Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) a réaffirmé il y a quelques jours que la hausse du taux directeur surviendrait en juillet. Si ce relèvement n'est pas une surprise, il devrait impacter les ménages qui souhaitent contracter un crédit.

C'est la fin d'une époque historique, celle des taux négatifs en Europe. Lundi 23 mai, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a confirmé une hausse du taux de dépôts (actuellement fixé à -0,5%) que tout le monde pressentait. « Sur la base des perspectives actuelles, nous devrions être en mesure de sortir des taux d'intérêt négatifs d'ici la fin du troisième trimestre », a fait savoir Christine Lagarde sur le site de la BCE.

Si la teneur de la hausse n'est pas encore connue, elle pourrait survenir dès le mois de juillet. Le redressement de ce taux n'est en tout cas pas une surprise à en croire Olivier Lendrevie, président du courtier Cafpi : « C'est une décision qui était largement anticipée puisque la BCE avait du retard sur les autres grandes banques centrales. La FED et la banque d'Angleterre avait déjà relevé leurs taux fin février, la Banque centrale américaine ayant même remonté son taux de 0,50 point d'un coup en avril. »

Une hausse déjà répercutée en partie sur les ménages

« Le contexte d'inflation s'accélère, aux alentours de 7-8% en moyenne en Europe, et jusqu'à 10% dans les pays baltes, appuie l'économiste Philippe Crevel. Les Banques centrales ont pour mission de lutter contre l'inflation. Or, la BCE est en retard par rapport à la Fed ou à la Banque centrale d'Angleterre. Si elle a tardé, c'est parce qu'elle ne voulait pas freiner la croissance. Malgré tout, aujourd'hui elle souhaite un petit peu ralentir l'économie pour éviter d'arriver à une spirale inflationniste. » En augmentant les taux, la BCE sait en effet que les banques devront mathématiquement répercuter cette hausse, rendant plus difficile l'accès au crédit pour certains profils d'emprunteurs.

Pour les ménages français, l'impact se fait déjà sentir, notamment sur les taux de crédit immobilier (à 1,47% début mai pour un prêt sur 20 ans en moyenne selon Meilleurtaux) qui augmentent de mois en mois. « On note déjà une répercussion, confirme Philippe Crevel. Sur les marchés financiers, on intègre déjà la hausse à venir en juillet. Les banques prêtent sur 10, 20 ou 25 ans et doivent anticiper. » D'après l'économiste, l'augmentation va continuer ces prochains mois pour les crédits à la consommation comme pour les crédits immobiliers.

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« Jusqu'ici, les banques savaient que tous leurs excédents de dépôts allaient dormir le soir dans les coffres de la banque centrale avec un taux négatif de –0,5. Ça les incitait à avoir une politique très attractive sur les crédits immobilier, avec des taux allant sous les 1%. Mais si les taux de la BCE remontent, alors il y a une incitation à prêter qui est beaucoup moins forte, juge Olivier Lendrevie. On a déjà vu une hausse des taux autour de 0,40% depuis le début d'année mais on peut penser que d'ici la fin de 2022 ils seront autour de 2% sur les prêts immobiliers. » Une barre des 2% qui n'avait pas été atteinte depuis fin 2016.

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« Les banques savent que la BCE va augmenter ses taux, mais les hausses que l'on voit depuis le début de l'année sur les taux de crédit immobilier sont avant tout liées à l'évolution de l'OAT, qui est un support des banques en matière de financement », tempère Cécile Roquelaure, porte-parole du courtier Empruntis. Selon elle, les annonces de la BCE pourront peut-être installer une contrainte supplémentaire pour les banques, même si les effets ne se font pas encore sentir.

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« Les mesures prises l'année dernière par le HCSF (Haut conseil à la stabilité financière) pour restreindre l'accès au crédit n'ont pas eu beaucoup d'effet, le volume de crédits proposés aux ménages a continué à augmenter au cours du premier trimestre 2022, détaille Philippe Crevel. Là, les taux devraient légèrement peser sur l'offre de crédit. » En faisant attention toutefois à ne pas aller trop loin. C'est donc un numéro d'équilibriste pour la BCE avec d'un côté, « la lutte contre l'inflation et de l'autre la volonté de ne pas casser la croissance dans un moment où elle est fragilisée par la crise ukrainienne », note encore Philippe Crevel.

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