En matière de crédit immobilier, septembre est normalement un mois faste pour les banques et les emprunteurs. Mais la conjoncture actuelle pourrait cette année changer la donne.

Après un été difficile pour le marché du crédit immobilier, septembre pourrait-il offrir un peu d'air aux emprunteurs ? « Il va y avoir un peu de tout au niveau des taux pour ce mois de septembre qui est finalement un mois de transition », estime Cécile Roquelaure, porte-parole du courtier Empruntis. En effet, septembre est le dernier mois de production de crédit pour l'année 2022, car tous les dossiers qui seront instruits en octobre seront des crédits débloqués en 2023.

Deux stratégies distinctes pour les banques

Deux stratégies pourraient donc s'affronter : d'un côté, les banques qui ont déjà réalisé leurs objectifs pour l'année risquent d'augmenter légèrement leurs taux immobiliers, car elles n'ont plus besoin d'attirer de nouveaux clients. À l'inverse, celles qui ont eu plus de difficultés ces derniers mois et qui sont en retard pourraient être tentées de baisser un peu leurs taux pour bien terminer l'année.

« Il y a bien deux stratégies, entre des banques dans le besoin qui sont plus offensives pour capter des clients et celles qui ont déjà été conquérantes et qui vont lever un peu le pied en attendant le taux d'usure au 1er octobre », note Cécile Roquelaure, qui explique qu'un partenaire bancaire a déjà annoncé une baisse de 20 points de base à venir :

Les taux moyens dans les banques début septembre

    • Sur 15 ans : 1,71% selon Le Partenaire ; 1,70% pour Empruntis ; 1,76% d'après Pretto ; 1,76% pour Meilleurtaux.
    • Sur 20 ans : 1,84% selon Le Partenaire ; 1,85% pour Empruntis ; 1,94% d'après Pretto ; 1,92% pour Meilleurtaux.
    • Sur 25 ans : 2,01% en moyenne selon Le Partenaire ; 2% pour Empruntis ; 2,07% d'après Pretto ; 2,07% pour Meilleurtaux.

    Taux moyens constatés par les réseaux de courtage, sur la base des barèmes fournis par les banques. Ils ne tiennent pas compte du coût de l'assurance emprunteur.

Alors que le taux d'usure, le taux maximum auquel les banques peuvent accorder un crédit, est toujours fixé à 2,57% pour les prêts d'une durée d'au moins 20 ans, et même 2,60% pour les durées plus faibles, les banques qui voudraient attirer de nouveaux clients ne peuvent de toute façon plus se permettre d'augmenter leurs taux. Car à ces derniers s'ajoutent le taux de l'assurance emprunteur, les frais de dossier ainsi que les éventuels frais de courtage. Autant de coûts qui font gonfler le taux global du crédit qui doit donc passer sous la barre des 2,57%.

Mais certains établissements bancaires n'ont d'autres choix que d'arrêter temporairement la production de crédit. « On est loin des efforts habituels du mois de septembre, qui est normalement le mois des promos, note Maël Bernier, porte-parole du courtier Meilleurtaux. Aujourd'hui, les barèmes que l'on reçoit sont presque à l'usure, car les banques refusent de prêter à perte. Et alors qu'il avait baissé ces derniers temps, l'OAT 10 ans (indicateur des taux d'emprunt de l'Etat français, qui fait figure d'indice de référence pour les évolutions du marché du crédit en France) est aujourd'hui revenu à 2% (2,22% au 1er septembre). »

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Ainsi, malgré la demande d'effort sur les taux faite aux banques par Bercy, le taux moyen pour ce mois de septembre est de 1,88 pour 20 ans, contre 1,76% au mois d'août. Et sur 25 ans, difficile de trouver un taux sous les 2%. « Malheureusement, avec une inflation qui s'installe durablement au-dessus de 6%, il faut s'attendre à ce que les taux de crédit reprennent le chemin de la hausse dans les semaines qui viennent. Emprunter à moins de 2% pourrait rapidement devenir un souvenir d'un autre temps », confirme Olivier Lendrevie, président de Cafpi, dans son édito mensuel.

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