Tout sauf de l’argent qui dort ! L’épargne que vous placez sur votre Livret A permet de financer un large éventail de projets : des logements sociaux, mais aussi d’autres, plus récents et inattendus. Avec un point commun : l’intérêt général.

C’est, sans conteste, le placement star de la crise du Covid ! En 12 mois, de février 2020 à janvier 2021, le Livret A a attiré près de 29 milliards d’euros d’épargne supplémentaire. Si on y ajoute les gains du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) sur la même période, le bilan de l’épargne réglementée depuis le début de la pandémie approche des 38 milliards d’euros.

Rien de plus logique. Le Livret A et le LDDS rapportent actuellement près de 5 fois plus que les livrets bancaires fiscalisés : 0,5% net d’impôt et de prélèvements sociaux pour les premiers, 0,11% brut en moyenne pour les seconds. Contraints de remettre à plus tard une partie de leurs projets d’achat, mais aussi enclins à faire mettre de l’argent face aux sombres perspectives économiques, les Français se sont logiquement tournés vers l’épargne réglementée, exempte de fiscalité, disponible et garantie par l’État, pour placer une partie - un quart environ - de cette épargne supplémentaire.

Que va devenir cet argent une fois l’épidémie domptée ? Comment le mettre au service de la sortie de crise ? La question qui monte ces dernières semaines. Dans ce débat, le Livret A est souvent classé, au même titre que les comptes courants, au rang de placement improductif, voire nuisible à la reprise économique.

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Un « grand emprunt en permanence »

Est-ce vraiment le cas ? Récemment auditionné à ce sujet par la commission des finances du Sénat, Olivier Mareuse, directeur des fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et des consignations (CDC), s’est inscrit en faux. Celui qui est responsable de la gestion de 6 euros sur 10 placés sur les Livrets A a, au contraire, rappelé que l’épargne réglementée était « un grand emprunt en permanence », en référence au programme d’investissements d’avenir lancé en 2010 par Nicolas Sarkozy, à l’époque président de la République, au sortir d’une autre crise, celle dite des subprimes.

Pourquoi cette expression ? Pour la comprendre, il faut rappeler l’usage qui est fait de l’argent que vous placez sur vos Livrets A et vos LDDS. À grands traits, il est réparti en deux pots. Le premier, qui représente aujourd’hui 40% de l’encours environ, reste au bilan de la banque collectrice, qui l’utilise pour financer son activité de prêts aux particuliers (immobilier, consommation) et aux entreprises. Le second, 60%, est centralisé au sein du fonds d’épargne de la CDC. L’institution l’utilise ensuite pour financer des projets désignés comme prioritaires par l’État, car considérés d’intérêt général. D’où cette idée de « grand emprunt » perpétuel.

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Le logement social, mais pas seulement

Que savez-vous de l'emploi fait de l’argent centralisé au sein du fonds d’épargne ? Assez peu de choses, sans doute, même si tout est clairement exposé sur le site web de la CDC. Tout juste qu’il permet de financer la construction et la réhabilitation des logements sociaux. C’est de fait le principal programme, et de très loin, du fonds d’épargne. En 2019, derniers chiffres connus, sur les 13,2 milliards d’euros de nouveaux prêts accordés par le fonds d’épargne, 12,3 milliards sont allés au logement social et à la politique de la ville.

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La mission du Livret A ne s’arrête pas là. En 2019, 921 millions d’euros de prêts ont été accordés au « secteur public local », en d’autres termes aux municipalités, métropoles, départements et régions. Le fonds d’épargne, via la Banque des Territoires, est en effet habilité à accorder à ces collectivités des prêts fléchés vers des secteurs prioritaires.

L’argent du Livret A sert ainsi aux collectivités locales à financer leurs projets de réaménagement urbain. Depuis 2019, ces usages ont encore été élargis à 3 domaines : l’éducation, la mobilité et l’eau. Plus concrètement, votre épargne peut désormais servir à financer :

  • la construction ou la rénovation d’écoles et autres bâtiments éducatifs ;
  • la mise en œuvre de modes de transports innovants et respectueux de l’environnement ;
  • des projets d’eau potable, d’assainissement, de prévention des inondations et de gestion des milieux aquatiques.

Contribution directe à la relance post-Covid

L’épargne réglementée va également être mise à contribution dans le cadre du plan de relance post-Covid. « La CDC va contribuer à hauteur de 26 milliards d’euros, dont 20 milliards d’ici 2022 », a ainsi expliqué Olivier Mareuse devant le Sénat.

Ces prêts sont fléchés vers 3 secteurs prioritaires : la transition écologique et énergétique, la santé et le tourisme. Ils sont destinés notamment aux collectivités locales. De nouvelles entités, toutefois, y seront également éligibles : « les Agences de l’eau, de grandes fondations et associations reconnues d’utilité publique qui portent des projets liés à la transition écologique et énergétique (TEE) ou les ports maritimes », explique la Caisse des dépôts dans un communiqué daté du 10 septembre 2020. Pour les rendre plus attractifs, les prêts aux projets liés à la transition écologique et énergétique bénéficient d’un taux allégé : le taux du Livret A majoré de 0,6%. Cette tarification est d’ordinaire le taux du livret majoré de 0,75% ou de 1,3% selon la nature du projet.

Une partie du Livret A investie dans des actifs financiers

Tout l’argent du Livret A centralisé à la Caisse des Dépôts, enfin, ne sert pas à financer des prêts. Une part importante de cet argent (98 milliards d’euros, courant 2019, contre 190 milliards d’euros pour les prêts) était placée sur des actifs financiers. Des placements destinés à « contribuer à la rémunération du Livret A et à garantir sa liquidité », explique Olivier Mareuse sur le site de la CDC.

En 2019, près des deux tiers de cet argent ont été placés en obligations, le plus souvent émises par des États pour financer leurs dépenses. Le reste a été investi en actions, souvent d’entreprises françaises ayant pris des engagements en matière d’empreinte carbone. Une autre manière, pour l’argent que vous placez sur votre Livret A, de participer au financement de l’économie.

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