Charles-Henri Gougerot-Duvoisin.

5 indices pour repérer une escroquerie

  • La syntaxe et l’orthographe des messages échangés sont mauvaises ;
  • L’acheteur/vendeur trouve des excuses pour refuser de parler au téléphone ;
  • L’acheteur est prêt à payer plus cher que le prix affiché ;
  • Le vendeur est prêt à brader le bien ;
  • L’acheteur/vendeur demande à être payé en recharge de carte prépayée ou en mandat

Attention au moyen de paiement !

Gagner la confiance de leurs victimes ensuite. Pour cela, certains escrocs proposent à leurs victimes d’utiliser, pour la transaction, non pas un moyen de paiement classique (cash, chèque, virement) mais un « moyen de paiement sécurisé », comme PayPal. Sécurisé, vraiment ? « Nombreuses sont les personnes qui pensent que PayPal conserve les fonds le temps que la transaction aille à son terme. Ce n’est pas le cas : PayPal ne fait que du paiement direct », rappelle le patron d’Obvy.

Les escrocs jouent habilement de cette méconnaissance. Ils expédient par exemple à leur victime un faux courriel PayPal, qui explique que l’argent est bloqué et qu’il faut s’acquitter d’une taxe supplémentaire pour le débloquer. Un surplus à régler sous la forme de recharge pour carte prépayée (PCS, Neosurf, ToneoFirst, etc.) ou de mandat (Western Union, Moneygram, etc.). Là, le drapeau rouge est agité : ces moyens de paiement sont en effet les favoris des escrocs, pour une raison simple : ils permettent l’anonymat et sont donc impossibles à tracer.

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Si « l’arnaque PayPal » est l’une des plus répandues, il en existe de nombreuses variantes. Le faux courriel peut également avoir pour objectif de vous voler vos coordonnées de carte bancaire. L’arnaque peut aussi fonctionner en usurpant l’identité d’un transporteur, DHL ou Chronopost par exemple, qui vous explique que votre colis est bien en sa possession, mais que sa livraison nécessite le paiement d’une taxe supplémentaire. On en revient toujours au même : vous faire payer pour quelque chose qui n’existe pas, et vous subtiliser au passage des données personnelles.

4 choses à ne pas faire

  • Ne jamais divulguer d’informations personnelles à son interlocuteur, au-delà du strict nécessaire : état civil, adresse, numéro de téléphone, etc. ;
  • Ne jamais cliquer sur un lien reçu dans un courriel avant d’avoir vérifier que l’adresse de l’expéditeur correspond à l’identité sous laquelle il se présente ;
  • Ne jamais régler un achat à l’aide d’une recharge de carte prépayée ou d’un mandat, moyens de paiement anonymes et intraçables ;
  • Ne jamais divulguer à un tiers inconnu ses coordonnées de carte bancaire, pas plus que son RIB, qui peut être utilisé pour mettre en place de faux mandats de prélèvement.

Que fait Le Bon Coin ?

Le Bon Coin n’est évidemment pas le seul site de petites annonces concerné par les tentatives d’escroquerie. « Paru Vendu, La Centrale, etc. Tous les sites qui ont un minimum d’audience sont concernés », explique Charles-Henri Gougerot-Duvoisin. Sans parler de Facebook, où les groupes dédiés aux ventes entre particuliers pullulent. Mais en tant que leader incontestable du marché, Le Bon Coin est particulièrement exposé.

Que fait le site pour limiter la casse ? Il tente d’abord de repérer les fausses annonces, d’abord, grâce à des filtres algorithmiques. Il fait de la pédagogie également : « (…) Des messages d’alerte sont intégrés dans le formulaire de contact avec le vendeur demandant d’être attentif (…) », explique la communication du Bon Coin : ne pas donner ses coordonnées bancaires, se méfier des propositions trop alléchantes et des prix trop bas ; ne jamais verser d’acompte à un vendeur inconnu, etc. Le site annonce également répondre aux demandes de réquisition de la Justice, lorsqu’il y a dépôt de plainte.

Enfin, Le Bon Coin - sur lequel 110 millions de transactions sont réalisées chaque année (dont 20% à distance) - a lancé son propre service de paiement, où il se place comme tiers de confiance entre l’acheteur et le vendeur. Un service gratuit, mais limité, juge Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, en l’absence de suivi des colis ou d’interface fonctionnelle pour les remises en main propre.

Des biens entre 300 et 1 500 euros

Tous les biens vendus sur Le Bon Coin ne sont pas visés par les arnaqueurs. « Il n’y a pas d’escroquerie à 20 euros », explique Charles-Henri Gougerot-Duvoisin. « Les escrocs visent des sommes intermédiaires, des biens entre 300 et 1500 euros. Rarement au-dessus, pour éviter d’alerter les autorités ». Dans cette gamme de prix, on retrouve notamment la high tech (iPhones, ordinateurs portables, etc.), de l’électroménager (des thermomix notamment), mais aussi des biens plus rares et recherchés, comme les selles d’équitation ou les instruments de musique. Autre bien très souvent utilisé pour escroquer les gens : les places de spectacles, de parcs d’attraction et les titres de transport.

(1) ONDRP - Victimation 2017 et perceptions de la sécurité / Résultats de l’enquête Cadre de vie et sécurité 2018