Plus des trois quarts des emprunteurs ne savent pas quand et comment ils peuvent changer dassurance emprunteur. Huit sur dix ne connaissent pas le coût de leur assurance de prêt immobilier. Et plus dun tiers ne sont pas conscients quils peuvent assurer leur prêt chez un concurrent tout en conservant leur crédit dans leur banque. Ces chiffres sont tous tirés dune enquête réalisée par lassociation de consommateurs UFC-Que Choisir, en avril 2021 (1). Ils reflètent la méconnaissance générale pour un sujet qui concerne pourtant des millions de Français : sur les 16,7 millions de foyers propriétaires de leur résidence principale, selon lInsee, un tiers rembourse encore le prêt immobilier. Pourtant tous les assureurs alternatifs et courtiers en assurance promettent jusquà 10 000 ou 15 000 euros déconomie au total en basculant vers la concurrence !
Choisir une assurance alternative, aujourdhui
Cette méconnaissance répond à lévidente complexité du sujet. En bref : vous êtes libre de prendre une assurance concurrente à celle proposée par votre banque mais il y plusieurs « mais ». Mais numéro 1 : à condition que votre banque reconnaissance que la couverture (les garanties) est équivalente. Mais numéro 2 : réclamer une assurance alternative avant de signer votre crédit remet parfois en cause le taux immo annoncé. Mais numéro 3 : après la signature, vous pouvez changer dassurance à tout moment pendant 1 an puis uniquement à la date anniversaire du crédit une fois passé ce premier anniversaire. Même en « bref », le changement dassurance emprunteur reste complexe
Prêt immobilier : comment changer d'assurance emprunteur
Résultat : malgré les multiples évolutions réglementaires depuis 10 ans, la concurrence reste poussive sur ce marché dominé à 88% par les banques ! Associations de consommateurs, courtiers en assurance et autres acteurs spécialisés poussent sans relâche pour une concurrence totale, avec la possibilité de changer dassurance emprunteur quand vous le souhaitez, à limage de votre contrat dassurance habitation ou dassurance auto. Ce combat prend depuis 2010 des allures de série interminable, où les saisons, épisodes et rebondissements sempilent sans discontinuer.
Le prochain épisode décisif, une fois de plus sannonce pour le 6 juillet : cest, selon LArgus de lassurance, la date de la prochaine réunion du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), organisme où peuvent se nouer les consensus de la banque et de lassurance. Le ministre de lÉconomie avait réclamé un bilan chiffré, publié par le CCSF à lautomne 2020, et le comité planche désormais sur un hypothétique compromis.
Ce qui pourrait ressortir des négociations
Disons-le demblée : lassurance emprunteur est un sujet hautement inflammable dans le secteur bancaire. Le « off » est souvent de mise Il nempêche, plusieurs sources nous ont confirmé les informations publiées par LArgus de lassurance : au sein du CCSF, les tractations portent effectivement sur la possibilité de créer un droit de résiliation à tout moment de lassurance emprunteur, et non plus en anticipant la date anniversaire du contrat. Une proposition à létude initiée par la présidente du CCSF, Corinne Dromer vise à instituer une résiliation à tout moment « encadrée », avec un préavis de 2 ou 3 mois et surtout une durée minimale dengagement du client changeant dassurance (2 ou 3 ans par exemple).
Résiliation encadrée : un consensus possible ?
Personne ne se risque à pronostiquer lissue des négociations du CCSF En revanche, la détermination des parlementaires et le fait que le ministre de lÉconomie Bruno Le Maire ait lui-même demandé au CCSF de se pencher sur le sujet incite à loptimisme pour les promoteurs de la résiliation à tout moment. Selon nos informations, le cabinet de Bruno Le Maire doit dailleurs prochainement sentretenir avec la députée (Agir) Patricia Lemoine, qui a tenté sans succès - dinsérer cette mesure dans la loi Asap, à lautomne dernier.
« Bruno Le Maire a demandé un bilan au CCSF, et le Parlement veut la résiliation infra-annuelle. Cela finira par aboutir », résume Isabelle Delange, présidente de Sécurimut, spécialiste du changement dassurance. « Si le CCSF ne parvient pas à un compromis, la résiliation à tout moment passera tôt ou tard par le Parlement », confirme David Echevin, directeur général dActélior, le cabinet qui a réalisé le bilan de la mise en concurrence (partielle) de lassurance de prêt pour le CCSF. En cas déchec du CCSF, les parlementaires chercheraient à faire adopter un texte avant la fin du quinquennat Macron.
Quest-ce qui cloche avec le dispositif actuel ?
Une nouvelle loi ou un accord au sein du CCSF seront-ils suffisants pour rendre la concurrence plus fluide ? Loi Lagarde en 2010, loi Hamon en 2014, amendement Bourquin en 2017 : trois textes ont fortement modifié les règles de lassurance emprunteur, sans remettre en cause la domination des banques. « Tout est partie de la loi Lagarde, qui reposait sur le libre choix de lassurance à la signature du crédit, à condition que les garanties soient équivalentes, rappelle David Echevin, dActélior. A lorigine, cette loi est imparfaite car elle omet un certain rapport de force entre la banque et lemprunteur. Il a fallu de nombreuses retouches pour corriger ces imperfections, et ces retouches nont jamais été suffisantes Il reste des questions majeures, en particulier sur les délais de traitement. »
Les textes font référence à un délai de 10 jours. Le bilan du CCSF interpelle, puisque les banques y déclarent des délais respectés, en moyenne quand les assureurs annoncent un délai moyen effectif de 30 jours ! La Fédération bancaire française (FBF) plaide pour une mauvaise interprétation : « Si les banques ont répondu sur le délai de traitement des demandes de substitution pour répondre aux clients, légalement encadré à 10 jours, les autres parties prenantes ont répondu à cette question des délais sur lensemble du processus impliquant tous les acteurs, qui sont ainsi nécessairement plus longs que le délai réglementaire étudié par les banques. » Difficile de se mettre daccord, même pour des statistiques
Délais à rallonge, courriers de résiliation refusés pour cause de mauvaise adresse ou autres contretemps, Isabelle Delange, de Sécurimut, dénonce elle les « manuvres dilatoires des banques » : elles cherchent à décourager les emprunteurs souhaitant à changer dassurance. Ces manuvres « se sont réduites depuis la fin 2018 et la mise en garde de lACPR [le gendarme bancaire, NDLR]. Mais, en labsence de sanctions, cela recommence Aujourdhui, il ny a aucune menace pour les banques qui font traîner les dossiers. » Pire : « Parfois, la banque accepte le changement dassurance puis continue à prélever les cotisations dassurance et finit par dire quil manquait un document pour justifier la poursuite des prélèvements. » Isabelle Delange tranche : « On ne peut pas compter sur la bonne volonté des banques, qui font toujours preuve dinventivité pour rester dans les clous de la loi tout en maintenant leur mainmise sur le secteur. »
Faut-il encadrer ou tout révolutionner ?
Faut-il permettre la résiliation à tout moment mais lencadrer (solution privilégiée au CCSF) ou tout révolutionner ? « Jentends dire quil faut encadrer la résiliation pour éviter que les emprunteurs ne changent trop souvent Mais personne ne veut changer dassurance emprunteur chaque année ! », réagit Isabelle Delange. « Ce produit na rien à voir avec une complémentaire santé ou avec une assurance auto. Lassurance emprunteur est bien plus contraignante : il faut se soumettre à une déclaration ou un certificat médical, le processus est long Une fois que lemprunteur a obtenu de bonnes conditions, il change rarement de nouveau. »
« Quelle que soit lissue des négociations ou débats parlementaires, ce ne sera pas le grand soir, analyse David Echevin. Lassurance emprunteur est un produit complexe : même avec une concurrence libre, entrer dans une logique doptimisation de cette assurance est complexe pour un emprunteur, et cela prend du temps. La banque doit toujours valider la demande dassurance alternative. Cest comme si vous demandiez à votre employeur denvoyer lui-même votre lettre de démission »
La fédération bancaire, qui na pas donné suite à notre demande dinterview, nous a tout de même transmis une réponse écrite. La FBF juge que « la concurrence fonctionne » tout en reconnaissant que « cette concurrence na cependant pas bouleversé la part de marché des réseaux bancaires ». La FBF insiste indirectement sur la puissance financière des banques face aux plus petits assureurs alternatifs. Des banques capables, quand cela est nécessaire, de casser les prix : elles « ont rapidement revu leur offre, en pratiquant parfois un alignement sur le prix du contrat alternatif externe ou en développant leurs propres contrats alternatifs internes comme le montre le rapport ». Concurrence libre ou encadrée, avec leur accord ou à marche forcée, les banques ne sont clairement pas prêtes à lâcher leurs parts de marché sur lassurance emprunteur
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Les assureurs alternatifs s'allient face aux groupes bancaires
Dernière minute. Lundi 28 juin, 7 assureurs alternatifs (Allianz, April, Aéma groupe, Aviva France, groupe MNCAP, Macsf, Maif et Malakoff-Humanis ont annoncé créer l'Association pour la promotion de la concurrence en assurance des emprunteurs (Apcade) pour faire pression face aux banques. Les tractations sont loin d'être finies...
(1) Étude réalisée par Que Choisir en avril 2021 auprès « dun échantillon représentatif des emprunteurs français de 1 003 personnes ».




















